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Consultations sur la politique alimentaire canadienne : l'éducation au coeur des préoccupations à Coaticook

L'éducation des consommateurs et l'équité entre les producteurs locaux et étrangers ont occupé le haut du pavé lors de la consultation publique sur la politique alimentaire canadienne conduite à Coaticook mardi soir.

Un texte de Charles Beaudoin

La ministre du Développement international et de la Francophonie et députée de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, ainsi que le député de La Prairie et ancien agriculteur Jean-Claude Poissant, étaient au Centre de formation professionnelle de Coaticook (CRIFA) afin de recueillir les idées des producteurs et consommateurs dans le but d'améliorer l'alimentation des Canadiens. Le gouvernement fédéral souhaite mettre en place une politique alimentaire canadienne au cours de la prochaine année.

La politique alimentaire aura pour mandat d'améliorer l'accès à des aliments abordables, d'améliorer la salubrité des aliments et de la santé, de préserver la qualité des sols, de l'eau et de l'air et de produire une plus grande quantité d'aliments de qualité supérieure. Or, ces objectifs ne pourront être atteints sans d'abord être précédés d'une campagne d'information et d'éducation. C'est ce qu'ont fait valoir les quelque 35 citoyens sur place.

« C'est l'accès à l'information. On a parlé beaucoup d'éducation ce soir, mais comment s'éduquer sans avoir accès à toute l'information, questionne Jérémie Bernardin. On n'a pas parlé beaucoup d'OGM ce soir, mais c'est le même principe pour tout. Les gens veulent savoir et si on compare simplement l'étiquetage des poissons au Canada, aux États-Unis et en Europe, c'est complètement différent. En Europe, on va nous dire le nom du poisson, comment il a été pêché et où, tandis qu'ici on nous donne le nom du poisson et le prix. C'est honteux. »

Le producteur laitier Rock Simard souligne notamment qu'il est grand temps que le public revienne en phase avec le calendrier des récoltes.

« Il y a des gens qui ne comprennent même pas qu'une carotte peut être croche et pourquoi. Ils en ont jamais vu et pensent qu'elles ne sont pas bonnes, ajoute M. Simard. Mon voisin cultive des pommes, ses pommes sont parfaites, mais ils n'est pas capable de toutes les vendre parce qu'il y en a des tachées un peu par la grêle, par exemple. C'est les chevreuils finalement qui les ont mangées. »

Plusieurs ont aussi partagé le sentiment d'injustice qu'ils ressentent vis-à-vis de leurs compétiteurs étrangers et la pression qu'ils vivent pour les concurrencer.

« On a des exigences à plus finir. Le boeuf doit être né ici, il doit être élevé sans hormones, sans antibiotiques et doit être abattu ici. En plus, on a une agriculture nordique avec une saison plus courte et on nous demande de concurrencer les producteurs étrangers qui sont souvent plus subventionnés », a déploré le président de l'UPA-Estrie, François Bourassa, tout en pestant contre l’arrivée de fromages européens sur le marché canadien.

Jean-Claude Poissant, qui est également secrétaire parlementaire du ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, ne voit quant à lui pas de contradictions à demander une production et une qualité accrues des aliments aux producteurs.

« Présentement, on sait qu'on produit déjà des aliments de qualité. On veut seulement en produire plus, tout en gardant la qualité qu'on a », précise-t-il.

Outre l'éducation et l'équité entre les producteurs, l'établissement de subventions pour ces derniers, la conduite de recherches indépendantes sur les pesticides et le développement des marchés de proximité ont aussi fait partie des pistes de solution.

« Je considère que j'ai appris beaucoup et ça aide à structurer ma pensée aussi, a souligné Marie-Claude Bibeau. Comme députée et ministre qui représente le Québec et un comté rural, j'ai plusieurs opportunités de discuter et contribuer à cette réflexion-là, alors ça va me permettre d'être beaucoup plus constructive lors du caucus rural, du caucus du Québec, du caucus national et du cabinet des ministres. Il y a plusieurs tables auxquelles je peux amener ces considérations-là. »

Une table de consultation provinciale aura lieu mercredi, à Saint-Hyacinthe. Les consultations en ligne, qui ont déjà reçu les commentaires de plus de 35 000 personnes, se poursuivront jusqu'à la fin du mois. Le gouvernement fédéral espère soumettre sa politique alimentaire au début de 2018.

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