Après avoir atteint un sommet inégalé en 2016-2017, le nombre de travailleurs de la santé en arrêt de travail a continué d'augmenter dans la région.

Un texte d'Amélie Desmarais

Selon les données obtenues par Radio-Canada, le taux d'assurance salaire a atteint 8% de l'ensemble des heures travaillées au cours de la dernière année au Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSSMCQ).

Les coûts reliés aux congés de maladie de longue durée ont atteint 36,3 millions $ au cours de l'année financière qui vient de se terminer, ce qui correspond à une hausse de 10 millions $ en 2 ans.

La direction du CIUSSS MCQ précise que de nombreux cas ne sont pas reliés à l'environnement de travail, mais reconnaît que la situation est « toujours aussi préoccupante ».

« Il y a une partie de ces gens-là qui sont absents pour des troubles musculo-squelettiques, des blessures en transportant des bénéficiaires », explique le directeur des ressources humaines Louis Brunelle. « Il y a un petit peu de maladies psychologiques alors c'est 2 volets sur lesquels on a focussé dans les 6 derniers mois pour investir et faire de la formation pour le déplacement des bénéficiaires. »

Plus d'arrêts chez les préposés aux bénéficiaires

Les employés les plus touchés sont les préposés aux bénéficiaires alors qu'un travailleur sur 10 est en arrêt de travail.

« Notre personnel est à bout de souffle » déplore Pascal Bastarache, le président du syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métier du CIUSSS MCQ qui rappelle que ça fait plusieurs années que les préposés dénoncent la pénurie de main-d'oeuvre.

Il reconnaît que les mesures comme la formation et la prévention peuvent aider, mais estime qu'il faut plus.

« Si on ne règle pas la surcharge de travail vraiment sur le terrain, on a beau attirer beaucoup de personnel c'est un cercle vicieux », explique celui qui représente les préposés de la région.

Infirmières épuisées

Les infirmières et le personnel de soins ne sont pas loin derrière avec un taux d'assurance salaire de 8,93% de l'ensemble des heures travaillées..

La présidente du syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron, constate que les conditions de travail de ses membres continuent de se dégrader. Elle affirme que les absents sont de moins en moins remplacés et que les équipes sont régulièrement incomplètes.

« Les gens tombent au combat, déplore-t-elle. Le réseau de la santé ne s'améliore pas et ça c'est inacceptable. »

Nathalie Perron attribue le problème à une mauvaise planification de la main-d'oeuvre. « C'est complètement absurde comme façon de gestionner, décrie-t-elle. Il faut qu'il se passe quelque chose dans cette profession-là! Il va falloir qu'on fasse des choix pour s'assurer de donner des soins sécuritaires et des conditions de travail décentes. »

Elle demeure tout de même optimiste pour la suite. Des négociations syndicales sont en cours dans la région, un rehaussement du nombre de postes à temps complet a été entrepris par le CIUSSS MCQ, 16 projets pilotes pour revoir les ratios patients-infirmière sont en cours un peu partout dans la province dont un en chirurgie au Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières (CHAUR).

Le CIUSSS MCQ a aussi investi un million $ au cours des 6 derniers mois pour déployer une équipe de 6 personnes pour faire de la prévention et de la formation dans les différents établissements de la région.

Le directeur des ressources humaines du CIUSSS MCQ est confiant que ces mesures permettront de renverser la tendance.

« Je vais vous répondre oui, l'année prochaine si on se revoit c'est certain que le taux d'assurance salaire et le temps supplémentaire vont avoir diminué » assure Louis Brunelle.

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