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Augmentation importante du nombre d'appels chez JEVI Centre de prévention du suicide - Estrie

Alors que chaque jour, trois Québécois s'enlèvent la vie, chez JEVI Centre de prévention du suicide - Estrie, on répond à 45 appels téléphoniques. Des demandes d'aide, des suivis avec d'anciens clients, du soutien, des interventions d'urgence. En cinq ans, la quantité d'appels reçus a quadruplé, passant de 3858 à 11 691 par année.

Au cours de la dernière semaine, il est arrivé à plus d'une reprise que cinq personnes ou plus appellent au même moment pour parler avec un employé. « Il y a toujours deux intervenants qui sont au bureau d'intervention et il y en a un troisième qui est ciblé si jamais il y a de la demande. Des fois, ça se peut qu'il y ait plus que trois appels en même temps. On se mobilise dans ce temps-là. Nous avons des clochettes d'alarme que nous déclenchons. Toute l'équipe se mobilise », explique la formatrice chez JEVI, Marie-Ève Bernier.

La durée de ces appels varie, mais jamais les intervenants ne raccrochent sans être assurés que la situation a été correctement prise en main. « On peut être en ligne avec quelqu'un pendant 10 minutes et d'autres fois, pendant deux heures. On ne raccroche jamais [sans être sûr] d'avoir bien évalué la situation, qu'on a bien fait l'estimation du danger et qu'on a tout mis en place pour s'assurer que la personne soit bien prise en charge », souligne Mme Bernier.

La confidence est souvent au rendez-vous lorsque le téléphone sonne chez JEVI. « C'est sûr qu'on entend des trucs très intimes que les gens ne partagent pas avec leurs proches. Notre travail est basé sur la partie de la personne qui veut vivre. On travaille beaucoup avec la vie aussi », rappelle la coordonnatrice clinique, Tania Boilard.

Des doutes? Une seule façon de faire!

Pour ces spécialistes de la prévention du suicide, il ne faut pas avoir peur de poser les vraies questions. « Il n'y a pas des tonnes de façons de faire pour savoir si une personne pense au suicide. Souvent, on est inquiet, on doute, on se demande si la détresse de la personne est tellement grande qu'elle pense au suicide. À ce moment, les gens vont essayer de trouver des façons de faire pour arriver à savoir si elle a des pensées suicidaires. Pourtant, il n'y a qu'une seule et unique façon de faire : lui poser directement la question. Plus les questions sont précises et plus les réponses seront précises », croit Marie-Ève Bernier.

Cette dernière insiste pour que ceux qui ont peur foncent malgré tout. « Les gens pensent qu'en posant ces questions, on n'aura pas de vraies réponses ou que les gens seront fâchés. C'est le contraire. Les gens qui sont suicidaires, c'est difficile pour eux de demander de l'aide : ils n'y croient pas tant que ça. Ils ont l'impression qu'ils ont tout essayé et qu'il n'y a plus rien qui fonctionne, qu'il n'y a plus d'espoir. »

Quand il n'y a plus d'espoir... il y en a encore!

Cette perte d'espoir se transmet parfois aux employés qui répondent aux demandes d'aide. « Même pour nous, comme intervenants, des fois, ça devient difficile d'y croire. Il faut se rappeler toutes les fois où on n'était plus sûr et qu'on a continué d'y croire, malgré le fait que c'était difficile, et qu'ultimement on a été en contact avec quelque chose qui relevait de l'extraordinaire », ajoute Marie-Ève Bernier.

Le travail d'intervenant chez JEVI est souvent marqué par des passages sombres, mais heureusement, il y a de belles éclaircies. Des moments précieux qui restent gravés à jamais dans les souvenirs des employés. « Il y a des situations où on a mis des choses en place contre le gré des gens. J'ai vécu des situations où les gens étaient fâchés contre moi. Des fois, je suis la seule personne, dans les deux dernières années, à qui une personne s'était ouverte, à qui elle acceptait de se confier. La confiance était tellement grande qu'il a abordé le fait que les idées suicidaires étaient présentes et que la planification était complète. À ce moment-là, j'ai dû faire hospitaliser cette personne. Je me suis demandé si j'avais bien fait et si j'avais brisé quelque chose auprès d'elle. Finalement, ce monsieur m'a rappelée [...] pour que j'aille le chercher à l'hôpital et il m'a remis sa corde en me disant que j'ai été celle qui a fait la différence », se souvient Mme Bernier.

En 2013, 46 personnes sont mortes par suicide en Estrie. La majorité étaient des hommes (37).

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