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Cannabis comestible : des entrepreneurs voient grand en Estrie

Avec la légalisation du cannabis au Canada, prévue en juin 2018, un nouveau marché s'ouvre pour des entrepreneurs de l'Estrie. Ils s'informent sur Internet et expérimentent ensuite dans leur cuisine. Le créneau qui les intéresse : le cannabis comestible. Rencontre avec François Paradis, de l'atelier Choco-Là de Sherbrooke et Véronique Lettre de l'Atelier C à Magog.

Un texte de Marie Eve Lacas

Choco-Là a pignon sur rue depuis 12 ans. Le coproriétaire, François Paradis, s'est taillé une place de choix dans le marché des chocolats fins. Amateurs de ses bouchées, des clients aux prises avec des problèmes de santé l'ont abordé.

« Ils m'ont demandé si je ne pouvais pas les aider à peut-être enlever un peu de leurs douleurs en intégrant un peu de cannabis, de THC ou éventuellement les CBD [à mes produits] », dit-t-il.

Tout de suite, il s'est senti interpellé par l'idée.

Depuis, François Paradis teste des versions modifiées de ses chocolats : beurre de pommes, caramel au beurre de cannabis et ganaches, notamment dans lequel il ajoute de l'huile ou du beurre de cannabis.

Dans son congélateur, on peut y trouver des pièces de beurre de cannabis prêtes à être utilisées, ainsi qu'un bloc, avec plus d'arômes et d'huiles essentielles. Parkinson, sclérose en plaques, récidive de cancer : chacun a ses besoins et il faut ajuster le dosage en conséquence.

François Paradis obtient du cannabis d'un contact qui est enregistré auprès de Santé Canada. Son produit, il ne le vend pas, mais il le donne à ses testeurs. Le chocolatier cherche à se tracer un chemin pour être fin prêt en juin 2018, date prévue de la légalisation au Canada.

« J'ai pris la peine d'appeler Santé Canada. Je leur ai demandé s'il y avait possibilité que je puisse faire un peu de recherche. C'est sûr qu'ils m'ont dit un non catégorique », raconte-t-il.

Son plan d'affaires prévoit une séparation des activités de la chocolaterie. Le sous-sol de son commerce est inutilisé et possède une entrée distincte. Il avance ses recherches, malgré la zone grise qui existe présentement.

« Je suis certain que c'est l'avenir. On voit ce qui se passe en Californie et au Colorado. Eux, ils avancent, avancent et nous, on regarde le bateau passer. Ils sont prêts, dominent l'internet et nous, on ne peut pas. Ce ne sont que les gros comme Tweed et l'Hydropothicaire qui ont les finances pour faire avancer la recherche. »

Le comestible pour ne pas inhaler

François Paradis n'est pas seul à voir le potentiel économique de la légalisation du cannabis. Véronique Lettre, propriétaire d'un café à Magog, milite pour le cannabis comestible.

Survivante de deux cancers, elle a, en main, une prescription médicale qui lui donne accès à la plante, à l'huile ou à des gélules. L'idée de cuisiner avec ces produits s'est rapidement imposée à celle qui ne voulait pas fumer.

Pâtissière de formation, elle s'est tournée vers les cupcakes.

« Ç'a toujours été ma passion, mais aussi parce que ce sont de microbouchées. Je n'irai jamais faire un gâteau au cannabis parce que tu ne sais pas la grosseur de la pointe. Une petite bouchée comme ça, tu sais exactement ce que tu ingères. Les effets durent de 6 à 8 heures. Ce qui est intéressant quand on veut traiter une condition qui est médicale », croit-elle.

Livres de recettes, formations en ligne ; en deux ans, la pâtissière a fait des pas de géant dans ce domaine.

Véronique Lettre a même récemment déniché un mentor, un chef cuisiner de Los Angeles avec qui elle échange via Skype. Faire son beurre ou son huile de cannabis lui prend près de 7 heures. Ensuite, elle le substitue dans ses recettes.

Mme Lettre y voit un grand marché qui pourrait même être personnalisé et veut tenter sa chance.

« Je n'en reviens pas comment les gens sont prêts à entendre parler du cannabis médicinal. Ils ne connaissent pas ça et manquent d'information. Je pense que les gens sont tannés de prendre des médicaments ou leurs médicaments ne fonctionnent pas ou on trop d'effets secondaires. Ils sont vraiment ouverts à essayer quelque chose d'autre », soutient-elle.

Elle presse le gouvernement du Québec de faire une place aux petits entrepreneurs dès maintenant afin que le commerce électronique ne prenne pas toute la place. Les médecins auront aussi leur rôle à jouer estime-t-elle.

Il faut aussi penser à un cadre, selon Véronique Lettre. « J'ai appris beaucoup justement pendant mes essais erreurs.Effectivement, ce que je me rends compte, c'est que c'est difficile de s'y retrouver. Il y a tellement de produits, de famille de propriétés et de dosages que je pense qu'il y aurait de la place pour un service d'accompagnement et c'est ce que je souhaiterais mettre en place aussi. »

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