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Pendaison de Wilburt Coffin : les doutes persistent

Il y a 60 ans, mercredi, le prospecteur minier gaspésien Wilbert Coffin était pendu après avoir été reconnu coupable du meurtre de trois touristes américains, Eugene Lindsay, son fils et l'un de ses amis, venus chasser l'ours en Gaspésie. Wilbert Coffin a toujours clamé son innocence et le doute sur sa culpabilité a traversé les années.  

Un nouveau groupe soutient détenir des éléments neufs et veut entreprendre à nouveau des démarches pour le faire disculper. Toutefois, 60 ans plus tard, les témoins de l'époque sont tous morts et la tâche pour disculper Coffin s'alourdit.

La pendaison de Wilbert Coffin demeure une plaie encore vive pour sa famille et la communauté anglophone de Gaspé, même si le gouvernement fédéral a fermé le dossier de révision judiciaire il y a six ans.

De nouveaux espoirs

La famille, qui s'est toujours montrée discrète sur cette affaire, a confié, il y a dix ans, le dossier à l'Association pour la défense des personnes injustement condamnées (The Association in Defence of the Wrongly Convicted - AIDWYC).

L'organisme travaille depuis à démontrer les lacunes du procès. Certaines découvertes, notamment des éléments de preuve recueillis sur la scène de crime, non retenus à l'époque, redonnent de l'espoir à la famille.

Des informations amassées par Elisabeth Widner, qui oeuvre au sein de l'AIDWYC, pourraient démontrer que Wilburt Coffin ne peut pas avoir commis le crime pour lequel il a été exécuté.

Mme Widner et un groupe d'étudiants en pathologie judiciaire de l'Université de Toronto remettent en question la théorie de la Couronne entourant la scène du crime. Il est impossible, selon eux, qu'un homme ait pu agir seul. Parallèlement, un avocat originaire de Gaspé, Michael Rooney, qui demeure maintenant aux États-Unis, s'est intéressé entre autres, à deux autres Américains et à une deuxième jeep présents dans le secteur au moment où les meurtres ont été commis.

Elisabeth Widner croit que les travaux de recherche seront terminés d'ici trois mois.

L'Association pour la défense des personnes injustement condamnées entend ensuite déposer les documents au Groupe de la révision des condamnations criminelles du ministère de la Justice à Ottawa.

Et s'il était coupable?

À l'époque, l'affaire Coffin a eu un retentissement partout au Canada. Le procès devant jury a souvent été qualifié d'expéditif par des experts. Le gouvernement de Maurice Duplessis était pressé d'en finir avec cette affaire, soucieux de la mauvaise image qu'elle pourrait donner aux touristes américains fortunés.

Originaire de Matane, l'ancien avocat Clément Fortin est un des rares à défendre le verdict de culpabilité de Wilburt Coffin. Il a publié, en 2007, le docu-roman intitulé « L'affaire Coffin, une supercherie? ».

Après avoir passé en revue et relu tous les éléments du procès, Clément Fortin croit qu'il n'y a pas eu d'erreur judiciaire. Malgré sa conclusion, M. Fortin a adressé en 2014 une demande de pardon posthume pour Coffin au premier ministre Stephen Harper. Clément Fortin avait tenté sans succès d'obtenir l'appui du fils de Coffin, James Coffin, dans sa démarche.

L'avocat à la retraite ajoute que s'il avait de nos jours à défendre Wilburt Coffin, il baserait sa défense sur le stress post-traumatique et l'abus d'alcool.

Wilburt Coffin avait servi cinq ans pendant la Seconde Guerre mondiale.

Remise en cause de la peine de mort

Pour l'historien gaspésien Jean-Marie Thibault, le fait que la culpabilité du prospecteur ait été établie à partir de preuves circonstancielles et non directes a semé l'incertitude, mais a aussi provoqué un débat de société sur la peine de mort.  

La peine de mort a été abolie au Canada en 1976.

 

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