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Camelot d'un jour avec l'irremplaçable Rosaire

« Elle avait donc ben l'air bête elle! », que je lance à Rosaire Morneau, camelot du Journal de rue de Sherbrooke. Une cliente du Marché de la Gare venait tout juste de passer devant nous, le visage rivé à son téléphone, sans retourner notre bonjour, ni notre sourire. « Ça, Dominic, on garde ça pour nous », me recommande chaudement mon mentor, en chuchotant. Première leçon de la journée : toujours rester poli avec les gens.

Une chronique de Dominic Tardif

Jeudi midi, je devenais donc camelot d'un jour pour le Journal de rue de Sherbrooke, tout comme les conseillers municipaux Julien Lachance et Robert Pouliot, ainsi que l'agent du Service de police de Sherbrooke, Claude Toupin. J'avais l'indicible honneur d'être jumelé à un pro : Rosaire Morneau, 64 ans, vétéran camelot à l'éternelle mine flegmatique sous sa casquette des Bulls de Chicago.

L'événement, une idée du journal L'Itinéraire de Montréal, en était à sa troisième édition jeudi à Montréal, et à sa première à Sherbrooke. Rappelons que le Journal de rue de Sherbrooke aide des personnes en situation de pauvreté et d'exclusion à réintégrer le marché du travail. Pour chaque copie du journal qu'ils vendent, ils reçoivent 1,25 $.

Rosaire, la vedette

Malgré les quelques malpolis face auxquels les camelots doivent garder leur calme, vendre le Journal de rue, c'est quand même le fun. Surtout quand on s'appelle Rosaire Morneau. Celui qui œuvre parfois au centre-ville, mais pour qui le Marché de la Gare est devenu une véritable deuxième maison, insiste, à mon arrivée, afin que nous fassions la tournée. Il faut absolument que je serra la pince de tous les commerçants et employés.

Ghislain Paquet, de la Fromagerie de la Gare, parle de Rosaire comme d'une présence indispensable. « Rosaire est attendrissant », confiait-il alors que le principal intéressé cachait son visage rougissant derrière une copie du journal.

Quelques trucs

Parmi les plus ratoureuses stratégies de vente de Rosaire : offrir un (pudique) compliment aux dames. Mon patron du jour se fait un point d'honneur de se souvenir du prénom de tout le monde et ne manque jamais une occasion de lancer une répartie spirituelle.

Le bon camelot de rue se doit d'user de charme, donc. Il doit aussi, parfois, savoir échanger une faveur contre une autre. « Rosaire a déjà dit à mon boss qu'il ne voterait pas pour lui s'il achetait le journal à quelqu'un d'autre », racontait jeudi Colleen McCool, du bureau du député fédéral de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault. Alors Rosaire, as-tu voté pour Pierre-Luc Dusseault? « Ben oui », répond-il, le sourire taquin. Un homme de parole.

Debout toute la journée, sous un soleil de plomb ou fouetté par les rafales de vent, Rosaire ne chôme pas. Après avoir traversé à peine une heure de travail, le chroniqueur, lui, sentait l'appel de la sieste. Rosaire serait là au moins jusqu'à 17 h.

Conclusion : je vais garder ma job.

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