Jusqu'à maintenant, au procès de Réal Savoie qui se déroule au palais de justice de New Carlisle, tous les témoignages des agents d'infiltration ont été entendus sauf un. Le dernier policier à comparaître à la barre, mais non le moindre, est celui qui a personnifié Mr Big.

Un texte de Joane BérubéLe témoin HQ 12-00 a été présenté par la Couronne comme un agent d’infiltration d’expérience, policier à la GRC.

Il a indiqué, en réponse aux questions du procureur Me Éric Morin, avoir déjà participé avec différents rôles à environ 70 opérations d’infiltration liées à des crimes majeurs.

Dans le projet Maillet, son surnom était Patrick, dit le cousin, et il jouait le rôle du grand patron de la fausse organisation criminelle. Toute l'opération d'infiltration visait à préparer Réal Savoie à le rencontrer.

Le témoin a expliqué qu’avant la rencontre avec Réal Savoie, il y avait eu une réunion de préparation avec l'agent couvreur et les enquêteurs. Il a pris connaissance à ce moment-là d’éléments, d’événements et de conversations qui auraient eu lieu entre les faux policiers et l'accusé durant l’opération.

Les policiers lui ont alors révélé des faits particuliers de l'enquête.

Le témoin a indiqué au jury que dans ce type d’opération, lors de l'entrevue, Mr Big a le mandat d'amener le suspect à se confier de manière libre et volontaire, dans un climat de confiance et de lui faire avouer des renseignements connus seulement de l'auteur du crime et des enquêteurs.

Mr Big aurait rencontré Réal Savoie le 16 avril.

Auparavant, il aurait été aperçu par Réal Savoie dans un restaurant huppé. En contre-interrogatoire, le témoin a indiqué que cette mise en scène avait pour but d'associer un visage au grand patron et ainsi mettre en confiance l’accusé pour la grande entrevue.

En réponse à une autre question de la défense, le témoin a raconté que, lors de la rencontre, Mr Big avait une enveloppe avec des documents qui pouvaient laisser croire à Réal Savoie que le tout provenait d’un service de police et que cela le concernait.

L’entrevue avec Réal Savoie se serait déroulée en tête à tête.

C’est à ce moment que Réal Savoie se serait incriminé. Le tout a été tourné. La vidéo de la conversation sera présentée à la cour, mercredi matin.

Arrestation de Réal Savoie

En fin de matinée, le jury a entendu l’enquêteur André Robitaille qui a procédé à l’arrestation de l’accusé en avril 2014.

Le policier de la Sûreté du Québec a expliqué au jury avoir rencontré l’accusé pour la première fois, deux jours avant son arrestation en compagnie d’un collègue.

Les deux policiers auraient alors informé Réal Savoie que le dossier de Sonia Raymond était réactivé et qu'il était toujours le suspect numéro 1. Les policiers, rapporte le témoin, lui auraient dit que certaines nouvelles techniques d’enquête permettraient de le relier au meurtre.

L'accusé, selon le témoin, n'aurait émis aucun commentaire.

Réal Savoie a ensuite été arrêté deux jours plus tard dans la cour d’un supermarché de Laval.

D'après le témoin, lors de son arrestation, Réal Savoie aurait coopéré avec les policiers, mais sans communiquer ni interagir avec eux.

La défense a notamment demandé au policier pourquoi Réal Savoie n’avait pas été arrêté le 14 avril. L’enquêteur a indiqué que les policiers ne disposaient pas d’éléments supplémentaires permettant une arrestation à ce moment-là.

L’enquêteur a aussi indiqué au jury que les policiers savaient que Réal Savoie allait rencontrer sous peu Mr Big. La rencontre du 14 avril, a-t-il dit, est en lien avec celle entre l’accusé et Mr Big. Elle fait partie du scénario global, selon le policier.

Opération d’envergure

Plus d’une demi-douzaine d’agents d’infiltration ont été entendus par le jury. Chacun est venu décrire son rôle dans les 65 scénarios mis en place dans le cadre de l’opération Maillet.

Le témoignage de deux de ces agents s'est terminé en matinée.

Mardi, matin, lors du contre-interrogatoire de l’agent d’infiltration, surnommé Tony, l'avocat de la défense, Me Marcel Guérin, a une fois de plus longuement insisté sur les souvenirs et la prise de notes du témoin qui a participé à plus d'une trentaine de scénarios.

Me Guérin a notamment demandé au témoin pourquoi, dans son rapport, il avait noté les paroles de l'accusé, mais pas les siennes.

L'avocat est ainsi revenu plusieurs fois sur les injures d'ordre sexuel que le témoin aurait proférées envers une employée de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) en présence de Savoie.

Plusieurs autres questions de la défense ont porté sur les détails des différentes mises en scène auxquelles a participé le témoin ainsi que sur les interventions et le présumé rôle de l'accusé dans les différents scénarios.

Le témoin a aussi été interrogé sur les mandats qu’il recevait lorsqu’il était en interaction avec l’accusé. L'agent d’infiltration a indiqué que ce n'est pas lui qui déterminait les objectifs des scénarios comme la mise en confiance, l’impact ou la prise de contact, mais l'agent couvreur.

Un autre agent d’infiltration de la GRC a aussi été brièvement entendu par la cour en fin de matinée.

Tous ces témoignages se déroulent dans une salle d'audience coupée en deux par un immense paravent qui sépare le public de la cour afin de protéger l'anonymat des agents d'infiltration.

Le public ne peut qu’entendre les témoins et les procureurs tourner leurs pages de notes ainsi que leurs interactions au micro ponctuées de longs silences.

Les agents entendus en cour ont décrit Real Savoie comme étant une personne plutôt réservée, mais qui devenait plus à l'aise au fil du temps.

Des témoins en ont parlé comme d’un homme très intelligent qui assimilait tout et effectuait son travail sans contrainte au sein de la fausse organisation criminelle.

Réal Savoie aurait notamment participé à du transport d’explosifs ou de la vente de marchandises contrefaites. Il aurait aussi assisté à de faux enlèvements et à de faux passages à tabac. Il aurait manipulé des milliers de dollars en argent comptant provenant d'activités criminelles fictives.

Le témoignage de Mr Big, dit le cousin, devrait se poursuivre demain après le visionnement de la conversation entre le policier et l’accusé.

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