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Attouchements sexuels au Pavillon Argyll de Sherbrooke : la direction savait

La direction du Pavillon Argyll, de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, était au courant des gestes à caractère sexuel inadéquats et assure qu'ils étaient gérés. Elle a réagi lundi après-midi aux propos d'employés qui soutenaient que deux résidents de l'endroit commettent des attouchements sexuels de façon régulière sur d'autres résidents sans que la direction n'intervienne. 

Un texte de Geneviève Proulx

« Les situations évoquées dans les médias résultent de gestes, bien sûr considérés inacceptables par l'établissement, posés par des personnes présentant des atteintes cognitives particulières qui peuvent entraîner la désinhibition sexuelle », peut-on lire dans un communiqué émis lundi après-midi.

« Le jugement de ces personnes est altéré par la maladie et elles ne sont pas toujours en mesure d'évaluer la gravité de leurs gestes et de réaliser que ceux-ci sont inappropriés. Bien que peu fréquentes, ces situations existent, sont connues des équipes soignantes et sont gérées de façon systématique afin qu'elles ne se reproduisent plus », assure la directrice des services professionnels adjointe au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, Dre Suzanne Gosselin. 

Cette dernière assure que les proches des résidents impliqués sont prévenus et informés des mesures qui sont mises en oeuvre pour prévenir la récurrence de ces gestes. 

Selon la direction, plusieurs moyens sont déployés pour éviter que ces gestes se répètent : réaménagements physiques, intervention en matière de médication, surveillance accrue, etc. Les employés témoins sont également invités à déclarer les incidents, mais aussi à « s'adresser aux médecins, aux infirmières, aux gestionnaires et même à leur syndicat ou au commissaire aux plaintes et à la qualité des services. »

Pour les cas rapportés dans les médias au cours des derniers jours, la direction assure que des plans d'intervention ont été mis en place et ont permis d'éviter, depuis mai dernier, la récidive de geste d'agression. 

Réaction du ministre de la Santé

Selon le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, il est possible de mieux faire les choses. Ces employés auraient parlé d'une culture du silence, une affirmation que le ministre rejette. M. Barrette croit qu'il est possible d'améliorer la situation, mais qu'il est impossible d'éliminer totalement le risque d'attouchements sexuels entre résidents.

« Il faut faire attention avec ces dénonciations. Je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de situations problématiques. On est dans une période de négociation et tous les éléments sont amplifiés. Très régulièrement, on accuse et ce n'est pas toujours fondé. Je ne pense pas que, dans cet endroit, il y ait une culture qui vise à masquer des réalités, et ce n'est pas ça qu'on demande aux gens du réseau. Ici, on accuse les administrateurs d'un établissement de cacher des choses, et je ne pense pas que ce soit le cas. »

Selon le ministre, on ne peut empêcher totalement les agressions physiques dans les CHSLD. « C'est une situation qui n'est pas acceptable, mais c'est une situation qui demande extrêmement de vigilance de la part de l'organisation des soins dans ces organisations. On sait que dans les CHSLD, on trouve de plus en plus de gens avec des pertes cognitives sévères, et nous sommes dans une période où on essaie le plus possible de ne pas se servir de contention physique ou chimique. On fait tout pour garder, même s'ils sont confus, ces gens libres de circuler. Il ne faut pas transformer les CHSLD en prison. »

Le ministre réfute l'idée que ce soit un manque de personnel qui explique ces prétendues agressions. Selon lui, les normes et les ratios sont respectés au Pavillon Argyll. « La seule façon qu'il n'y ait plus ce genre d'incidents serait d'isoler les gens dans leur chambre. Comme la seule façon qu'il n'y ait plus de chutes chez les gens qui ont des pertes cognitives ou physiques, c'est de les garder attachées dans leur lit. Ce n'est pas possible. Nous sommes dans un monde où on veut la perfection et chaque fois qu'il y a incident, il y a un drame dans le réseau au complet. Je ne vous dis pas que c'est justifié. Il faut tout faire pour que ça n'arrive pas. Si on vise zéro épisode de quelque nature que ce soit, c'est quelque chose d'impossible ou ce serait possible, mais avec des contentions physiques et chimiques. »

« Je ne veux pas minimiser les choses et tout indique qu'il doit y avoir des améliorations dans cet établissement. Mais, dans ce dossier, il faut relativiser les choses », a-t-il conclu.

Un CHSLD comme l'Hôpital et Centre d'hébergement Argyll est un milieu de vie où résident des personnes en lourde perte d'autonomie, dont 85 % présentent des atteintes cognitives.



À écouter : entrevue avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

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