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Une rencontre qui change une vie au Cachemire : l'histoire d'un Rimouskois

L'été dernier, le Rimouskois François Hébert, en voyage en Inde, a eu toute une frousse en s'en sortant in extremis d'une zone de conflit dans laquelle il s'était retrouvé par erreur. Sa rencontre avec un homme du secteur, qui l'a tiré d'affaire, bouleverse encore le jeune voyageur, des mois après l'incident.

Étudiant en génie à l’École polytechnique de Montréal, François avait décidé de partir à l’aventure, alors qu’il se sentait plutôt malheureux, et cherchait encore un sens à ses études. Une surprise l'attendait toutefois au détour, au moment où il parcourait les plus belles routes de l’Inde et du Népal.

Après trois mois sur la route, le jeune homme devait traverser une partie du Cachemire, se rendre à Delhi et y revendre sa moto. Seulement, cette région avait récemment connu un bouleversement politique, alors que les forces gouvernementales avaient tué un jeune leader du mouvement rebel. Des manifestations avaient par la suite mal tourné, faisant plus de trente morts et deux cents blessés.

Bien que François était au fait de la situation politique délicate au Cachemire, il n’avait alors pas tout à fait conscience de l’ampleur des tensions qui s’y étaient ravivées. Il surfait sur les belles rencontres qu’il avait faites, avec des gens chaleureux et accueillants.

J’avais passé une semaine [au Cachemire] avant que les choses dégénèrent là-bas et c’était vraiment paradisiaque. […] J’étais encore en mode invincible, ça faisait trois mois que je voyageais et tout allait bien.

François Hébert

En ville, on voyait des policiers armés de mitraillettes et des barrages routiers fréquents : « C’est sûr que comme Québécois, ça frappe, mais après deux trois jours, tu te rends compte qu’ils font juste partie du paysage et la vie continue et t’oublies qu’ils existent », raconte François Hébert.

Quand il est sorti de la ville pour prendre la route vers Delhi, François a réalisé que le décor changeait graduellement, remarquant des signes d’affrontement, des barrages improvisés, de la vitre cassée, des traces qui semblaient avoir été laissées par des cocktails Molotov : « L’environnement était juste irréel, c’était complètement désert, partout dans les rues. »

Un peu plus loin, un individu cagoulé a fait signe au voyageur de ralentir, puis l’a surpris en essayant de le frapper sur sa moto, armé d’un bâton. Le cœur battant, François est parvenu à éviter l’agresseur en accélérant : « À ce moment-là, je me suis dit " Ok. C’est pas normal ce qu’il se passe, en ce moment ". »

C’est en ralentissant à un autre barrage que le Québécois s’est fait intercepter par un groupe d’une quinzaine d’individus.

Ils sont juste partis à la course vers moi en criant, et là je pouvais vraiment pas m’enfuir. […] Ils avaient pas l’air spécialement contents de me voir.

François Hébert

François a essayé d'expliquer au groupe qu’il était loin d’être une menace. Les individus encerclaient la moto, et essayaient de lui parler en criant en cachemiri. « Il n’y avait pas de communication qui se faisait vraiment, la tension commençait à monter et on essayait de me tasser de ma moto », raconte-t-il.

Dans ma tête, j’étais en train d’envisager le pire. […] Je pensais rançon, […] prise d’otage, je pensais à mes parents, je me demandais comment j’allais pouvoir négocier.

François Hébert

Secouru in extremis

Un homme dans la cinquantaine est alors intervenu en anglais pour demander au voyageur ce qu’il faisait là. Il a compris que François s’était retrouvé seulement dans ce secteur par erreur et a pu apaiser le groupe. Depuis les manifestations, le gouvernement avait coupé accès à Internet, et muni d’une seule carte, sans GPS, François Hébert, avait seulement pris un mauvais virage et s'était enfoncé dans la zone de conflit.

« Il y avait de bonnes chances que je finisse par me faire comprendre et m’en sortir autrement, mais sur le moment, oui, j’ai eu l’impression que cet homme m’avait sauvé la vie », affirme François Hébert.

Tu sais pas comment les personnes peuvent réagir dans des situations comme ça, dans un gros conflit armé… les gens peuvent devenir assez intenses quand ils sont poussés à bout.

François Hébert

Une fois sorti du pétrin, François Hébert a fait connaissance avec son bon samaritain, qui en a profité pour lui expliquer davantage le contexte géopolitique délicat du Cachemire. « Et au bout de la ligne, on a parlé de ce qui est important dans la vie », raconte François.

Il y a de ces expériences imprévisibles qui nous transforment et changent notre perspective de la vie et du monde en général. Ce fut le cas pour François.

Je me suis rendu compte que les gens dans ma vie, c’est ce qui me permet de me lever le matin.

François Hébert

L'homme lui a indiqué le bon chemin à emprunter pour rejoindre Delhi, en lui souhaitant la meilleure des chances : « Il souhaitait que je sois heureux dans la vie, que je continue à avoir du plaisir et que je continue de découvrir le monde. […] Il m’a embrassé sur le front en disant " you’re like a son to me ". [...] Sur le moment, c’était juste naturel. »

Cette histoire de voyage est empreinte de beaucoup d’émotions pour François, qui a vu ses perspectives s’ouvrir davantage depuis, autant sur le plan personnel que professionnel. « Ne pas remettre le bonheur à demain et profiter de la vie. […] Tu sais pas ce qui peut se passer demain. »

François Hébert envisage maintenant de devenir ingénieur sans frontière ou de prendre toute autre avenue qui aurait un impact positif sur la communauté.

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