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Cinq ans après la tragédie de Lac-Mégantic, la population panse tranquillement ses plaies

À quelques heures des commémorations soulignant les cinq ans de la tragédie de Lac-Mégantic, force est de constater que de nombreux citoyens ont retrouvé une vie normale ou presque. Les ressources disponibles et les projets mis en place par l'équipe de proximité du CIUSSS de l'Estrie-CHUS ont contribué à un certain rétablissement psychosocial de la population. Mais tout n'est pas réglé.

Un texte de Mélissa Fauteux

Guillaume Couture avait 13 ans le 6 juillet 2013. Avec sa grand-mère, il a fui en catastrophe le centre-ville en flamme. Les mois qui ont suivi ont été particulièrement pénibles pour lui. « Je me sentais vraiment mal et je ressentais un peu le syndrome du survivant, explique-t-il. Pourquoi est-ce que moi j'ai survécu et que ces 47 là sont morts? »

Guillaume Couture a aussi développé de l'anxiété lorsqu'il pense aux trains. Quand il entend le bruit d'une locomotive, il ferme les yeux ou se retourne pour ne pas la regarder.

Aujourd'hui, le jeune homme va mieux et c'est en grande partie grâce à la maison des jeunes Points Jeunesse du Granit, située à quelques mètres de l'ancien centre-ville. Au fil des mois, il y a trouvé du réconfort et de l'écoute et il n'est pas le seul. Depuis la tragédie, le nombre d'adolescents qui fréquentent l'endroit a doublé.

Avec l'aide de la Santé publique, les adolescents ont pu recevoir toute l'aide psychologique dont ils avaient besoin directement à la maison des jeunes. Le Club Rotary et la Croix-Rouge ont aussi contribué à leur bien-être.

Grâce à des dons en argent, la maison des jeunes a pu bonifier son offre d'activités, renouveler son mobilier et offrir davantage d'installations aux jeunes, comme une salle de musique.

Pour la directrice, Mélanie Lemieux, il en a découlé que du positif. « On a amélioré vraiment beaucoup de choses et ajouté différents volets qui ont permis à la maison des jeunes de mieux se développer. C'est ça, dans le fond, qu'on a bâti dans cette tragédie. »

Le choc post-traumatique perdure pour certains

La situation n'a pas été aussi rose pour la Maison l'Ensoleillée, qui vient en aide aux gens aux prises avec un problème de santé mentale.

Selon la directrice de l'organisme, Emmanuelle Durocher, le nombre d'interventions individuelles avec des gens enclins à des crises suicidaires a considérablement augmenté. « À la suite de cette tragédie, le nombre d'interventions en une semaine correspondait à ce que j'avais auparavant en un an », révèle-t-elle.

Le nombre de personnes qui fréquentent la ressource a aussi augmenté.

La population sondée

De 2014 à 2016, la Chaire de recherche sur les évènements traumatiques, la santé mentale et la résilience de l'Université du Québec à Chicoutimi a réalisé trois enquêtes auprès de la population méganticoise, en collaboration avec la Direction de santé publique de l'Estrie.

Au cours de 800 entretiens téléphoniques, les chercheurs ont évalué la santé psychologique des habitants du Granit depuis la tragédie. Les manifestations de stress post-traumatique à Lac-Mégantic ont diminué de 67 % à 49 % de 2015 à 2016. Par contre, les troubles de l’humeur et les troubles mentaux ont tous deux augmenté de 2014 à 2016.

L’enquête a aussi indiqué que le quart des personnes qui ont perdu un être cher dans la tragédie ferroviaire éprouvent de grandes difficultés à faire face au deuil. Difficultés personnelles, conjugales, familiales, sociales et professionnelles sont autant d'aspects de leur vie qui sont encore fragiles.

Pour la Dre Mélissa Généreux, directrice de la santé publique de l'Estrie, le chemin parcouru par la population en cinq ans est tout simplement incroyable. « Ce qui est beau à voir, c'est cette résilience qu'on a eue tout le monde ensemble. Je vois vraiment une belle amélioration au fil du temps. »

Au fil du temps, certains s'en sortent mieux que d'autres, mais tous s'entendent pour regarder vers l'avant. « Je vais bientôt commencer ma vie d'adulte, conclut Guillaume Couture. j'ai autre chose à penser que ce qu'il s'est passé il y a cinq ans. »

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