La municipalité de Saint-Ulric abandonne son projet d'usine de traitement des eaux de surface. À coûts presque comparables, les élus de Saint-Ulric préfèrent installer un système de captation d'eau souterraine.

Un texte de Joane Bérubé

En 2015, lorsque les élus ont choisi de construire une usine de traitement près de la prise d’eau dans la rivière blanche, ils ont choisi la solution la moins chère. Évaluée à 4,4 millions de dollars, cette solution était nettement plus économique que l’installation d’un puits souterrain et la construction de canalisation jusqu’au village. La facture présentée aux élus était de 6,9 millions de dollars.

La firme ARPO Groupe-conseil, engagée pour réaliser les plans et devis de la future usine, n'a pas vu le projet du même œil.

En retournant à la table à dessin, il lui a semblé que la captation d’une eau souterraine pouvait s’avérer moins coûteuse et plus durable. D’autant plus qu’après des recherches hydrogéologiques d’un demi-million, 42 forages, 12  sondages et 52 sites investigués, la source FE04 remplissait toutes les exigences.

Même si l’eau y est nettement plus minéralisée, l’eau disponible répond doublement aux besoins de la municipalité.

Mandatée pour contrevérifier le tout, la MRC de la Matanie a validé les nouvelles évaluations d’ARPO Groupe-Conseil, soit 5,1 millions de dollars pour la construction d’une usine de traitement et 4,7 millions pour une captation d’eau souterraine.

Les élus sont donc revenus à la solution no 2.

Un nouveau projet

C’est ce qui a été expliqué, mercredi soir, à une trentaine de citoyens lors d’une soirée d’information sur le nouveau projet.

Le nouveau maire de la municipalité, Pierre Lagacé, souhaitait que les gens entendent les motivations du conseil. « Ça faisait longtemps que c’était réclamé », explique M. Lagacé qui a bien apprécié les questions de la salle et les explications de l’ingénieur.

Il était toutefois clair à la rencontre que les gens veulent d’abord une solution. Pour beaucoup le problème a assez duré.

Trihalométanes et eaux de surface

En février 2016, les citoyens de Saint-Ulric ont été avisés de traiter leur eau ou acheter de l’eau embouteillée en raison de la présence de fortes concentrations de Trihalométanes (THM). Il est aussi conseillé d’aérer au moment du bain ou de la douche, afin d’éviter de respirer les vapeurs d’eau.

Les THM apparaissent lorsque le chlore réagit avec de la matière organique, comme des feuilles mortes ou des troncs d'arbre en décomposition. Il est fort probable qu’à Saint-Ulric, la situation date de plusieurs années puisque l’eau du village est pompée directement dans la rivière Blanche, puis chlorée avant d’être entreposée dans la citerne.

Résident de Saint-Ulric depuis trois ans, Serge Larochelle était toutefois venu spécifiquement à la rencontre afin de s’assurer que le projet retenu ne serait pas un traitement d’eau de surface.

Serge Larochelle était d’autant plus content que le consultant d’ARPO Groupe-conseil, Michel Porlier, a spécifié que les coûts d’entretien seraient moins élevés avec un puits qu’avec une usine.

Remise en question

Roger Colin, lui, n’était visiblement pas prêt à accepter d’emblée le changement de cap de la municipalité.

L'homme a été élu municipal de 2012 à 2016. Le dossier de l’eau potable était un sujet d’importance pour lui. « D’entendre nous dire après une analyse par une autre firme d’ingénieur-conseil que la solution proposée par la firme précédente n’était pas nécessairement la meilleure, malgré tous les coûts que la municipalité a investis, on se trouve devant une réponse qu’on croyait être bonne et qu’aujourd’hui s’avère ne pas l’être. »

M. Colin voulait notamment savoir s’il y avait des imprévus et quels seraient leurs impacts possibles. Il avait préparé à cet effet une série de questions à l’intention de l’ingénieur-conseil.

L’ancien conseiller aurait souhaité que le projet retenu soit celui qui avait été choisi au tout début du processus et que la municipalité ne retourne pas à la case départ.

Outre la question des coûts, il a soulevé celle de la minéralisation de l’eau. La première évaluation de la captation d’eau souterraine incluait un adoucisseur pour réduire le calcaire. Cet élément ne fait plus partie de la proposition, même si l’eau de la source FE04 présente un taux de calcaire de 180 mg/litre alors que la norme est de 120 mg/litre.

Il se dit malgré tout content pour les gens de Saint-Ulric qui pourront enfin consommer une eau potable de qualité.

Encore deux ans d'attente

Ce n’est toutefois pas demain la veille que les résidents des 383 maisons et bâtiments du village pourront boire de l’eau directement du robinet.

Avant d’entreprendre tous les tests de captage sur le site, la municipalité devra obtenir l’autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Dans le plus optimiste des scénarios, la Commission donne son aval à l’hiver, ce qui permettrait de réaliser les plans et devis et de lancer les appels d’offres en 2018. Les travaux seraient alors exécutés en 2019.

Quant au partage de la facture, Québec devrait au minimum en assumer 50 %.

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