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Sylvie Duguay entretient la flamme de La Bolduc à Newport

« J'ai le cœur brisé! », dit Sylvie Duguay, qui personnifie Mary Travers, dite La Bolduc. Elle se désole de ne plus pouvoir se glisser dans la peau de cette grande dame de la chanson québécoise puisque le site dédié à sa mémoire ne rouvrira pas ses portes cet été, à Newport, en Gaspésie. Mais elle n'a peut-être pas dit son dernier mot.

Un texte de Brigitte Dubé

Diverses raisons, dont le manque de financement et la baisse de clientèle, ont poussé le conseil d’administration à mettre la clé sous la porte.

La désignation de Mary Travers comme personnage historique du Québec l’an dernier avait pourtant créé de l’espoir chez ceux qui tenaient le site à bout de bras. Comme si ce n’était pas assez, une mer furieuse est venue briser leur rêve cet hiver, malmenant le bâtiment historique où Sylvie Duguay accueillait le public sous les traits de La Bolduc.

Sylvie Duguay personnifie Mary Travers depuis six ans. Elle raconte son histoire et interprète ses chansons. Elle avait commencé à travailler au site comme coordonnatrice et ne se destinait pas du tout à jouer ce rôle. Des circonstances un peu cocasses l’ont amenée par la force des choses à sauter dans les souliers de la grande dame.

L’année suivante, elle héritait du travail. « C’est un des plus beaux emplois que j’ai eus dans ma vie », dit-elle. « Mon public est surtout constitué de personnes âgées qui l’ont côtoyée ou l’ont connue à travers leurs parents ou grands-parents », précise-t-elle.

Toujours en quête de perfectionnement, elle a appris à jouer de l’harmonica et apprend actuellement à jouer du violon. Elle maîtrise aussi la turlutte ce qui, dit-elle, est très difficile.

Elle raconte l’origine de la fameuse turlutte. La Bolduc a été la première à les insérer dans ses chansons. Selon Pierre Day, qui a écrit le livre Une histoire de La Bolduc, le terme viendrait d’un instrument de pêche au calmar. Pour créer sans le savoir une nouvelle forme musicale, la Bolduc se serait inspirée du son étrange que produisaient une centaine de turluttes quand on les jetait à l’eau.

Une femme d’affaires accomplie

La Bolduc était une grande dame dans tous les sens du terme : elle mesurait six pieds! Elle chassait, pêchait, bûchait, chantait, composait et jouait de plusieurs instruments. C’était une femme d’affaires accomplie et libre. Elle a même fait de la haute couture avant de se lancer dans la chanson, de composer ses paroles et musiques et de partir en tournée avec une pléiade de vedettes de l’époque.

Pour écrire, elle s’inspirait de l’actualité, critiquait, dénonçait des choses.

Sylvie Duguay raconte que son premier disque s’est vendu à 10 000 exemplaires en pleine crise économique. « C’était tout un exploit! Elle faisait du bien aux gens qui avaient tellement besoin de rire! Elle avait une grande joie de vivre. Je suis comme elle d’ailleurs! », constate-t-elle.

« C’est un honneur pour moi de l’incarner, considère-t-elle. Ce sont de grandes chaussures, mais je suis capable de les chausser. »

Sylvie Duguay se sent très respectée dans son village.

En plus d’avoir enregistré un album, Sylvie Duguay a aussi un livre intitulé Parlure et accents de ses chansons.

Debbie Lynch White, qui va jouer le rôle de la Bolduc dans le film qui lui est dédié, s’en est inspirée. Elle est venue à Newport pour s’imprégner du personnage. Selon Sylvie Duguay, elle n’aura aucun problème à livrer la marchandise.

Sylvie Duguay ne lâchera pas; comme La Bolduc qui, atteinte d’un cancer, était allée subir des traitements au radium aux États-Unis, et avait accepté de chanter devant le président Roosevelt.

Sylvie Duguay dite La Bolduc entend continuer de perpétuer la mémoire de son idole, d’une façon ou d’une autre.

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