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Comment fonctionne la mémoire à court terme?

Il y a cinq ans, un chauffard en état d'ébriété happait deux jeunes femmes sur la rue Prospect à Sherbrooke avant de fuir les lieux. L'une des jeunes femmes est morte sur le coup. L'autre piétonne, Bohémie Drouin, s'en est miraculeusement sorti, mais les séquelles sont lourdes : un traumatisme crânien lui a fait perdre sa mémoire à court terme. Regard sur cette fonction cognitive qui nous accompagne beaucoup plus souvent qu'on ne le pense.

« Il y a eu un impact très violent. On se rappelle que c'est un accident voiture-piéton. Donc, la force de l'impact a été très, très forte. Il y a quelqu'un qui est décédé. Elle a eu un traumatisme crânien grave. Il y a trois niveaux dans l'échelle de sévérité. Pour elle, c'est le plus sévère qui a eu des impacts sur plusieurs de ses fonctions cognitives, dont la mémoire », explique la neuropsychologue au Centre de réadaptation de l'Estrie, Marie-Ève Simoneau.

Même si elle oublie ce qui vient de se produire, il reste encore des souvenirs à Bohémie. « La mémoire ancienne, celle avant l'accident, est relativement bien conservée : sa mémoire biographique, ses connaissances générales sont bien là. Par contre, quand il est question de faire de nouveaux apprentissages, c'est là que ça se complique », dit-elle.

Pour que le cerveau retienne de nouvelles informations, il y a plusieurs étapes. « Il y a trois étapes à la mémoire. La première est l'encodage, puis il y a le stockage et ensuite de récupération. Dans l'encodage, c'est un processus très actif. Le cerveau a besoin de faire des liens : on était où quand on a appris cette information, qui nous l'a dite, qu'est-ce qu'on faisait? Ça sert à faire une empreinte dans son cerveau. Comme l'encodage chez Bohémie est très difficile, la consolidation (ou le stockage) ne se fait pas en mémoire. La consolidation fait en sorte que l'information reste dans le temps et qu'on va pouvoir la récupérer plus tard », explique Mme Simoneau.

Merci à la mémoire de travail

Ce qui permet à Bohémie de fonctionner au quotidien, c'est sa mémoire de travail, une mémoire qui retient l'information environ une minute. « C'est un contenu très, très volatile. Dès qu'il y a une distraction, le contenu de cette mémoire peut s'envoler. C'est comme quand on a une conversation, le contenu de ce qu'on se dit passe dans notre mémoire de travail, on va faire un tri par la suite pour encoder cette information en prenant ce qui est le plus important », illustre la neuropsychologue.

La réadaptation a été longue pour Bohémie, mais pour tous ceux qui vivent un traumatisme crânien sévère. « Ces gens peuvent en avoir pour une à deux années de travail. Il y a plusieurs aspects qui sont abordés. Ce qu'on souhaite à nos gens, c'est de s'adapter à leur nouvelle réalité, de rebondir, de s'actualiser de nouveau. Mais il y a des choix qui s'imposent dans leur vie, il y a des deuils aussi à faire », rappelle Marie-Ève Simoneau.

Chaque personne aura son propre parcours. « On ne connaît pas la fin de l'histoire. Retourneront-ils travailler? Reconduiront-ils leur voiture? On ne le sait pas. Par contre, ce qu'on sait, c'est que les choix que vous allez faire vont être collés sur ce que vous êtes, sur vos valeurs, sur ce que vous allez faire. Souvent, les gens vont choisir leur relation en priorité. Ce qu'on veut, c'est qu'ils s'épanouissent, qu'ils soient bien dans leur nouvelle réalité. Notre victoire à la fin, c'est quand ils acceptent qu'ils ne sont plus dans la performance et qu'ils mettent de côté leur statut de travailleur. Quand ils acceptent le plus important, comme leur statut de mère, d'amie. Alors là, ils sont bien, ils sont en équilibres. »

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