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Toutes les carcasses de baleine ne vont pas au cimetière

À Bridgeville, une carcasse de baleine d'une longueur de sept mètres fait parler beaucoup d'elle ces jours-ci. Par trois fois, depuis le début septembre, des gens ont signalé la présence de la carcasse qui gît sur la plage dans le secteur de Barachois, près de Percé.

Un texte de Joane Bérubé

Beaucoup de gens se demandent pourquoi cette baleine morte est laissée à l'abandon sur la plage.

Pour la porte-parole du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, Josiane Cabana, il est pourtant normal que cette baleine soit toujours là.  

Elle confirme que le premier signalement a été reçu le 10 septembre et explique qu'une équipe s'est aussitôt déplacée pour examiner la carcasse dans un état de décomposition avancée. La tête était d'ailleurs manquante.

Il y a de bonnes chances que le mammifère ait dérivé longtemps avant de s'échouer, estime Mme Cabana.

Il n'y avait aussi aucun indice, ni marque sur la peau ni trace d'hélice ou d'engin de pêche, qui permettait de déterminer la cause de la mort, qui pourrait aussi être d'origine naturelle.  La plupart des espèces de baleines ont une durée de vie semblable à celle des êtres humains. 

Selon les spécialistes, la baleine de Bridgeville est un rorqual, mais compte tenu de l'état de la carcasse, il est difficile de dire de quelle espèce. « Par contre, on a pris un échantillon de peau, de gras et de muscles sur l'animal pour faire des analyses génétiques, ce qui nous permettra éventuellement d'en savoir plus sur l'espèce », précise Mme Cabana.

Où ira la carcasse?

Dans ce type de situation, l'organisme fait généralement une analyse de la localisation de la carcasse afin d'en disposer.

La proximité des habitations, la nuisance des odeurs pour les résidents, l'achalandage de l'endroit sont examinés. Dans ce cas-ci, le Réseau a jugé qu'il n'y avait pas d'inconvénients à laisser la carcasse sur le rivage. 

La carcasse de Bridgeville servira donc à nourrir les oiseaux et les insectes, ce qui est un processus naturel, rappelle Mme Cabana. Cette dernière mentionne que cela a été le cas aussi pour des mammifères marins échoués l'an dernier dans le parc Forillon.

Ainsi, chaque année, de nombreuses carcasses de mammifères marins ne sont pas récupérées.

Autour du Saint-Laurent, il existe un programme de récupération systématique des carcasses pour une seule espèce, soit le béluga. Tous les bélugas retrouvés morts sur le rivage sont envoyés à Saint-Hyacinthe pour une nécropsie.

Pour les autres espèces, c'est au cas par cas. 

Par exemple, un petit rorqual qui s'est échoué à Prével au cours de l'été a été rapidement récupéré puisqu'il était situé près d'un site d'hébergement touristique et que la décomposition pouvait incommoder les citoyens et les touristes. Dans ce type de cas, l'animal mort prendra souvent le chemin du site d'enfouissement.

Parfois, le Réseau va récupérer le cadavre d'une baleine qui ne fréquente le Saint-Laurent que très rarement, comme certaines espèces de dauphins.

Certains échouages de mammifères présentent aussi des spécificités qui interpellent les chercheurs. C'est le cas notamment d'un rorqual qui a été retrouvé récemment à Cap-Chat. La carcasse a été signalée une première fois puis emportée par la marée.

Au deuxième signalement, les bénévoles du Réseau ont aussi rapporté la présence d'un foetus mort près de la baleine. Le tout a été récupéré. Une des hypothèses avancées par le Réseau est que la grossesse non menée à terme aurait provoqué la mort du rorqual.

Les consignes, lorsqu'on trouve des animaux morts sur la plage, sont d'éviter tout contact avec les carcasses, de porter des gants si on doit y toucher.

Le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins recommande aussi de garder les animaux domestiques en laisse afin d'éviter qu'ils soient contaminés par les fluides en décomposition.

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