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Sirop d'érable : à marché mondial, règles mondiales

Le marché du sirop d'érable est devenu mondial. Le Québec contrôlait 80 % des parts de marché il y a 10 ans. C'est 71 % maintenant et les Américains prennent de plus en plus de place. Québec veut donc redresser la barre. Le rapport Gagné sur la production acéricole du Québec ne propose rien de moins qu'une véritable libéralisation de la production et de la mise en marché des produits de l'érable.

Le titre du rapport, Pour une industrie acéricole forte et compétitive, donne le ton. Commandé l'an dernier par le ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, le rapport propose l'abolition des contingentements et la fin du monopole de vente de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ).

Depuis des années, la production de sirop d'érable est soumise à un système de gestion de l'offre. Le rapport souligne d'ailleurs que ce système a suscité de nombreuses critiques et remet en question les stratégies de mise en marché de la Fédération.

L'auteur du rapport, Florent Gagné, reconnaît que le contrôle de la production a permis « l'instauration d'un prix convenable pour les producteurs et l'établissement d'un approvisionnement constant et suffisant pour le marché », mais, ajoute l'auteur, il semble que ce ne soit pas les producteurs québécois qui en profitent, mais les producteurs des Maritimes et des États-Unis.

Florent Gagné fait valoir que l'industrie québécoise du sirop d'érable évolue dans un marché d'exportation ce qui rend insoutenable la poursuite de la gestion par quota. « Ça m'apparait difficile de concevoir dans une course internationale que nous nous donnons des contraintes que les autres joueurs n'ont pas. On a le pied sur le frein, je propose qu'on déménage notre pied sur l'autre pédale », illustre Florent Gagné.

Une fédération  « autocratique »

Le rapport qualifie la gestion de la Fédération « d'autocratique » et parle d'un système trop rigide et fermé. Si Florent Gagné recommande que la Fédération soit toujours le maître d'œuvre de l'achat en vrac du sirop d'érable, son rapport ouvre la porte à une vente libre de la part des producteurs.

Au cours des dernières années, des saisies spectaculaires de sirop d'érable « au noir » ont été effectuées.

Plusieurs producteurs ont été poursuivis et condamnés devant la Régie des marchés agricoles pour avoir vendu du sirop hors contingentement.

La Fédération, selon le rapport, devra procéder à un examen approfondi de ses méthodes d'intervention auprès des producteurs et dorénavant privilégier la conciliation. L'auteur du rapport souligne entre autres que ces conflits constituent une atteinte fondamentale aux droits et libertés des producteurs en plus d'entacher l'image de l'industrie acéricole québécoise sur les marchés mondiaux.
 

Réactions de l'Union paysanne

L'Union paysanne, qui dénonçait en 2015 le rôle de la Fédération dans l'érosion des parts de marché du Québec sur le marché mondial du sirop d'érable et demandait une enquête sur le sujet, se dit très heureuse du contenu du rapport.

L'Union paysanne estime que certaines recommandations ramèneront « la paix dans les érablières face au régime de peur créé par la FPAQ ».

L'organisation agricole demande par ailleurs à la Fédération d'abandonner toutes les poursuites en cours contre des producteurs.

Réajustement des prix 

Quant au prix, Florent Gagné croit que l'abandon du contrôle de l'offre ne pénalisera pas les producteurs. Il note entre autres qu'entre 2000 et 2014, le prix du sirop d'érable a augmenté de 80 % et que parallèlement la production a crû de 33 %. « C'est donc dire que la croissance des revenus des producteurs acéricoles a été engendrée bien davantage par la croissance du prix que par le volume », relève l'auteur.

Le rapport Gagné estime qu'il est temps pour le Québec de miser sur la qualité plutôt que la quantité lors des stratégies de mise en marché. Plusieurs des commentaires de Florent Gagné interrogent d'ailleurs le bien-fondé d'une stratégie basée essentiellement sur la commercialisation du sirop en vrac. « Le consommateur, observe M. Gagné, est plus exigeant, demande des produits différenciés. On est rendu au point où on devra, en plus du volume et de la quantité, s'occuper de la qualité, de la traçabilité du produit. »

Enfin, l'auteur déplore le rôle effacé du ministère et de son ministre dans l'industrie. « Même pour de simples demandes d'information auprès des fonctionnaires du Ministère, les producteurs se font souvent renvoyer à la Fédération ou à l'UPA », note Florent Gagné. Comme la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche ne permet pas au ministre d'intervenir dans la mise en marché, Florent Gagné recommande de modifier la loi.

Recommandations à mettre en place

Pour sa part, le ministre Pierre Paradis a semblé acquiescer aux constats du rapport. « On assiste avec une paire de menottes à un compétiteur qui prend des parts internationales alors qu'on se refuse de le faire nous-mêmes », a-t-il commenté.

Pierre Paradis estime en outre qu'avec la baisse de la valeur de la devise canadienne par rapport au dollar américain, le moment semble propice pour agir.

Le Québec compte plus de 13 500 acériculteurs œuvrant dans quelque 7 200 érablières. La province produit plus de 100 millions de livres de sirop d'érable par année dans un marché total de quelque 160 millions de livres. En 2014, la production du Québec représentait une valeur à la ferme de 318 millions de dollars.

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