S'ouvre dimanche, et pour trois jours, le Seafood Expo de Boston, le plus grand marché de poissons et produits marins en Amérique du Nord. Être au Seafood Expo, à Boston, c'est le passage obligé de tous les industriels de la pêche, des plus petits aux plus grands.

Un texte de Joane Bérubé

Plus de 50 % des exportations canadiennes de produits marins entrent aux États-Unis par la Nouvelle-Angleterre.

Boston, comme une figure imposée. C'est encore plus vrai pour les industriels de la pêche et de l'aquaculture du Québec qui exportent 80 % de leurs produits aux États-Unis.

Dans certains cas, notamment le crabe des neiges, c'est 90 % de notre production qui est vendue aux étrangers.

C'est donc dire d'une part que la majorité des Québécois ne connaissent à peu près pas ce délice qu'est le crabe des neiges, mais aussi qu'une grande partie de l'économie des régions côtières du Québec repose sur les succès de vente et de promotion des transformateurs dans de grands marchés mondiaux comme celui de Boston ou de Bruxelles, qui se tient en avril, ou de Quingdao, en Chine, qui se déroule en novembre.

La valeur des retombées directes du secteur des pêches aux Îles, en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord a été évaluée en 2015 à plus de 500 millions de dollars. Le secteur des pêches compte 8000 emplois, dont 5000 dans les trois régions côtières.

Même si le Québec exporte la grande majorité de ses produits marins, des six provinces côtières du Canada, le Québec arrive au cinquième rang des provinces exportatrices, juste devant l'Île-du-Prince-Édouard.

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Grands pays et petit Québec

La province est un très, très petit joueur dans un marché où se côtoient les productions de pays comme la Chine, le Japon ou le Danemark. Pays concurrents, mais aussi pays consommateurs qui achètent aussi de plus en plus de produits canadiens, et parfois aussi les usines.

Ainsi va de la crevette nordique, dont l'une des principales usines du golfe, celle des Fruits de mer de l'Est du Québec, à Matane, appartient à la Royal Greenland, une société d'État du gouvernement autonome du Groenland.

À Boston, le défi des industriels de la pêche du Québec est donc de se démarquer afin de vendre à bon prix les pêches des régions du golfe. Et ils ne peuvent pas vraiment compter sur une augmentation des quantités puisque la pêche est une activité contingentée.

Quotas, nombre restreint de permis, convention sur les prix au débarquement, les industriels de la transformation doivent ainsi jongler avec des approvisionnements limités et fluctuants ainsi qu'un contexte réglementaire très strict.

Comme le Québec vend essentiellement des produits marins de première transformation, au grand jeu de la négociation mondiale des prix du poisson et des fruits de mer, ils sont condamnés à s'adapter et à innover.

Contexte marin

De plus en plus d'exportateurs, Québécois comme Canadiens, font ainsi le pari de la certification de pêche durable qui devient presque essentielle pour commercer avec de plus en plus de pays.

Les industriels et les pêches misent aussi sur la traçabilité, un atout de plus en plus intéressant, notamment pour les marchés européens qui s'ouvriront bientôt avec l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne.

La crise de 2008 et le ralentissement de l'économie américaine jumelée à une valeur du dollar canadien presque paritaire au dollar américain ont amené les industriels québécois à explorer avec succès d'autres marchés, dont celui des pays émergents.

L'immense marché chinois, l'accord Transpacifique font déjà saliver plusieurs transformateurs. Déjà, le Japon achète presque tout le crabe, mais aussi la mactre de Stimpson et le bourgot (buccin ou bigorneau). Des produits d'ailleurs que les Québécois connaissent peu.

Certains industriels explorent aussi d'autres avenues et mettent en marché eux-mêmes leurs produits en éliminant de plus en plus les grossistes et autres intermédiaires pour vendre directement à leurs clients. Les grandes tendances mondiales alimentaires, produits biologiques et équitables, produits transformés, ne sont pas très loin des préoccupations de ceux qui aspirent à une plus grande distinction pour leurs produits.

Au cours des deux dernières années, la valeur des exportations de produits marins du Québec a dépassé les 200 millions de dollars.

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C'est presque le double qu'il y a 10 ans. C'est donc dire que tout en rationalisant les pêches, comme ce fut le cas pour le homard, les transformateurs et les pêcheurs ont réussi jusqu'à maintenant leur pari d'améliorer leur mise en marché.


Perspectives bostonniennes

Le 32e marché des poissons et produits de la mer de Boston s'annonce comme un marché d'acheteurs pour les produits canadiens. Cette année, la reprise économique aux États-Unis, la baisse du huard par rapport à devise américaine devraient créer des conditions favorables.

L'intérêt grandissant des Chinois pour le homard devrait se répercuter sur le prix de vente du homard. La baisse des stocks en Alaska pourrait favoriser la vente de crabe des neiges. Enfin, les poissons d'eaux froides comme le turbot du Groenland trouvent de plus en plus d'amateurs. D'ailleurs, les transformateurs ont déjà consenti pour l'année une hausse du prix au débarquement aux pêcheurs québécois.

Être au Seafood Expo, à Boston, en 2016, c'est surtout parce que c'est là que le poisson s'achète. Le marché domestique reste encore un terrain à conquérir. En 2013, les poissons et crustacés représentaient seulement 3,1% du panier d'épicerie du Québécois moyen. Ce n'est pas beaucoup.

Voilà sans doute la principale raison qui explique pourquoi nos industriels vont vendre leurs poissons à Boston.

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