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Abolition des frais accessoires : des médecins de Sherbrooke se tournent vers le privé

L'abolition des frais accessoires annoncée mercredi dernier par le gouvernement du Québec pourrait avoir une incidence importante sur la pratique de la vasectomie. Des médecins, dont certains de Sherbrooke, ont décidé de se tourner vers une pratique privée, car ils refusent de payer la facture qui découle du projet de loi du ministre Barrette.

Pour le docteur Nicolas Nélisse, qui consacre 50 % de sa pratique aux vasectomies et l'autre moitié à l'hôpital ou en CLSC, il reste deux options. Soit abandonner la pratique des vasectomies ou se tourner vers le privé.

« La Régie nous rembourse 70 $ [par vasectomie] et le patient paye 150 $. Moi, mon coût, en termes de matériel, d'infirmières, tout ça, c'est environ 150 $. C'est sûr que s'il n'y a pas un autre aménagement financier qui se fait, je reçois 70 $ de la Régie, ça m'en coûte 150 $, dans les faits, je suis perdant à chaque vasectomie et ça me coûte de l'argent. »

Suspension des services à prévoir

Même si le ministre de la Santé soutient que cette interdiction de facturer des frais accessoires n'amènera pas de suspension des services, le docteur Nélisse n'y croit pas. « Peu importe ce qu'il arrive, il y aura un bris de service. Si je m'en vais au privé, je ne fais que des vasectomies, il y a donc un bris de service à l'hôpital et au CLSC où je travaille. Si je reste au public, je ne ferai plus de vasectomies. »

Dr Benoît Caouette, qui pratique à la Clinique du Plateau Marquette de Sherbrooke, est l'un de ceux qui se sont désaffiliés de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), il y a maintenant un an. De son côté, il n'a pas remarqué une diminution de sa clientèle même si le patient doit maintenant payer la totalité de la facture. 

« En janvier, quand la loi sera passée, ça ne changera rien pour moi. J'aurais aimé que le ministre dise que si ça coûte 150 $ de personnel dans les hôpitaux, on va le payer dans les cliniques. Comme ça, le patient ne payera rien du tout. Ça aurait été l'idéal. Je n'aurais pas eu à faire toute cette gestion et à payer moi-même le personnel », dit-il. 

Il remarque que des cliniques publiques de vasectomie, comme celles de Drummondville ou de Thetford Mines, ont dû fermer leurs portes. « Dans les plus petites régions, le médecin qui pratique les vasectomies fait aussi deux ou trois journées de médecine générale, à l'urgence ou à l'hôpital. Comme le gouvernement nous empêche de faire les deux, de pratiquer au public ou au privé, ces gens-là se disent que s'ils doivent arrêter l'un des deux, ce seront les vasectomies. »

Dr Caouette est responsable de près de 70 % des vasectomies réalisées en Estrie.

Le ministre Barrette se défend en disant que les médecins doivent absorber les frais accessoires à même leur salaire, qui a été revu à la hausse, comme ça se fait ailleurs au pays. Ce dernier évalue les revenus liés à cette pratique très lucrative à 83 millions de dollars, dont 65 millions pour les médecins spécialistes.

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