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10 ans plus tard, les condos étaient-ils nécessaires au mont Orford?

De l'eau a coulé sous les ponts depuis que le gouvernement libéral a tenté de privatiser des terres du parc national du Mont-Orford en 2006. Le propriétaire de la montagne de ski prétendait, à l'époque, que la rentabilité de la station passait seulement par la construction de 950 condos au bas des pentes. Dix ans plus tard, qu'en est-il? Disait-il vrai?

Un texte de Geneviève Proulx

En regardant le chemin parcouru depuis la création, dans l'urgence, en 2011, de la Corporation ski & golf Mont-Orford (qui voit désormais à la gestion de la station de ski et du golf), la MRC Memphrémagog peut assurément se dire mission accomplie. Non seulement y a-t-il plus de skieurs sur les pistes, mais aussi la montagne est maintenant rentable.

Les abonnements ont augmenté de plus de 50 % depuis 2011, moment où la Corporation est entrée dans le portrait. « Les gens se sont approprié la montagne. Il y a eu une période noire, où on parlait en mal du mont Orford. Maintenant, on vit vraiment l'envers de la médaille. Les gens sont présents, sont à la montagne et y croient. La MRC a décidé que ça leur appartenait et a mis l'argent en place pour la faire fonctionner », rappelle le président, Jacques Demers.

L'avenir était pourtant loin d'être rose pour l'entreprise qui connaissait des jours sombres depuis longtemps. Les déficits s'accumulaient dans les cahiers comptables. Seulement pour la période 2008-2009, la station est dans le rouge de 2 millions de dollars. « Elle perdait de l'argent. On a repris la montagne sans injecter beaucoup d'argent. Il y a eu les 250 000 $ du fonds de relance. Ce n'était pas grand-chose pour une entreprise qui tourne à peu près 7 millions par année. Mais, c'est cet argent qui nous a permis de faire la différence. C'était un levier », soutient M. Demers.

Au début des années 2000, plusieurs disaient que la rentabilité du parce national du Mont-Orford passait invariablement par la construction de condos en bord de piste. Aujourd'hui, force est d'admettre que la chose n'était pas aussi primordiale qu'on le prétendait. « On a fait sans et on est capable de le prouver. On veut maintenant accentuer les activités autour de la montagne », explique-t-il.

La même photo qu'en 2006!

L'ex-président de la Chambre de commerce et d'industrie Magog-Orford Pierre Lefebvre croit encore et toujours que le projet d'André L'Espérance, l'ancien propriétaire de la station, aurait donné un élan supplémentaire au mont Orford. « On avait un beau projet promoteur et porteur. C'est dommage pour la région [...] parce qu'on aurait créé des emplois et on aurait une activité économique intéressante », déplore-t-il.

Ce dernier rappelle qu'il s'agissait d'un « beau projet tant environnemental qu'économique. Mais le côté environnemental était peut-être poussé trop loin et a empêché qu'un développement économique. [...] Quand on regarde la finalité, c'est loin de ce que ça pourrait être si nous avions eu le projet. Aujourd'hui, quand je compare avec les autres monts, c'est probablement celui où les gens vont le moins. Quand je regarde Bromont, Le Massif, Tremblant qui affichent complet, je me dis que nous aurions pu nous positionner là-dedans. »

Des petits pas solides

Depuis que la Corporation a repris les rênes du mont Orford, quelque 500 000 $ par année ont été investis dans la montagne et ses équipements. « Les gens auraient peut-être voulu que ça aille plus vite ou qu'on change plus de choses. On a fait des petits pas, mais chacun des pas a été solide », croit Jacques Demers.

À preuve le sentiment d'urgence qui animait l'équipe de direction n'existe plus. Maintenant, on regarde en avant avec confiance. « On n'éteint plus de feu. Quand on change quelque chose, on ne se demande plus si on le fait juste pour la saison prochaine. On le change de façon plus importante pour l'avoir encore dans 10 ou 15 ans. On achète des machineries pour du long terme. »

L'année 2016 marque tout de même la dernière année du fonds de relance : une somme annuelle de 250 000 $ que la Corporation recevait pour des investissements. L'heure est donc à la réflexion. « Nous sommes en train de regarder pour notre prochaine phase. Nous avons engagé une firme pour nous donner un portrait extérieur de ce qu'on est. D'ici la prochaine année, nous pourrons présenter à la population où on voit le mont Orford dans deux à cinq ans. Qu'avons-nous besoin comme nouvel équipement? Comment pourrions-nous utiliser cette montagne au maximum pendant quatre saisons? » explique-t-il.

Selon Jacques Demers, une chose est sûre, il faudra encore des investissements dans la montagne. « Si on veut passer à une autre vitesse, il faut le faire. [...] Il faut trouver une façon de virer la montagne dans la région. On a le potentiel pour le faire. Il y aura des décisions qui devront être prises au niveau municipal. Il faut convaincre les élus et la population que nous avons une attraction majeure qui a des retombées sur toute l'Estrie. C'est aux municipalités à prendre leur rôle. »

Parce que les offres pour acheter la montagne de ski et le golf ne pleuvent pas, la Corporation devrait gérer la station pour encore longtemps, soutient son président. « Pour l'instant, on ne voit pas de finalité à notre rôle. [...] La journée qui se présentera quelque chose d'intéressant, on va regarder, mais je pense que ce sera de plus en plus difficile de passer au privé. Surtout après tout ce temps où la montagne a appartenu à la population. Ça prendra un beau projet. Des offres sérieuses, nous n'en avons jamais eues. »

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