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Un hiver perpétuel sous la plume sarcastique d'une bédéiste québécoise

La bédéiste montréalaise CAB est de passage à Rimouski pour la première fois afin de présenter sa série Hiver nucléaire, une BD en deux tomes qui fait évoluer une conductrice de motoneige dans un Montréal plongé dans un hiver perpétuel.

Un texte de Laurence Gallant

Il s'agit du premier long projet en bande dessinée pour Caroline Breault, alias CAB, qui espère pouvoir faire perdurer cet hiver nucléaire sur plusieurs tomes. Elle offre un regard sarcastique sur la rigueur du climat québécois, tout en baignant dans une science-fiction légère et colorée.

La bédéiste publie en ce moment aux éditions montréalaises Front froid, qui existent depuis bientôt 10 ans et se spécialisent dans la BD québécoise de genre, comme la science-fiction, le fantastique et le polar.

La protagoniste d'Hiver nucléaire, Flavie, est une jeune livreuse qui parcourt la métropole en motoneige. Montréal subit des températures polaires et des chutes de neige incessantes depuis un accident nucléaire. Cet accident donne d'ailleurs des apparences et des pouvoirs étranges à plusieurs résidents.

CAB a toujours aimé ce type d'univers de science-fiction, vécu au quotidien par les personnages.

Quand on la compare aux dessins de Matt Groening dans Futurama, les yeux de la bédéiste s'éclairent. Il n'y a pas de doute que l'intérêt de CAB pour le travail de l'auteur des Simpsons a eu quelques répercussions sur son oeuvre.

« Si on revient plus loin, aux Simpsons, il y avait cette  fascination, dans les années 90 et peut-être même avant ça, pour l'espèce de cartoonisation de tout ce qui touche à la radioactivité. Homer Simpson avait des barils de glu verte qui brille. Je veux dire, ça ne ressemble pas à ça, de l'uranium, mais j'ai toujours vraiment vraiment aimé cette image », affirme-t-elle.

Groening a une façon « très cartoon  » de présenter une science-fiction plutôt dénuée de conséquences, et c'est ce qui plaît à Caroline Breault.

Une protagoniste de caractère

Loin des stéréotypes et de l'hypersexualisation de la femme souvent représentés en bande dessinée, la protagoniste d'Hiver nucléaire est plutôt enrobée et se soucie peu de ce que peuvent en dire les autres.

Cab raconte que Flavie est beaucoup trop concentrée sur la gestion des obstacles liés à son environnement : « elle a des traits de caractère, elle ne se fait pas piler sur les pieds, mais je pense qu'elle a juste pas l'énergie de dealer avec les gens », explique-t-elle en riant.

Caroline Breault souligne que l'idée d'aller contre « le modèle des filles ultras sexy », bien présent dans les bandes dessinées américaines, n'a pas motivé le design de son héroïne.

Pourtant, ses lecteurs lui parlent beaucoup de Flavie et de cette représentation que la bédéiste a choisi de lui donner : « La représentation, c'est important, et je suis contente que les gens me parlent de Flavie, même si ce n'était pas le but initial, je suis contente de ce feedback-là », précise-t-elle.

Les femmes bédéistes : arrêter d'en faire un cas

Parallèlement, CAB espère qu'on arrêtera un jour de faire de la présence des femmes en bande dessinée quelque chose d'exceptionnel.

« La seule chose qui est différente quand on est une femme et qu'on fait de la BD, c'est qu'on est entourées d'hommes, c'est pas mal, c'est pas bien. Je ne pense pas que ça change notre pratique », souligne la bédéiste.

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