Les transformateurs québécois de produits marins qui ont vécu une embellie dans presque toutes les espèces en 2015 espèrent bien profiter à nouveau de cette vague, portée par un taux de change favorable. De retour du Seafood Expo de Boston, ils doivent maintenant entreprendre les négociations avec les pêcheurs pour la prochaine saison.

Un texte de Joane Bérubé

Toutefois, bien que la reprise américaine se maintienne, dans les pêches, rien n'est simple et il suffit que l'Europe tousse ou que Terre-Neuve s'agite pour que le marché d'une espèce varie à la hausse ou à la baisse.

Comme le souligne Rachel Tardif, directrice du consortium Gaspé Cured, les pêches sont un petit monde et la mondialisation a fait son effet.

Le ministre des Pêches, Hunter Tootoo, a d'ailleurs profité de son passage à Boston pour indiquer que la valeur des exportations canadiennes de produits marins ont grimpé à 6 milliards de dollars en 2015, soit une augmentation de plus de 20 % comparativement à 2016. Le ministre s'est aussi montré optimiste sur la prochaine saison.

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Dans l'ensemble, la saison 2016 s'annonce tout de même assez bien même si à Boston, les acheteurs se sont montrés plutôt prudents en raison des prix élevés des produits de la mer et de la récente remontée de la valeur du dollar canadien.

Les prix sont à la hausse dans presque toutes les espèces en bonne partie parce que la demande est plus forte que l'offre. Ainsi, des diminutions de quotas sont à prévoir, notamment pour la crevette au large de Terre-Neuve et le crabe, entre autres en Gaspésie dans la zone 12. De plus, les stocks en réserve sont faibles, hormis pour le homard puisque la Nouvelle-Écosse n'a pas écoulé toute sa production de l'an dernier.

Consolidation et développement

Les Québécois profitent du Seafood Expo pour s'informer, maintenir les contacts avec leurs clients, mais aussi pour développer leur marché.

Plusieurs usines ont récemment augmenté leur volume de production ou ont ajouté de nouvelles productions.

« Il faut aussi aller chercher de nouveaux acheteurs. Veux, veux pas, nos usines produisent de plus en plus de grands volumes. Toutes les entreprises en Gaspésie sont en expansion en ce moment. Ils investissement beaucoup à chaque année dans leur usine, après il faut livrer dans les ventes », indique Rachel Tardif.

C'est aussi à Boston, quelques semaines avant la saison de pêche que les tendances du marché pour 2016 émergent.

Les transformateurs ont ainsi plus d'éléments en main pour négocier avec les pêcheurs.

« Le jeu qu'on joue à Boston avec nos acheteurs se joue aussi entre les pêcheurs et l'industrie. Ici, on essaie de vendre plus cher, de l'autre côté, les pêcheurs veulent avoir plus cher », commente Bill Sheehan de E. Gagnon. La discrétion est donc de mise sur les résultats concrets des ventes.

Cependant, peu de contrats se signent effectivement durant la grande foire commerciale de Boston. Ce sont plutôt des amorces de discussions, on s'entend surtout sur les volumes, explique Rachel Tardif.

Des produits peu connus... des Québécois

Coordonnateur de la production à Cusimer, Dan Normand était à Boston pour promouvoir le flétan du Groenland, la principale ressource transformée à l'usine de Mont-Louis. Grosso modo, quelque 4000 tonnes sont pêchées dans le golfe où les quotas sont stables depuis plusieurs années. Cusimer transforme bon an, mal an, 1 million de livres de ce poisson, presque toutes vendues sur les marchés hors Québec. Partout dans le monde, dit-il, sauf en Afrique et en Arctique.  

Gilles Beausoleil, courtier et négociant en poissons pour Sea Merchants qui a des bureaux à Halifax, à Toronto et à Montréal, vend notamment aux trois plus grandes chaines d'alimentation du Québec. Avec le saumon, le flétan du Groenland est son meilleur vendeur.

« Le marché américain est très friand de ce produit-là et ils paient des prix astronomiques. C'est incroyable, les prix qu'ils paient. Si nous on payait ces prix-là à Montréal, il n'y a personne, aucun restaurateur qui mettrait ça dans son assiette, ce serait trop dispendieux. »

Pour lui, si les Québécois ne connaissent pas nécessairement bien les produits du golfe, c'est une question d'économie.

« L'entente avec les transformateurs, c'est d'avoir le meilleur prix pour leur poisson et à 90 % du temps, c'est principalement le marché de Boston qui va accepter de payer ce prix-là. À partir de Boston, ça s'en va partout, en Floride, en Californie, à New York », explique Gilles Beausoleil.

Le poisson qui se vendait l'an dernier autour de 22 $ le kilo, se vend maintenant autour de 28 $. Ces augmentations sont aussi vraies pour d'autres poissons de fond. Le prix du saumon d'élevage crée une pression sur le prix des poissons pêchés en milieu naturel. Le poisson capturé en mer se distingue, confirme Dan Normand de Cusimer.

L'augmentation du prix des produits marins reste toutefois en deçà de celles du boeuf, par exemple, mais la hausse pourrait perdurer si les transformateurs québécois poursuivent leur travail, comme ils l'ont fait à Boston cette année et le feront à Bruxelles en avril. 

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« Les gens pensent peut-être que c'est hors de prix, mais je peux vous dire profitez-en parce que de plus en plus les produits du Québec sont de plus en plus recherchés, ce qui crée une pression », constate Gino Cyr.

Les transformateurs, qui aimeraient tout de même que leurs produits soient mieux connus à l'échelle du Québec et non pas seulement dans l'Est du Québec, n'ont pas le choix de développer le mondial.  Pour beaucoup d'usines, situées dans de petits villages, c'est l'économie locale qui dépend de la rentabilité de l'industrie.   La pêche côtière est un moteur économique indispensable aux Îles-de-la-Madeleine, en Basse-Côte-Nord ou sur la pointe de la péninsule gaspésienne. 

Par contre, Gino Cyr estime qu'on ne bâtit pas d'avenir sur un taux de change et que le Québec devrait consolider son image pour se distinguer à l'étranger. 

Québec Seafood

GimExport travaille donc beaucoup à l'établissement de Québec Seafood, une marque commune que l'organisme souhaite développer pour les produits des Îles-de-la-Madeleine, de la Gaspésie et éventuellement de la Côte-Nord.

« On est à Boston, précise André-Pierre Rossignol de GimExport, pour rencontrer des entreprises, pour rassembler toute l'industrie des pêches du Québec qui est finalement concentrée en Gaspésie, aux îles et sur la Côte-Nord, on ne se le cachera pas. »

Jusqu'à maintenant, toutes entreprises du secteur marin, membres de GimExport, adhèrent au projet, selon M. Rossignol. Reste à convaincre la Côte-Nord où les entreprises se seraient montrées très réceptives au projet.

Québec Seafood s'est fait discret à Boston puisque les Québécois y ont déjà leurs assises. L'objectif est de regrouper tout le monde pour faire face à la concurrence qui comme celle de l'Atlantique Canada Export qui représente l'ensemble des provinces maritimes sauf le Québec.

Lancée en Chine en novembre dernier, la marque sera mise de l'avant à nouveau à Bruxelles, reconnue comme le plus grand marché de produits marins au monde. 

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