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À Bolton-Est, on aide les tortues à traverser la route

Étang Peasley, en bordure de la route 245, à la hauteur de Bolton-Est : près d'une dizaine de tortues se prélassent au soleil. C'est un endroit de choix pour elles, mais c'est aussi un lieu propice aux collisions avec les voitures. À un point tel que, pour assurer la survie des populations de tortues peintes et serpentines, un passage terrestre a été aménagé sous la route l'automne dernier.

Un texte de Mylène Grenier

Seulement pour les années 2012 et 2013, l'organisme Corridor appalachien a recensé 30 tortues qui sont mortes ou qui ont été blessées sur le tronçon de la route 245, entre l'autoroute des Cantons-de-l'Est et Bolton-Est.

« On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose, que c'était c'est anormal », explique la directrice générale de Corridor appalachien, Mélanie Lelièvre. « C'est reconnu que 5 % de mortalité des [tortues] adultes pourraient être suffisants pour causer un déclin de la population », ajoute Clément Robidoux, biologiste et coordonnateur à la conservation au sein de l'organisme.

Corridor appalachien a documenté ses observations et en a fait part au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports (MTMDET). Bonne nouvelle pour l'organisme, le ministère prévoyait à court terme remplacer un ponceau situé dans la zone problématique.

« Ils ont accepté d'aménager des passages spécialement pour la faune et de tenir compte des recommandations qu'on a faites pour pouvoir marier les deux. Trouver une solution intelligente à un problème qui était vraiment important », se réjouit Mme Lelièvre.

L'endroit compte deux passages. Le premier, qui était déjà en place, est aquatique. Il a été réaménagé pour faciliter le passage des tortues. Il mesure 2 mètres et demi de large par 2 mètres et demi de haut.

Le ponceau terrestre, nouvellement installé, est constitué d'un tunnel en béton polymère. Il mesure 50 centimètres de large par 32 centimètres de haut. Puisque les tortues n'aiment pas la noirceur, il est ajouré.

Pour optimiser les chances d'utilisation, des clôtures trônent de chaque côté du passage, sur le bord de la route.

« La tortue va sortir de son milieu aquatique, va se retrouver en milieu terrestre. Rendu au niveau de la route, elle va se frapper à la clôture, va la longer jusqu'à ce qu'elle rencontre le passage. Sans la clôture, le passage serait inefficace », explique Clément Robidoux.

L'étang Peasley se trouve à proximité de la rivière Missisquoi Nord, des milieux humides, ainsi que des milieux terrestres utilisés comme sites de ponte. C'est justement à cette période que la tortue sort de l'eau et s'aventure dans des endroits sablonneux ou graveleux pour enfouir ses oeufs. Les tortues pondent généralement fin mai, début juin.

Outre les tortues, le raton laveur, le vison d'Amérique, la loutre de rivière et le castor utilisent aussi l'un ou l'autre des passages. Au besoin, Corridor appalachien prévoit ajouter une tablette à l'intérieur du ponceau aquatique pour faciliter le passage de petits et moyens mammifères comme le renard.

Suivi

Pour mener à bien son projet, Corridor appalachien s'inspire de ce qui se fait ailleurs. Il fait partie de l'initiative « Staying Connected », un regroupement de partenaires situés de part et d'autre de la frontière canado-américaine.

« On savait qu'au Massachusetts, il y avait eu l'installation d'un passage à tortues. (...) On est allé voir le passage là-bas. On s'est inspiré de ce qu'ils ont fait, de ce qui a moins bien été, pour pouvoir faire des recommandations pour le passage ici », souligne la directrice générale.

Le ministère des Transports est responsable de l'entretien des clôtures. Pour leur part, le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs et Corridor appalachien s'occupent de l'inventaire. Cinq caméras surveillent donc les allées et venues des tortues et des autres mammifères.

« C'est bien beau installer un passage, mais si on n'est pas sûr qu'il est utilisé par la faune, c'est moins vendeur pour faire en sorte qu'il y en ait d'autres qui soient déployés sur le territoire », justifie Mélanie Lelièvre.

Les caméras seront en places pour les trois prochaines années. Si l'expérience est concluante, il n'est pas exclu de voir apparaître ce passage terrestre à d'autres endroits sur le territoire.

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