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Une nouvelle politique culturelle : quels sont les enjeux pour la Gaspésie?

Jusqu'au 26 août, le ministère de la Culture et des Communications du Québec mène des consultations en vue de se doter d'une nouvelle politique culturelle en 2017. Celle qui prévaut actuellement aura alors 25 ans.

Un texte de Brigitte Dubé

Le ministre de la Culture, Luc Fortin, effectue une tournée de consultation dans les régions et s'arrêtera au Musée de la Gaspésie le 16 août.

Voici, en prévision de son passage, les points de vue de huit intervenants culturels sur les enjeux spécifiques à la Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

ANNIE CHÉNIER, CONSULTANTE EN CULTURE 

Cette consultante en culture insiste sur l'importance du renouvellement de la politique culturelle.

« C'est une étape déterminante, dit-elle, un cadre de référence où on établit les priorités d'action pour l'avenir; un texte fondateur. On ne refait pas ça souvent. »

Elle explique que le portrait a changé en Gaspésie depuis 25 ans. « Des événements culturels majeurs sont apparus. Plusieurs artistes sont maintenant reconnus comme professionnels et peuvent vivre de leur métier. Les conférences régionales des élus (CRÉ), dont l'importance était majeure en culture, sont disparues.

Même s'il est trop tard pour déposer un mémoire, il est toujours possible de remplir un questionnaire disponible en ligne. Un événement Facebook a été créé en lien avec le renouvellement de la politique culturelle en Gaspésie.

ANIK LOISEL, CONSEIL DE LA CULTURE

La directrice générale du Conseil de la culture remarque que la Gaspésie a pris de l'avance dans sa réflexion. « En 2013, on a fait des consultations et des réflexions. On s'assure que c'est toujours pertinent », mentionne-t-elle.

« La disparition de la CRÉ a fait une grosse différence, ajoute-t-elle. Beaucoup d'organismes ont vu leur financement diminuer. La CRÉ gérait certains budgets qu'on n'a plus. »

« On sentait une meilleure concertation dans le milieu pour pouvoir aller chercher de l'argent neuf, poursuit-elle. Maintenant, c'est difficile. On sent un essoufflement. Il faut trouver des moyens pour survivre. »

MICHEL DESJARDINS, DIFFUSEUR DE SPECTACLES 

Le président du conseil d'administration de CD Spectacles de Gaspé estime qu'on met beaucoup l'accent sur les créateurs, mais que la diffusion est le parent pauvre de la culture.

« Les temps sont durs et on est souvent à la merci de nos partenaires », déplore Michel Desjardins. 

Il suggère aussi que les liens entre les ministères de l'Éducation et de la Culture soient plus formels pour permettre des activités culturelles mieux financées.

Selon lui, la culture a des effets positifs sur la santé globale des gens.

« Plus les gens vont être exposés à la culture, plus ils deviendront de meilleures personnes. Ils seront plus créatifs et plus ouverts », estime-t-il.

MONIQUE CAMPION, REPRÉSENTANTE

Pour Monique Campion, administratrice du LEG (Les organismes gaspésiens), il faut bouger pour s'assurer de ne pas se retrouver avec une politique mur à mur qui ne reflète pas la réalité des régions. « Depuis les dernières années, constate-t-elle, on perd beaucoup nos acquis régionaux. »

L'événement devient l'identité du citoyen et suscite le sentiment d'appartenance. « La Fête du bois flotté, à Sainte-Anne-des-Monts, attire entre 15 000 et 18 000 visiteurs, rappelle Monique Campion. Des gens de l'extérieur nous disent qu'ils vivent une chimie énergétique pas possible. Ils se sentent comme intégrés dans une communauté. »

PASCAL ALAIN, RESPONSABLE DES LOISIRS MUNICIPAUX

Pour Pascal Alain, responsable des loisirs municipaux de Carleton-sur-Mer, le rôle des municipalités a considérablement changé en 25 ans. « Elles sont devenues de véritables ambassadrices de la culture », constate-t-il.

Il rappelle que deux villes gaspésiennes ont déjà adopté leur politique culturelle, soit New Richmond en 1998 et Carleton en 1999. Depuis, plusieurs autres ont suivi.

Pascal Alain reconnaît l'importance, pour les villes, de la Loi sur patrimoine culturel revue et corrigée en 2012. « C'est un outil qui permet aux villes de mettre en valeur et de conserver leur patrimoine, de protéger un paysage, un bâtiment historique et le patrimoine immatériel, comme les contes, les chansons ou les légendes ou de perpétuer la mémoire d'un personnage marquant », précise-t-il.

LOUBA-CHRISTINA MICHEL, ARTISTE

Louba-Christina Michel de Percé, peintre et auteure, croit qu'une nouvelle politique culturelle devrait tenir compte du caractère englobant de la culture.

Selon elle, il faudrait par exemple laisser plus de place aux jeunes et aux aînés, voir le temps comme dans la culture autochtone. « Ils laissent le présent, le passé et le futur vivre ensemble plutôt que d'aller toujours vers l'avant », remarque-t-elle.

Ainsi, la notion d'héritage culturel amène celle de la transmission. Louba dit s'impliquer elle-même auprès de jeunes et, en tant qu'artiste près de la trentaine, bénéficier en même temps de l'appui d'artistes un peu plus vieux.

Pour elle, l'art amène la réalisation de soi.

Louba incite les artistes à se manifester quand le ministre Fortin sera de passage à Gaspé.

« C'est une occasion de parler de notre place dans notre société, explique-t-elle. C'est encore tabou d'être artiste et c'est dommage. »

MATHIEU LAROCHELLE, ACTIVISTE CULTUREL

Fervents consommateurs de culture et activistes culturels abitibiens, Mathieu Larochelle et Geneviève Béland font valoir l'importance des salles alternatives dans le mémoire qu'ils ont présenté. Ils le considèrent pertinent pour l'ensemble du Québec.

« Les diffuseurs alternatifs ne font pas ça pour l'argent, mais pour diversifier l'offre et dynamiser leur milieu de vie », précise-t-il.

Il demande que les cafés et les bars-spectacles soient reconnus comme diffuseurs spécialisés, complémentaires. « Les petites salles proposent un contact plus intimiste, un contact plus rapproché. Elles ont leur importance parce qu'elles sont des lieux de découverte. Les artistes émergents sont souvent diffusés d'abord dans les bars. »

ANNE-MARIE BOUDREAU, DIRECTRICE D'ARRIMAGE

Aux Îles-de-la-Madeleine, la directrice de la corporation Arrimage, Anne-Marie Boudreau, souligne que le domaine culturel s'est détérioré depuis les débuts de l'organisme qui a 26 ans.

« Nous avions le bonheur de participer à la professionnalisation et au développement culture partout au Québec, mais depuis quelques années, on assiste à l'appauvrissement et à la détérioration de la chaîne culturelle », déplore-t-elle.

Le démantèlement des CRÉ et des CLD a fragilisé le domaine culturel, ajoute-t-elle. Ici, ça nous a fait perdre 30 000 dollars. Notre financement n'a pas été augmenté depuis dix ans, mais les artistes eux, ont toujours besoin de nos services. »

Anne-Marie Boudreau veut aussi rappeler au ministre Fortin que le gouvernement du Québec a reconnu les contraintes liées à l'insularité et que celles-ci sont vécues quotidiennement par les artistes madelinots.

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