Retour

Alain Larouche : de l'importance de connaître son ADN

« Compare l'importance du moment présent à l'importance de la vie. Il y a parfois des épisodes difficiles et il faut tout relativiser. »

Un portrait de Carl Marchand

D'ici une dizaine de jours, Alain Larouche délaissera son chapeau de directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est, après 30 ans à la tête de l'organisme.

« J'étais venu ici pour deux ou trois ans et après ça, je repartais ailleurs », se rappelle le natif de Saint-Coeur-de-Marie au Lac-Saint-Jean.

Or, le Jeannois s'est « barré les pieds » en Estrie. Sous son règne, l'association touristique est passée de 3 à 15 employés. Les retombées économiques du tourisme dans la région atteignent maintenant 725 millions de dollars de dollars par année. Des données que le gestionnaire connaît sur le bout des doigts et répète par coeur.

Si les Cantons-de-l'Est sont aujourd'hui une destination touristique prisée, tout n'a pas toujours été si simple.

Les idées de grandeur

Depuis son arrivée dans les années 1980, l'Estrien d'adoption a pu voir le modèle de développement touristique changer drastiquement. À l'époque, les promesses d'investissements se déclament toujours en dizaines de millions de dollars, mais ont aussi la vilaine tendance à ressembler à des promesses du parti Rhinocéros.

« Il y avait un projet à Magog de construire une espèce de parc tropical sous une bulle de verre. Ça n'a pas marché. Un an après, on a eu le projet du mont Malamute au mont Gosford. C'était un Israélien qui venait construire un centre international avec des chiens de traineaux pour la clientèle de New York. Ça non plus, ça n'a pas marché. »

Un autre coup dur s'abat le 11 septembre 2001. L'effondrement des deux tours du World Trade Center à New York entraîne automatiquement une chute de moitié du nombre de visiteurs américains.

Le malheur force cependant l'industrie à se réinventer. C'est à ce moment que la région à forger sa signature, « son ADN », de dire le gestionnaire. Résultat : c'est le développement de circuits comme la Route des vins et le tourisme gourmand. 

« Ça fait un tourisme beaucoup plus convivial et authentique à long terme. Et il n'y a plus de chicane pour savoir où va tomber le gros 100 millions de dollars d'investissements. »

Le terrain perdu chez les Américains commence enfin à être rattrapé, analyse Alain Larouche. Si la tendance se maintient, nos voisins du Sud choisiront encore plus le Canada, en raison de l'instabilité mondiale, selon lui.

« Si tu n'aimes pas le monde, ne va pas en tourisme. »

Quand Alain Larouche a pris la tête de Tourisme Cantons-de-l'Est, l'organisme ne publiait pas encore de guide touristique. Malgré l'importance du document, la publicité repose encore et toujours sur le bouche-à-oreille.

Ce que les visiteurs recherchent, ce sont des expériences et pour satisfaire à ces exigences, impossible de jouer un rôle, dit-il.

« Si tu n'aimes pas le monde, ne va pas en tourisme. Prépare-toi à travailler de façon authentique. »

« Les réseaux sociaux, ça peut faire fermer une entreprise, ça peut aussi la faire réussir. Peu importe le domaine », ajoute-t-il.

Et avant de se lancer, il faut remettre sa passion en doute, prévient Alain Larouche.

« J'aime mieux te voir malheureux tout de suite que haïssable et raide mort plus tard! s'exclame-t-il. J'ai vu des gens perdre leur retraite. Si un projet n'est pas bon, ce n'est pas parce que c'est toi que ça va marcher. »

Sans carte ni boussole

À partir de la fête du Travail, Alain Larouche pourra se consacrer davantage à sa collection de chapeaux - il en a une quarantaine, achetés aux quatre coins du monde - et avec sa femme Lili Vaillancourt, il se promet d'aller visiter de vieux amis un peu partout sur le globe.

Le résident de Sainte-Catterine-de-Hatley aura également plus de temps pour apprécier le panorama que lui offre sa résidence, sur le mont Orford, le lac Magog et sur Sherbrooke.

Mais la retraite ne sera pas faite de simple repos, alors que le directeur général a déjà plusieurs mandats de consultant touristique qui l'attendent.

« J'ai trop d'offres pour le temps que j'ai. J'en ai en Lousianne, au Maroc, en Haïti. Je n'ai rien eu dans la région encore! Mais, faut dire que j'en ai fait pas mal. »

La seule condition que s'impose Alain Larouche, ne pas avoir à travailler à temps plein et pouvoir partir sans carte ni boussole.

« Je n'ai jamais eu de plan, d'ailleurs, je n'ai jamais eu de contrat. Quand on travaille pour une organisation, je me suis toujours dit que c'était un mandat qu'on fixait de gré à gré. »

Plus d'articles

Commentaires