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Parler de sexualité, de la maternelle au secondaire

Alors que Québec tergiverse depuis des années sur le retour possible des cours d'éducation sexuelle dans les écoles, certaines commissions scolaires ont décidé de prendre le taureau par les cornes. C'est le cas de la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs, au Bas-Saint-Laurent, qui offre l'éducation sexuelle dans toutes ses écoles depuis près d'une décennie.

Un texte d’Ariane Perron-Langlois

L’ambiance est bon enfant, dans la classe de deuxième secondaire de l’École secondaire de la Vallée-des-Lacs, à Saint-Michel-du-Squatec. Les élèves, qui ont 13 ou 14 ans, s’empressent de répondre aux questions de leur enseignant de mathématiques, Lawrence Fréchette. Toutefois, les échanges n’ont rien à voir avec des calculs ou des équations; les élèves sont là pour un cours d’éducation à la sexualité.

« C’est le fun. C'est sûr que Lawrence, il anime tout. Tu vas lui dire quelque chose et il va commencer à rire et on va rire avec lui », raconte Xavier Lord-Boisvert, 14 ans.

De la maternelle au secondaire

Si ces jeunes ont droit à des cours d’éducation sexuelle, c’est parce que la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs en a fait une priorité il y a près de 10 ans. « On avait eu des données qui étaient un petit peu inquiétantes. On avait partagé avec les directions d'écoles nos besoins, on était à même d'observer des choses dans nos écoles aussi », explique la directrice de l’adaptation scolaire et des services éducatifs complémentaires de la commission scolaire, Christiane Séguin.

La commission scolaire a alors embauché une sexologue pour monter son propre programme d’éducation sexuelle, qui en est maintenant à sa septième année. Les cours sont offerts à tous les jeunes de la maternelle à la fin du secondaire.

« Dès le primaire, on va commencer à parler de qu'est-ce que c'est une relation saine. Comment on peut gérer nos conflits, nos différends. Puis, à un moment donné, on va se questionner plus sur la différence entre l'amour et l'amitié. Puis, un petit peu plus loin, on va travailler autre chose. Il y a une progression dans ces apprentissages-là », dit Nadine Beaulieu, la sexologue qui a élaboré le programme en collaboration avec des enseignants.

Un défi pour les enseignants

Tous les enseignants de la commission scolaire ont été formés pour offrir des cours d’éducation sexuelle. Chaque année, ils se séparent les différents ateliers du programme. Si certains ont d'abord vécu des appréhensions, tous ont pu s’approprier le programme au fil des ans, souligne Lawrence Fréchette.

« Les défis, au départ, c'est d'avoir une certaine ouverture d'esprit, d'accepter d'être un peu déstabilisé. C'est de comprendre que c'est un besoin des jeunes, que les jeunes en ressortent gagnants », affirme M. Fréchette.

La directrice de l’École secondaire de la Vallée-des-Lacs, Valérie Trudeau, assure que les parents appuient la démarche, citant un sondage mené auprès d'eux l’an dernier. « Les parents croient fermement que c’est un travail qu’on doit accomplir à l’école. Je pense que ça se fait à deux. Ils savent que nous, on le fait. On souhaite qu’ils poursuivent la réflexion à la maison avec leurs enfants », soutient Mme Trudeau.

Incidence sur la santé des jeunes

Selon les responsables de la santé publique, il est encore trop tôt pour savoir si le programme a eu une incidence sur le nombre de grossesses chez les adolescentes et le taux d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

Les données sur les ITSS chez les 15-24 ans sont toutefois encourageantes, selon Dominique Bourassa, médecin-conseil au Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent.

« On voit qu'au lieu que ça continue à monter, ça plafonne peut-être un peu, depuis un an ou deux, chez les 15-24 ans. Est-ce que ce sont nos cours d'éducation sexuelle qui font ça ou les gens ont commencé à se réveiller? C'est difficile de le dire maintenant », dit la Dre Bourassa.

Le 27 avril, le ministère de l’Éducation a mentionné que l’éducation sexuelle pourra être offerte dans les écoles de toutes les régions de la province, mais sur une base volontaire seulement.

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