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D'Haïti à Sherbrooke : le parcours singulier de Rollande Petit

Rollande Petit, 82 ans, Sherbrookoise d'origine haïtienne, est comme bien des Haïtiens de sa génération : elle a, pour ainsi dire, été chassée de son pays par le régime Duvalier. Toutefois, dans son cas, on parle d'un drôle de concours de circonstances.

L'événement s'est produit en 1963, alors qu'elle animait la collation des grades de l'École d'infirmière où elle est professeure. Le président de la République a envoyé un cadeau pour récompenser une étudiante et le présent a abouti dans les mains de la mauvaise récipiendaire. Mme Petit est blâmée et on menace de l'arrêter. Elle se rend quand même au travail malgré les menaces. Quelques mois plus tard, elle décide néanmoins de partir pour Chicago et elle ne reviendra plus jamais en Haïti.

C'est à Chicago qu'elle a rencontré son mari, un médecin. En 1968, à la mort de Martin Luther King, son mari lui propose de s'installer au Québec parce que les tensions raciales se faisaient grandissantes aux États-Unis. Ils ont mis le cap à Montréal en 1968, puis à Sherbrooke en 1976. Elle a travaillé en tant qu'institutrice clinique à l'Hôtel-Dieu.

Rollande et son mari sont donc arrivés dans un Québec en pleine ébullition, à une période fondatrice de l'histoire du Québec. Elle aimerait qu'on s'en souvienne davantage. « J'ai eu le privilège d'être témoin de toute la transformation du Québec qui est passé d'une présence religieuse à une laïcité très moderne. Tous les grands projets, je les ai vus être implantés comme l'éducation pour les jeunes », raconte-t-elle. 

Mme Petit se souvient que son mari avait acheté une grande carte du Québec qui avait été affichée au mur. « Chaque fois qu'un cégep ouvrait, il écrivait la date d'inauguration sur l'affiche. Où avez-vous vu un tel système? Il y a des collèges ailleurs dans le monde, mais est-ce que c'est accessible à tout le monde? Non! » rappelle-t-elle fièrement.

Elle espère que les générations suivantes se souviendront de ce « parcours monumental ». « J'aurais aimé que les Baby Boomers, avant qu'ils ne partent, fassent des ateliers et disent aux plus jeunes : "Voici ce qu'on vous laisse et portez haut le flambeau!". »

Rollande Petit est aujourd'hui très impliquée dans sa communauté : elle siège au comité des aînés d'Actions interculturelles et se rend régulièrement parler aux jeunes de toutes les origines à la Maison des grands-parents.

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