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Radio-Canada démolira ses anciens bureaux de Matane

Une page de l'histoire des médias à Matane sera définitivement tournée cet automne avec la démolition des anciens bureaux de Radio-Canada de la rue Saint-Sacrement.

Un texte de Joane Bérubé

Le bâtiment sera complètement mis à terre en raison de son mauvais état. Le terrain sera ensuite mis en vente.

CKBL : des pionniers

D'abord propriété de la station privée CKBL, puis de Radio-Canada pendant plus de 50 ans, l'édifice du 155 Saint-Sacrement à Matane a été au cœur de l'information régionale.

Fondée en 1948, la station de radio CKBL a le vent dans les voiles et a besoin de locaux plus vastes que ceux de la rue Saint-Jérôme où elle est située. Elle s'installe alors dans l'ancienne salle de quilles des Chevaliers de Colomb et y construit un deuxième étage.

C'est donc dans ce bâtiment qu'aura lieu l'implantation de la télévision sur le territoire de la Gaspésie et de la Côte-Nord avec l'apparition de CKBL-TV en 1958.

Richard Lapointe, fils d'Octave Lapointe, copropriétaire de la station CKBL avec son frère René, avait environ 12 ans lorsqu'il a mis les pieds pour la première fois dans l'édifice de la rue Saint-Sacrement. « On connaissait la radio, se souvient-il, on savait comment ça fonctionnait. La télévision, c'était une toute nouvelle aventure. C'était beaucoup plus lourd, beaucoup plus compliqué. »

Radio-Canada s'installe dans l'Est du Québec

La station CKBL et l'édifice seront vendus à la Société Radio-Canada en 1972.

Richard Lapointe est alors journaliste. Il devient employé de la société d'État. « À cette époque, on s'est mis à grandir, à évoluer. Il a fallu faire des aménagements à ce moment-là. Nous, on ne produisait pas en couleur, mais on diffusait les émissions couleur de Radio-Canada », raconte M. Lapointe.

Pendant 14 ans, la radio et la télévision de Radio-Canada se tailleront une place de choix parmi les auditeurs et les téléspectateurs.

Une émission régionale d'affaires publiques comme Contact pouvait joindre jusqu'à 45 000 téléspectateurs chaque midi en semaine. C'est durant cette période que sera ajoutée l'annexe au bâtiment principal qui ne suffit plus à loger tous les employés de la station.

Compressions et pertes d'emplois

Les premières compressions subies par le diffuseur public en 1986 mettent fin à l'aventure de l'émission Contact.

Puis l'élan de la télévision dans l'Est du Québec sera complètement coupé en 1990, lors d'une vague importante de compressions budgétaires dans le réseau public partout au pays. Environ 125 personnes - permanents, temporaires et contractuels - travaillent alors à la station de Matane.

Les trois quarts perdront leur emploi. Seule la radio reste en place. Souvent trop exigu pour la production qui s'y effectuait, l'édifice de la rue Saint-Sacrement devient soudain une enveloppe trop grande, presque vide.

Richard Lapointe travaillera jusqu'au milieu des années 1990 sur la rue Saint-Sacrement puis sera transféré à la station de Windsor, où il terminera sa carrière en 2001 comme producteur délégué.

Il se souvient de l'édifice de la rue Saint-Sacrement, surtout pour cette période d'effervescence et de croissance qui a marqué le début de sa carrière. « C'était une grande famille, il y avait une équipe, une énergie extraordinaire là-dedans », souligne M. Lapointe.

Fin d'une époque et nouveau contexte

Radio-Canada entreprend dans les années 2000 de revoir toutes ses installations à travers le pays. C'est ainsi que la télévision reviendra dans l'Est du Québec en 2012, à Rimouski, et ce dans une toute nouvelle station.

Les plans pour déménager celle de Matane sont déjà prêts.

En septembre 2013, les bureaux du centre de production de Matane, qui dessert l'est du Bas-Saint-Laurent ainsi que la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, ouvrent leurs portes rue Saint-Jérôme au cœur du centre-ville.

Radio-Canada a alors mis l'édifice de la rue Saint-Sacrement en vente.

Toutefois, comme c'est le cas dans de nombreux édifices de cette époque, des matériaux de construction susceptibles de contenir de l'amiante étaient présents à l'intérieur de l'immeuble. La Société d'État a alors décidé de procéder plus tôt cette année à des travaux de décontamination.

Ces travaux, réalisés conformément aux normes et législations provinciales et fédérales, sont terminés depuis quelques semaines.

Radio-Canada évalue maintenant que la démolition lui permettra d'accroître sa force de vente sur le marché immobilier en offrant seulement le terrain.

Un appel d'offres a été lancé auprès d'entrepreneurs régionaux en vue d'un chantier en 2016-2017. La Société d'État étudiera par la suite les offres d'achat qui lui seront soumises. Il reviendra aux nouveaux propriétaires de redonner une nouvelle vocation à ce terrain chargé d'histoire.

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