« Bubba Watson et Luke Donald étaient assis à la table à côté de moi. Je n'ai pas osé jaser avec eux. Je les ai regardés de loin. »

Un texte de Jean-François Poirier

Jean-Philip Cornellier décrit ses premières heures dans l'univers des meilleurs golfeurs du monde avec humilité. À seulement 24 ans, à ses premiers pas comme joueur professionnel après avoir assumé le rôle de capitaine des Carabins de l'Université de Montréal, il goûte au traitement royal réservé à l'élite de la PGA.

Une expérience à laquelle d'autres golfeurs québécois pourraient rêver pendant une carrière entière sans jamais arriver à leurs fins une seule fois.

« Je suis très chanceux, avoue Cornellier. Cette semaine, je devais prendre part à mon troisième tournoi sur le circuit canadien en Alberta. Mais j'ai mérité ma place ici. C'est un beau revirement de situation », a confié le Québécois à Radio-Canada Sports.

Saisir sa chance

Le jeune homme originaire de Granby, affilié au club de Cowansville, répétera souvent durant l'entrevue qu'il se sent capable de rivaliser avec les golfeurs inscrits au Championnat Travelers, un tournoi doté d'une bourse de 6,4 millions, présenté de jeudi à dimanche sur le parcours TPC River Highlands, à Cromwell, au Connecticut.

Sa présence à cette compétition d'envergure s'explique par sa capacité à saisir sa chance. Cornellier a frappé en plein dans le mille lundi. Il a obtenu haut la main l'une des quatre places réservées aux participants à la ronde finale de qualifications de ce tournoi. Cornellier a remis une carte de pointage de 68 (-4), une performance bonne pour rien de moins que la 1re place.

« Je savoure chaque moment. Tantôt, je me suis entraîné aux côtés de Keegan Bradley, raconte Cornellier, qui garde les yeux grands ouverts. Je veux prendre de l'expérience et on ne sait jamais ce qui peut se produire au golf. Je pourrais jouer deux bonnes premières rondes et me retrouver en bonne position samedi. »

Ne croyez pas que Cornellier porte des lunettes roses. Il est conscient de l'ampleur de la tâche qui l'attend dans les prochains jours.

« Ces golfeurs-là sont habitués à jouer sur des parcours difficiles comme celui-ci. C'est une question de régularité. Il faut simplement ne pas avoir peur. Je sens que j'ai ma place parmi eux et je garde la tête haute. »

Le longiligne golfeur droitier (il mesure 1,83 m/6 pi et pèse 73 kg/160 lb) s'inspire de sa participation aux Championnats amateurs américains en 2012 pour se convaincre qu'il peut rêver d'une carrière dans la PGA.

« Jordan Spieth a pris part à ce tournoi en 2012. Je m'étais entraîné à ses côtés. Trois ans plus tard, il occupe le 2e rang mondial. Son parcours est une inspiration. C'est certain que je vis un peu d'anxiété et que cet univers est un peu intimidant, mais je ne dois pas oublier de m'amuser. »

Coïncidence

Jean-Philip Cornellier a été jumelé aux golfeurs Steven Alker et Mark Hubbard pour ses deux premiers parcours avec les pros de la PGA.

Curieusement, le cadet de Hubbard sait exactement ce que vit Cornellier, puisqu'il est le dernier Québécois à s'être qualifié à un tournoi de la PGA en sol américain. Yohann Benson avait réussi l'exploit à l'Omnium des États-Unis en 2008. Il avait été éliminé après des parcours de 83 et de 78.

« C'est une drôle de coïncidence. On pourra jaser un peu en français entre les coups, mais Yohann aura un travail à faire avec Mark et moi. Il faudra faire preuve de discrétion. »

Cornellier se réjouit surtout de pouvoir compter sur un allié de longue date sur le terrain.

« Mon cadet sera Pascal Quévillon. C'est un homme d'affaires, membre du Royal Montréal, qui m'épaule depuis une dizaine d'années. Il est toujours présent à mes côtés lors des tournois importants. Il sait comment me changer les idées durant une ronde et bien me conseiller. »

Audace

Diplômé en kinésiologie à l'Université de Montréal, Cornellier reconnaît que son parcours vers la PGA est atypique parce qu'il n'a pas choisi l'avenue des collèges américains pour faire sa marque dans cette véritable jungle. Aucun Québécois n'a d'ailleurs jamais réussi à obtenir un droit de jeu permanent sur le circuit de golf par excellence au monde.

« C'est sûr que mon choix a été audacieux, mais je ne le regrette pas, affirme-t-il. L'Université de Montréal a grandement amélioré son programme de golf en s'affiliant avec le club de Laval-sur-le-Lac. J'ai aussi pu faire quelques camps d'entraînement en Floride et en Arizona avec mon entraîneur Pierre Dugas. J'ai vécu quatre belles années à l'Université de Montréal et j'ai mon diplôme. Si c'était à refaire, je suivrais le même cheminement. »

Enfin, à l'aube de son plus grand jour sur les parcours de golf, Cornellier essaie de garder la tête froide.

« Ce tournoi pourrait changer beaucoup de choses pour ma carrière, résume-t-il. Je ne suis pas habitué à jouer pour des sommes aussi élevées. J'ai un réseau de commanditaires très importants au Québec, et de jouer les rondes du week-end leur apporterait une très grande visibilité. Une bonne performance pourrait aussi me valoir une invitation à d'autres tournois de la PGA. Ça pourrait être le début de plusieurs tournois à venir. Veux, veux pas, j'y pense un peu... »

Jean-Philip Cornellier devra donc rester concentré et vivre un élan à la fois. Qui sait? Peut-être que la prochaine fois, Bubba Watson et Luke Donald le remarqueront assis à la table d'à côté...

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