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Une réflexion sur l’autonomie alimentaire en Haute-Gaspésie

Au cours du mois de février, la population de la Haute-Gaspésie sera invitée à réfléchir à sur les enjeux entourant l'autonomie alimentaire. Dans une région considérée comme une des plus pauvres du Québec, l'augmentation du panier d'épicerie fait mal. Le mouvement « Nourrir notre monde » souhaite mettre en branle des solutions locales à ce problème social et collectif.

un texte de Joane Bérubé

L’initiative a été lancée par la Démarche intégrée en développement social de la Haute-Gaspésie.

L’agente de mobilisation, Marie-Ève Paquette, explique que « Nourrir son monde » veut, entre autres, profiter de l’engouement actuel pour les produits locaux et les produits du terroir. « C’est, commente Mme Paquette, particulièrement riche dans notre MRC, mais si on regarde la production locale, c’est tout de même mineur sur le plan des denrées consommées localement. »

La porte-parole de « Nourrir son monde » souligne que les Gaspésiens, par exemple, ne produisent même pas leurs propres pommes de terre : « Ça me marque. C’est un légume quand même consommé par pas mal tout le monde en Gaspésie! »

Par contre, certaines initiatives méritent d’être soulignées, selon l’agente de mobilisation, comme la Minoterie des anciens qui remet de l’avant la culture du grain, la production maraîchère et de petits fruits ou l’émergence des marchés publics.

Il faut toutefois admettre que les gens étaient beaucoup plus autonomes il y a une trentaine d’années. Les gens jardinaient beaucoup plus et étaient moins dépendants aux produits d’importation.

Marie-Ève Paquette, Démarche intégrée en développement social de la Haute-Gaspésie

Trois conférences en février

Est-ce que la population, notamment en Haute-Gaspésie, pourra se permettre de vivre ainsi longtemps, avec le prix des aliments et le coût des carburants qui augmentent?

C’est un peu la question que lancera « Nourrir son monde » lors de trois conférences seront présentées en février. L’idée, indique Mme Paquette, est de susciter les échanges entre les citoyens et des acteurs du monde de l’alimentation : « On veut laisser une grande place à la discussion. »

L'exemple de Val D'Espoir

Parmi les conférenciers, l’agente de planification sociosanitaire au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, Isabelle Garcia, viendra parler du laboratoire rural de Val D’Espoir, « Produire la santé, ensemble » (PSE). C’est d’ailleurs de cette expertise régionale que s’inspirera « Nourrir notre monde ».

L’expérience d’une dizaine d’années, de 2004 à 2014, financée entre autres par le ministère des Affaires municipales a permis une prise en charge citoyenne de l’alimentation de proximité qui a mené à l’ouverture d’une épicerie et à constitution de groupes d’achat.

Isabelle Garcia raconte que le projet a aussi démontré que le miel produit dans la MRC serait suffisant pour répondre à la demande locale. « C’est comment voir que le monde peut être sensibilisé au fait qu’on produit des choses, minimum consommons ce que l’on produit », indique Mme Garcia.

Le laboratoire a été converti en organisme communautaire en 2013 afin de poursuivre les actions engagées par la communauté. Le projet s’est aussi étendu à l’ensemble de la MRC, notamment par une sensibilisation dans les écoles sur l’alimentation par des ateliers culinaires et l’entretien d’un potager.

Milieux et enjeux comparables

Marie-Ève Paquette relève que les milieux de la Haute-Gaspésie et de la MRC de Rocher-Percé, - petits villages, population vieillissante, dévitalisation, sont assez similaires. « On trouverait cela vraiment inspirant », souligne Mme Paquette.

Ce n’est pas facile de mettre en place ce genre d’initiatives, cela demande une volonté politique, la collaboration des commerçants locaux.

Marie-Ève Paquette, Démarche intégrée en développement social de la Haute-Gaspésie

Une initiative semblable pourrait aussi émerger en Matanie, notamment par le réseautage des jardins communautaires.

Depuis deux ans, les bacs du centre-ville de Matane ont été transformés en espaces comestibles. L’expérience des « Incroyables comestibles » devrait s’étendre l’an prochain à d’autres municipalités de la Matanie.

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