La petite salle du palais de justice de New Carlisle était bondée pour le visionnement de la conversation entre Mr Big et Réal Savoie. C'est à ce moment que l'homme se serait incriminé, selon la Couronne.

Un texte de Joane Bérubé

Les douze jurés, la cour et le public ont pu visionner ce matin, au palais de justice de New Carlisle, la vidéo qui a été tournée par les policiers lors du scénario 65, soit la dernière scène de l’opération.

C’est le moment où Réal Savoie est amené à rencontrer pour la première fois Mr Big, le chef de la fausse organisation criminelle pour laquelle il travaille depuis plusieurs mois.

Sur la vidéo, tournée le 16 avril 2014, la conversation entre les deux hommes démarre lentement. Réal Savoie parle de sa vie en Gaspésie, à Saint-Omer.

Les deux hommes abordent des thèmes comme la confiance, la loyauté, les valeurs familiales, l’honnêteté et la reconnaissance.

Mr Big laisse entendre qu’il connait tout de son passé et lui dit qu'il doit prendre une décision, soit l'aider ou le laisser partir. Il ajoute que c’est au suspect de décider s’il a besoin de cette aide et qu’il peut partir si c’est ce qu’il veut.

C’est à ce moment que Réal Savoie parle du jour où Sonia Raymond a été retrouvée morte.

Ce jour-là, il explique à Mr Big qu’il s’est rendu après avoir bu plusieurs bières sur la plage à Maria. Il mentionne qu’il revenait d’une sortie de pêche avec son frère et un ami. Puis, dit-il, une femme vient s'installer sur la plage à une trentaine de mètres de lui.

Il aurait tenté d'engager la conversation. La fille aurait refusé ses approches et lui aurait demandé de « dégager ».

En colère, il aurait été cherché son couteau de poche dans sa voiture, puis il serait revenu sur la plage où il aurait menacé la victime en lui mettant son couteau sur la gorge.

Selon ce que l'accusé raconte à Mr Big sur la vidéo, il aurait enlevé ensuite les vêtements de la femme. Réal Savoie précise dans le récit qu'il fait à Mr Big "qu'il ne s'est rien passé".

Puis il lui aurait tranché la gorge en deux coups de couteau, indique Réal Savoie à Mr Big. Toujours sous l’impulsion de la colère, ajoute-t-il.

Le suspect assure à Mr Big qu’il n'y avait personne sur la plage aux alentours. Il était autour de 2 h de l'après-midi.

Réal Savoie raconte qu’il serait ensuite rentré chez lui. Selon ce que la police lui dit, un peu plus tard, un témoin aurait vu une camionnette comme la sienne fait demi-tour au milieu de la route cet après-midi-là. Il admet à Mr Big qu’il ne s’en souvient pas.

Il aurait ensuite lavé sa voiture, ses vêtements et aurait jeté le couteau dans le boisé derrière chez lui.

Les policiers seraient venus le voir en septembre suivant pour la première fois.

Il raconte qu'il aurait essayé de se pendre après le meurtre sous l'effet de la panique.

Le suspect souligne plusieurs fois à Mr Big qu'il n'avait jamais raconté cette histoire à personne.

Mr Big offre son aide

Tout au long de la conversation, Mr Big s'inquiète des traces d'ADN que le suspect aurait pu laisser sur la scène du crime et des témoins potentiels.

Mr Big l'interroge notamment sur un possible témoin parmi sa famille ou ses connaissances.

Mr Big lui fait dessiner la plage, parle de la fillette qui aurait vu un homme penché sur une femme la journée des événements.L'accusé décrira et dessinera le couteau, qui selon les explications qu'il donne à Mr Big, aurait servi au crime.

Réal Savoie expliquera aussi en dessinant l'endroit où il a jeté le couteau.

Mr Big dit à Réal Savoie que régler cette affaire coûtera cher, mais ajoute-t-il, il connait quelqu'un en prison qui serait prêt à endosser le meurtre « pour payer les études de sa fille ».

Réal Savoie consent à ce que sa paie soit réduite pour payer celui qui endossera le crime.Sur la vidéo, il est ému, avouant que personne ne l'a jamais aidé.

Mr Big le rassure sur l'aide qui va lui être apportée et lui demande de lui laisser la journée pour "régler ça".

Réal Savoie sera arrêté quelques heures plus tard.

Mr Big s’explique

Arès la présentation de la vidéo, la cour a pu entendre la poursuite du témoignage du policier de la GRC, qui a joué le rôle de Mr Big ou du « cousin » dans la mise en scène élaborée pour amener l’accusé à se confier.

Il a décrit l'organisation criminelle fictive comme était basée sur l'honnêteté, la loyauté et la confiance. Le témoin a aussi précisé plus tard, en contre-interrogatoire, que le mot fictif est important puisque la fausse organisation criminelle prône des valeurs particulières, comme l’honnêteté, la loyauté et la confiance, ce qui n'existe pas vraiment dans le milieu du crime.

Le policier a aussi souligné en réponse aux questions de l’avocat de l’accusé que c’était important d’éviter le mensonge. « La dernière chose qu'on veut c'est avoir de faux aveux », a répondu le témoin.

Le témoin a aussi été interrogé sur les croquis que Réal Savoie a dessinés. Les dessins ont depuis été annotés par le policier qui jouait le rôle de Mr Big. Le témoin a décrit ses ajouts, qui proviendraient des descriptions de Réal Savoie.

En contre-interrogatoire, l'avocat de la défense est revenu sur le rôle du policier lors de l'entrevue entre Réal Savoie et Mr Big. Me Marcel Guérin a entre autres demandé au témoin s’il avait, à un moment ou l’autre, pensé à dire au suspect qu’il ne croyait pas que c’était lui qui avait commis le crime.

Me Guérin a aussi posé plusieurs questions sur le contenu violent de certains scénarios, sur la crainte que pouvait exprimer Réal Savoie envers le grand boss de l’organisation et si l’accusé avait parlé sous la contrainte ou la peur.

L’agent d’infiltration a répondu qu'il avait comme mission d’amener Réal Savoie à faire des confidences sur le crime. Il a expliqué que son entrevue était guidée par des faits connus seulement des enquêteurs ou de l’assassin. « Ce sont ces informations qu’on veut corroborer », a précisé le témoin.

La défense a alors fait état, dans une série de questions, que la cause de la mort, des coups de couteau, avait été diffusée dans les médias et même par un agent de la SQ dans une émission de reconstitution de crimes non résolus. Le témoin a répondu que des détails comme l’emplacement ou la grosseur des plaies n’étaient pas connus.

Le jury a aussi posé une question sur le verbatim de la conversation vidéo entre Mr Big et l’accusé. Les jurés voulaient savoir s’il s’agissait d’une preuve. Non, a répondu le juge Louis Dionne, seul l'enregistrement constitue de la preuve e c'est l'enregistrement qui prime en cas d’incertitude.

Les audiences se poursuivront avec le contre-interrogatoire de Mr Big, jeudi après-midi, et devraient par la suite reprendre la semaine prochaine.

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