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Augmentation vertigineuse du coût de certains médicaments : décisions difficiles à prendre pour le CHUS

Un médicament qui augmente de 500 %, ce n'est pas très fréquent, mais cela arrive. Les compagnies pharmaceutiques ont carte blanche pour fixer les prix de certains médicaments. Un médecin et un pharmacien du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) croient que des interventions politiques sont nécessaires afin d'éviter ces fluctuations qui compliquent le travail des hôpitaux.

Un texte de Geneviève Proulx

Entre autres exemples, le prix de deux de médicaments traitant l'insuffisance cardiaque (Nitropress et Isuprel) de l'entreprise québécoise Valeant a augmenté de plus de 500 % du jour au lendemain. Aussi, la jeune pharmaceutique Turing Pharmaceuticals avait acquis les droits d'un traitement pour une rare infection parasitaire qui touche essentiellement les femmes enceintes avant d'en faire passer le prix de 13,50 $US à 750 $US par comprimé. Ces hausses ont poussé le Congrès américain à ouvrir une enquête au sujet du prix des génériques.

Ces situations sont du déjà-vu pour le néphrologue au CHUS, Dr Martin Plaisance. « Pour certaines maladies plutôt rares, il y a peu ou seulement une seule compagnie qui fabrique le produit. Ces compagnies se font acheter par d'autres, qui, sans améliorer la qualité du produit, augmentent les prix sachant qu'elles peuvent le faire », explique-t-il.

Le Dr Plaisance a récemment vécu un cas semblable. Le prix d'un médicament traitant une maladie rare du rein a explosé. « Ils ont augmenté le prix de 18 fois! C'était déjà assez cher, soit entre 3000 $ et 5000 $ par année par patient. Là, c'est rendu entre 80 000 $ et 90 000 $ par année pour traiter un patient. La pharmacie de l'hôpital n'était plus capable de payer un médicament aussi cher que ça, donc le patient ne l'a plus », déplore-t-il.

Décisions difficiles

Bien qu'elles soient peu fréquentes, les hausses soudaines de certains médicaments ont des impacts sur le budget d'un établissement comme le CHUS. « Les décisions qu'on prend à l'hôpital sont toujours en fonction du bénéfice pour le patient et du coût de la thérapie. On a des ressources qui sont limitées. Il y a des décisions difficiles qui peuvent être prises, mais dans le cas où il n'y aurait pas d'option thérapeutique justifiée, on va devoir payer le prix que la compagnie nous le vend, malheureusement », explique le pharmacien-chef intérimaire au CHUS, Patrice Lamarre.

Le budget annuel de la pharmacie du CHUS est d'environ 26 millions de dollars.

Réglementation à revoir

Patrice Lamarre et le Dr Martin Plaisance croient qu'au point de vue politique, des interventions doivent être faites afin que la réglementation soit resserrée pour éviter que les stratégies d'affaires de certaines compagnies fassent en sorte de prendre les patients en otages. « Il y a un mécanisme appelé le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés qui fixe un plafond aux prix. Donc, il faut ramener les médicaments orphelins à travers ce même système-là où on pourrait mettre un plafond au prix demandé », soutient le néphrologue.

À l'heure actuelle, près de 1300 médicaments brevetés sont assujettis à la compétence du Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés.

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