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Charlie Hebdo : un caricaturiste de la première heure de passage à Sherbrooke

De passage à Sherbrooke pour y visiter son fils, l'un des caricaturistes de la première heure de Charlie Hebdo, Jacques Faure, se souvient de ses anciens collègues, tués il y a un an aujourd'hui par un commando jihadiste.

Un texte de Geneviève Proulx

L'attaque contre les locaux de Charlie Hebdo à Paris, le 7 janvier 2015 a fait 11 morts, dont les dessinateurs Cabu, Wolinski, Charb, Honoré et Tignous. Jacques Faure craint maintenant qu'ils ne sombrent dans l'oubli. C'est pourquoi il considère qu'il faut continuer de publier leurs dessins.

« C'est très, très grave. Je ne vois pas du tout de porte de sortie. Pour moi, ça va de pire en pire », dit le dessinateur de 87 ans.

Pour lui, il est primordial de garder ces oeuvres vivantes.

Faire de la caricature amène toujours son lot de critiques. Lui-même s'est souvent retrouvé au coeur de nombreuses tempêtes.

Jamais il n'aurait pensé perdre des amis, des confrères en raison de leurs dessins. « Ah! non! Certainement pas! Pour moi, ç'a toujours été un amusement. Depuis les années 1960 où j'ai commencé à travailler avec le dessin, je suis en vacances. Je suis toujours en vacances. On me paye pour ça. C'est formidable! » soutient M. Faure.

M. Faure croit aussi que le métier de caricaturiste a évolué et qu'il serait impossible de faire le même métier qu'à ses débuts en 1947. « Même dans les dessins. Celui-ci [on y voit une femme seins nus], c'était publié quotidiennement dans les journaux de Paris. Maintenant, vous n'en voyez plus parce qu'il y a une paire de seins. Ça m'inquiète. Si je recommençais aujourd'hui, je ne sais même si je pourrais en faire mon métier parce qu'il n'y a presque plus de journaux qui publient des dessins. Quand j'ai commencé, dans les années 1950, je n'avais pas assez de dessins pour faire la tournée des journaux qui publiaient des dessins. Maintenant, il y a deux journaux en France qui le font. C'est fini. »

La vague de sympathie soulevée par les meurtres et par l'attaque à la liberté d'expression qu'ils représentaient a permis au petit journal satirique de survivre financièrement. La situation économique a changé considérablement depuis l'attentat. Charlie Hebdo, qui tirait le diable par la queue, avec des pertes de 100 000 euros en 2014, dispose maintenant d'un fonds de 20 millions d'euros, grâce à divers dons et à la vente de 7,5 millions d'exemplaires du numéro spécial post-attentats, traduit en 16 langues. Le nombre d'exemplaires vendus en kiosque chaque semaine a été multiplié par cinq et atteint maintenant les 100 000. De même, 180 000 personnes y sont maintenant abonnées, contre 10 000 à la fin 2014.

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