À un an des élections municipales, que pensez-vous de votre ville? Quels sont les défis à relever? 

Un reportage d'Annie Corriveau

L'urbaniste, Gérard Beaudet s'est prêté au jeu. II a fait un tour de Sherbrooke avec notre équipe pour départager les bons des moins bons coups. Nous en avons sélectionné cinq de chacun. Nous vous présentons cette semaine les points qui méritent d'être repensés.

La tournée s'est concentrée sur le territoire de l'ancienne ville, mais il n'en tient qu'à vous de bonifier l'exercice et de partager vos propres observations !

1. TÉMOIN D'UNE (SUR)DÉPENDANCE À L'AUTOMOBILE

Décider de l'emplacement du Centre de foires de Sherbrooke a déchiré le conseil municipal.

En 2009, les élus ont finalement opté pour ériger l'immense structure de plus de 20 millions de dollars sur le Plateau St-Joseph plutôt que sur un autre terrain donné à la Ville dans le secteur Est.

« Ça allait presque de soi qu'on devait l'associer aux grands équipements commerciaux, mais c'est du monofonctionnel. Les effets d'entraînement sont à peu près nuls, on le voit bien, il n'y a rien autour », constate le professeur en urbanisme, Gérard Beaudet.

Inauguré en 2011, le Centre de foires attire différents événements et expositions. Mais y accéder à pied est loin d'être facile. 

Des bassins de rétention des eaux de ruissellement entourent le site, des îlots de verdure sont stratégiquement implantés donnant l'illusion d'une touche végétale importante, mais il s'agit d'efforts minimes, regrette M. Beaudet.

« On se donne bonne conscience, mais c'est relativement modeste par rapport à tous les impacts d'une culture du tout à l'automobile. »

2. DE L'ÉPARPILLEMENT ET UN CENTRE-VILLE OUBLIÉ 

« Je pense que le Centre des congrès aurait pu être implanté au centre-ville. On avait des structures d'accueil avec les stationnements étagés, une structure commerciale avec de la restauration, des boutiques plus ou moins spécialisées et il y avait de l'espace », avance Gérard Beaudet.

L'urbaniste déplore la culture d'éparpillement qui a teinté plusieurs décisions au fil des dernières décennies, dont celle d'implanter l'hôtel Delta et le Centre des congrès sur la rue King Ouest à la fin des années 1980.

Le centre-ville de Sherbrooke devait alors se réinventer, incapable de rivaliser avec l'attrait du centre commercial sur le boulevard de Portland.

Sherbrooke n'est pas l'exception. De façon générale, les administrations municipales ont trop souvent suivi les choix des promoteurs de grands projets plutôt que d'imposer une vision du développement, déplore M. Beaudet.

3. UN SITE EXCEPTIONNEL SOUS-EXPLOITÉ

Le site où s'est construit le Grand Hôtel Times est exceptionnel pour la vue qu'il offre sur le lac des Nations et le mont Orford, mais l'endroit est grandement hypothéqué par la présence d'un seul édifice, se désole Gérard Beaudet. 

Construit sur six étages, l'hôtel en bordure de la rue Belvédère Sud laisse derrière lui un grand espace libre jusqu'au plan d'eau. Le professeur en urbanisme aurait opté pour un projet plus costaud afin de marquer cette entrée du centre-ville et équilibrer le coup d'oeil avec l'imposante structure de l'ex-usine Paton, de l'autre côté de la rue King.

Il avait déjà proposé une construction plus imposante, incluant un hôtel et un édifice à logements auxquels auraient pu se greffer des activités à caractère culturel et commercial qui se prolongent en terrasses extérieures vers le lac.

« Que ce terrain-là soit construit, ça n'aurait pas handicapé la vocation d'espace public qui est associé au lac. »

4. UN PLATEAU MITÉ PAR LES STATIONNEMENTS

Dans le sillage des usines Paton et Kayser, le quartier s'est développé au 19e siècle pour loger les ouvriers sur le Plateau marquette. Mais depuis, bien des maisons à étages en briques rouges ont été négligées et démolies sur la rue Marquette. Des stationnements à aire ouverte les ont remplacées.

À l'angle des rues Marquette et Belvédère Nord, le professeur en urbanisme note une autre aberration. « L'édifice gouvernemental en verre bleuté avec son stationnement aux abords [c'est] un ensemble qui n'est pas particulièrement réussi »

5. UN STATIONNEMENT ÉTAGÉ À REPENSER 

Qu'on soit sur le pont Aylmer vers l'ouest ou encore lorsqu'on circule sur Grandes Fourches Nord, le stationnement étagé Webster offre un sinistre coup d'oeil. « Comme paysage et comme carte de bienvenue au centre-ville, ce n'est pas particulièrement réjouissant », commente l'urbaniste Gérard Beaudet.

Avec la topographie que Sherbrooke offre, le stationnement Webster pourrait devenir une base plus harmonieuse. 

Selon lui, il serait possible de mieux aménager la structure de béton. Il donne l'exemple du stationnement étagé de la rue Dépôt, où l'ajout d'éléments décoratifs adoucit l'ensemble.

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