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Maxime Fortunus : 1000 matchs de hockey et 15 ans d’autobus

L'expression « rouler sa bosse » prend tout son sens pour un joueur de hockey dans la Ligue américaine (AHL) avec tous les voyages en autobus. Le Québécois Maxime Fortunus dispute une 15e saison dans l'AHL et vient de jouer son 1000e match dans le hockey professionnel.

Un texte d’Antoine Deshaies

À 34 ans, Maxime Fortunus ne songe pas à la retraite. L’usure du temps n’a pas encore eu raison de sa passion, même si la vie avec les Thunderbirds de Springfield peut être rude.

« C’est beaucoup de voyagement et beaucoup de séries de trois matchs en trois soirs, mais c’était pire avant avec des séquences de quatre matchs en cinq soirs, confie l’ancien du Drakkar de Baie-Comeau. J’aime le hockey. Pour moi, il n’y a pas de plus beau métier au monde. »

Fortunus, qui n’a jamais été repêché, a commencé sa carrière professionnelle en 2003 avec les IceGators de la Louisiane dans l'ECHL.

Après deux saisons à temps partiel à Houston, il s’est établi pour de bon dans la Ligue américaine en 2005 avec le Moose du Manitob, où il disputera quatre saisons, sans jouer un seul match avec les Canucks de Vancouver qui détenaient ses droits.

Il a aussi joué six saisons à Austin, au Texas, et deux avec le Wild de l’Iowa, à Des Moines.

C’est à Winnipeg qu’il a rencontré son mentor et ami Mike Keane. L’ancien capitaine du Canadien de Montréal a écrit le dernier chapitre de sa carrière dans sa ville natale.

« Je me souviens très bien d’une phrase qu’il m’avait dite, raconte Fortunus. Il m’avait dit : "Joue le plus longtemps que tu peux." Keane avait 38 ans à l’époque et a joué jusqu’à 42 ans. Ça m’a marqué et, tant que je le pourrai, je vais continuer. »

Physiquement, Fortunus se sent très bien. Il a été épargné par les blessures graves au cours de sa carrière. Reste que le Québécois détonne avec des coéquipiers de plus en plus jeunes.

« Je dis souvent à mes coéquipiers qu’ils sont plus proches en âge de mon fils de 10 ans que de moi, explique le père de trois enfants. Je leur partage mon expérience, mais j’apprends aussi énormément à leur contact. »

Ces jeunes, qui poussent et impressionnent les dirigeants d’équipe, menacent en même temps la suite de sa carrière. Les contrats sont plus difficiles à obtenir pour les vétérans.

Cette année, pour la première fois, Fortunus a dû attendre au mois de novembre pour dénicher un emploi. Ses enfants et sa conjointe sont d’ailleurs restés à Montréal puisque l’école était commencée.

« J’ai signé trois contrats d’essais professionnels de 25 matchs depuis le début de la saison, confie le défenseur. Je n’ai aucune sécurité d’emploi. L’équipe peut résilier mon contrat quand elle le veut. »

La LNH, Montréal et Haïti

En 15 ans, Fortunus n’a joué que 9 matchs dans la Ligue nationale, dont 1 à Montréal. La soirée du 14 janvier 2010, au Centre Bell, lui donne encore des frissons.

Deux jours plus tôt, Haïti, le pays d’origine de ses parents, avait été détruit par un terrible tremblement de terre. Le petit gars de La Prairie, devant une cinquantaine de parents et d’amis, avait été invité à la mise au jeu protocolaire avec Georges Laraque du CH.

Pour la petite histoire, Laraque avait marqué ce soir-là le dernier but de sa carrière dans la LNH.

« Tout arrivait en même temps et mes émotions allaient dans tous les sens, se rappelle Fortunus. C’était une soirée vraiment spéciale et je suis fier de l’avoir vécue. »

Le défenseur n’a jamais vraiment mis une croix sur son rêve de s’établir dans la LNH durant toutes ces années.

« Chaque saison, je n’avais qu’un objectif en tête et c’était de m’établir dans le circuit Bettman. Je suis un gars entêté et tenace. Peu importe le type de contrat que je détenais, je voulais faire ma place et je suis fier d’avoir joué neuf matchs dans la LNH. J’avais toujours en tête que la meilleure façon de graduer était de gagner. »

Il a mis 12 saisons avant de remporter un premier championnat professionnel avec les Stars du Texas en 2014. Il était alors capitaine de l’équipe dirigée par Willie Desjardins.

L’Europe ou Laval l’an prochain?

Fortunus ne sait pas où les dieux du hockey le mèneront l’an prochain. Sa décision sera d’abord prise en fonction de sa famille. Il lorgne un passage vers l’Europe.

Il ne dirait certainement pas non au Rocket de Laval avec qui il a eu quelques discussions l’été dernier. Le club-école du Tricolore avait toutefois déjà embauché plusieurs vétérans.

« C’est sûr que j’y penserais si on m’offrait un contrat, explique-t-il. Je n’ai jamais joué au Québec au hockey professionnel. Mais souvent, les offres pour jouer en Europe arrivent avant celles pour la Ligue américaine et parfois c’est difficile de dire non quand on est devant l’inconnu en Amérique du Nord. »

S’il joue à Laval, il pourrait jouer devant son petit cousin Patrice Bernier, l’ancien joueur de l’Impact de Montréal.

Les deux ont eu des carrières sportives semblables. Ils excellaient à la fois au hockey et au soccer à l’adolescence. Bien souvent, Bernier, un peu plus âgé, jouait juste après Fortunus dans les parcs et arénas de la Rive-Sud.

« Il a toujours été un modèle pour moi, admet Fortunus. Il est un bon exemple de persévérance et je suis souvent allé le voir jouer avec l’Impact. »

Le père de Bernier lui a d’ailleurs souvent dit qu’il avait autant de talent au soccer qu’au hockey, mais il a choisi une voie différente de celle de Patrice.

« Je ne regrette rien de mon parcours et je suis extrêmement fier de ma carrière, confie Fortunus. J’ai rencontré ma conjointe et tellement d’amis grâce au hockey et vécu tellement d’expériences. Le hockey a fait de moi qui je suis. »

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