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Natasha Kanapé Fontaine : genèse et préoccupations d'une porte-voix

La poète innue Natasha Kanapé Fontaine est devenue, depuis quelques années, une sorte de porte-voix pour la cause autochtone, mais surtout celle des femmes autochtones. L'artiste originaire de Pessamit se bat maintenant pour elles dans toutes les tribunes, dont celle de la poésie.

Un texte de Laurence Gallant

Natasha Kanapé Fontaine est l'invitée d'honneur de vendredi au Salon du livre de Rimouski, aux côtés de Deni Ellis Béchard. Les deux acolytes ont d'ailleurs écrit à quatre mains Kuei, je te salue, des conversations sous forme épistolaire qui se penchent sur le racisme entre Autochtones et Allochtones, appelés aussi les « Blancs ».

La relation entre les Autochtones et le reste de la population s'est cassée avec la crise d'Oka, selon Natasha Kanapé Fontaine. Elle croit que le Québec, spécialement, est en retard comparativement au reste du pays, quand à la cohabitation avec les Autochtones.

Lors d'une participation au festival Innucadie, sur la Côte-Nord, la poète s'est complètement émerveillée devant la cohabitation entre Autochtones, Acadiens et autres Québécois. Elle souhaite de tout coeur que cette situation se rétablisse pour de bon.

« Je viens d'une région où les Innus et les Québécois ont toujours habité ensemble. Ce qui les a séparés, c'est la création des réserves. [...] C'est tout un enchaînement d'évènements qui a brisé la relation. Mais si on se souvient de comment c'était avant ces évènements, et qu'on travaille à la conscience des gens, je pense qu'on peut tranquillement y retourner. »

Genèse d'une voix

La prise de parole pour Natasha s'est affirmée en 2012, alors qu'elle étudiait au Cégep de Rimouski, et qu'elle a vu, à distance, des femmes innues prendre les devants du blocus sur la 138, pour réclamer la fin du Plan Nord.

Natasha Kanapé Fontaine raconte que ces femmes « reliaient le corps avec le territoire et disaient " mais qu'est-ce qu'on va donner à nos enfants, si on donne tout le territoire aux compagnies? " ». Elle a compris de cette surprenante prise de parole que son héritage culturel était intrinsèque au territoire.

« Il faut que j'explique ça au gens », s'est dit la poète innue. « Si le territoire n'existe pas, dans la vie qu'on lui donne, dans la culture et la langue, on n'existe plus, nous. [...] Souvent, on se bat pour le droit d'exister. En 2016, c'est un problème. »

Les réserves comme cas extrêmes

Même sonnerie d'alarme quant aux violences faites aux femmes, que ce soit dans les communautés autochtones ou ailleurs. « Je veux faire en sorte que les gens en parlent, dénoncent et que ces personnes se sentent en sécurité, et que les solutions viennent de ces personnes », affirme Natasha Kanapé Fontaine.

L'artiste pense que les violences dans les communautés autochtones montrent l'extrême conséquence qui pourrait aussi se concrétiser dans la société québécoise, si on n'y prête pas attention. Son espoir est de désamorcer ces violences avant qu'elles ne prennent davantage d'ampleur.

Pour elle, le cas des femmes autochtones disparues et assassinées, correspond à un problème de déséquilibre social, un problème de perception également qui est à la source du racisme et de la discrimination. C'est ce qui peut « mener à un phénomène aussi grave et répandu que les femmes autochtones disparues et assassinées. C'est la preuve de toutes les failles des systèmes qui existent ici au pays et ailleurs en Occident », croit-elle.

Empathie et réconciliation

La poète innue pense que l'empathie pourrait régler bien des problèmes culturels et sociaux. « Le concept d'empathie disparaît de plus en plus entre nous, entre les individus, et en fait, je pense que c'est quelque chose qu'on doit absolument retrouver, qui existe déjà en chacun de nous, mais qu'on doit cultiver. C'est fondamental comme être humain », déclare-t-elle.

Par ailleurs, Natasha Kanapé Fontaine se réjouit de la présence grandissante des Premières Nations dans les médias. « Depuis Idle No More, on a jamais autant entendu d'Autochtones à la radio, à la télévision, dans les milieux culturels, on a jamais autant rayonné de façon aussi épanouie », mentionne-t-elle.

Elle invite par ailleurs toute la population à participer à cet effort de réconciliation, qui prend base dans une prise de conscience collective.

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