Retour

Pêche durable au Québec : un secret trop bien gardé

Étonnamment, même si au Québec, 70 % des produits marins sont certifiés par la Marine Stewardship Council (MSC), l'industrie des pêches, notamment celle du homard, hésite à investir pour faire valoir ce label de pêcheries durables auprès des consommateurs.

Un texte de Joane Bérubé

La traçabilité des produits et le développement durable écocertifié sont des tendances montantes en alimentation depuis bon nombre d'années. S'il est une industrie alimentaire où des pas de géants ont été accomplis dans ces domaines, c'est bien celui des pêcheries au Québec.

Toutes les crevettes du golfe sont certifiées MSC.  Plusieurs crabiers le sont aussi.  Le homard des Îles, celui de la Gaspésie possèdent aussi leur certification qui garantit qu'il s'agit d'une pêche en milieu sauvage, qu'elle est gérée selon des principes de développement durable. 

L'origine de ces produits peut entièrement être retracée jusqu'à leur zone et même à leur moment de pêche. 

La directrice des communications et du marketing du MSC au Canada, Celine Rouzaud, explique que la certification oblige toute la chaîne à se mettre en branle. « Chaque entreprise qui touche au produit jusqu'à ce qu'il se rende au consommateur doit être certifiée. On appelle ça la chaine de garantie d'origine. C'est le seul programme qui offre la chaine de traçabilité », précise Mme Rouzaud qui s'était déplacée au Boston Seafood Expo pour faire la promotion de son label.

Toutefois, comme le label n'est pas exigé par les consommateurs québécois, il devient donc moins intéressant pour l'industrie de l'afficher, d'autant plus qu'apposer le label sur un produit ce n'est pas gratuit.

Jusqu'à maintenant, Québec préfère faire valoir l'écocertification sur l'ensemble des produits plutôt que sur un produit en particulier. 

Le problème, c'est quand la certification est accolée directement sur le produit, commente O'Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.  « Ça coûte excessivement cher, on doit payer des royautés à la Marine Stewardship Council. »

Le homard gaspésien ou madelinot, certifié MSC, est donc rarement reconnu comme tel.

Une certification peu connue au Canada

La certification reste méconnue. admet Mme Rouzaud.  « Le travail qu'on fait maintenant au Canada et au Québec, explique la porte-parole de MSC, c'est de sensibiliser le public à savoir qui on est, à savoir que veut dire le label MSC, à savoir que c'est une option pour accroître la demande, ici, chez nous pour un produit durable »

Si les pêcheries du Québec sont de plus en plus certifiées, c'est que les acheteurs et les clients à l'étranger l'ont demandé. La crevette nordique est surtout vendue en Europe où la certification est plus connue des consommateurs. Plus de gens vont rechercher le label avant d'acheter leur sac de crevettes nordiques.

Les industriels comme les pêcheurs ont donc investi beaucoup pour obtenir le label.

Dans le cas du homard, la demande est venue des grandes chaînes d'alimentation. Au Canada, Loblaws exige par exemple que ces produits de la mer soient certifiés MSC, c'est le cas des produits frais, des produits congelés, mais aussi des conserves pour animaux à base de poisson ou de fruits de mer.

Efforts gaspésiens

Le porte-parole des homardiers gaspésiens O'Neil Cloutier explique que cette année, le label sera plus visible et  bien en vue pour les touristes et les Gaspésiens. « On va voir apparaître,  sur les bateaux des gros stickers de la certification et elle n'est pas seulement certifiée MSC, elle est aussi certifiée Ocean Wise, la certification de l'aquarium de Vancouver », explique O'Neil Cloutier.

Mais tout ce qui sera fait pour mettre en en évidence la certification ne coûte presque rien pour l'instant.

Des discussions sont toutefois en cours, en Gaspésie,  entre industriels et gens de capture pour faire valoir la certification MSC.   La certification MSC pourrait être jumelée au programme d'identification du homard québécois. « On a lancé l'idée. On attend les résultats, conclut O'Neil Cloutier, on serait une des premières régions à avoir un produit complet. Dans un contexte où les volumes augmentent, je pense que ce n'est pas à négliger. »

Pour cela, il faudra aussi que le programme d'identification du homard fasse l'unanimité dans l'industrie, ce qui est loin d'être le cas.

Reste que les efforts de conservation des pêcheurs rapportent tout de même.  Cette année, le homard gaspésien se vend 1 $ de plus au débarquement que l'an dernier.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine