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Des autocollants anti-immigration au centre-ville de Sherbrooke

La Fédération des Québécois de souche, un groupe nationaliste, appose depuis quelques jours dans différentes villes du Québec, dont Sherbrooke, des autocollants pourfendant l'immigration.

Un texte de Charles Beaudoin

Des autocollants sur lesquels il est écrit « Ils ne nous feront pas taire » et « Minoritaires sur nos terres : jamais! » ont été notamment été retrouvés près de la promenade du Lac-des-Nations, à Sherbrooke.

« C'est à la grandeur du Québec, précise le président de la Fédération qui regroupe quelque 7000 membres sur sa page Facebook, Rémi Tremblay. Il y en a eu dans diverses villes; à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières, à Drummondville. Il y en a eu dans des villages également. »

Plus précisément, Rémi Tremblay s'en prend à ce qu'il considère être une « immigration massive ». Au Québec, 490 909 personnes immigrantes ont été admises de 2005 à 2014.

« Un des dossiers qui nous préoccupent le plus en ce moment, c'est l'immigration de masse. Une immigration qui n'est pas souhaitée par les Québécois, qui finalement va nous mettre en minorité selon Statistique Canada en 2035 », a-t-il expliqué sur les ondes de l'émission C'est pas trop tôt en Estrie jeudi.

Selon l'Étude nationale auprès des ménages conduite par Statistique Canada en 2011 la population immigrante et celle de deuxième génération pourraient représenter entre 44,2 % et 49,7 % de l’ensemble de la population canadienne en 2036. Au Québec, les populations immigrantes et de deuxième génération représenteraient cependant moins d’une personne sur dix à Saguenay (entre 5,0 % et 6,4 %) et hors des régions métropolitaines de recensement du Québec (entre 6,5 % et 7,6 %).

À Sherbrooke, la proportion de la population immigrante pourrait atteindre 20 % en 2036, toujours selon l'Étude.

« On ne s'en prend pas aux immigrants comme tels, on s'en prend au phénomène de l'immigration massive. Les immigrants peuvent être pleins de bonne volonté, mais ça ne change rien au fait qu'avec l'immigration actuelle que l'on subit, en 2035, nous allons être une minorité sur notre propre terre. Alors on peut se demander quel genre de qualité de vie, quel genre d'avenir collectif nous allons avoir », résume M. Tremblay.

Dans un communiqué publié en après-midi jeudi, le Service de police de Sherbrooke a dit surveiller « quotidiennement les propos, les gestes, les publications électroniques et les affichages publics susceptibles de prôner l’intolérance ou toutes formes de stigmatisation envers la population sherbrookoise et ses communautés culturelles » et ajoute que « pour l’instant, il n’y a pas d’enquête et qu'aucun constat d’infraction ne sera émis. »

Les autocollants seront toutefois répertoriés sur l’ensemble du territoire et retirés dans les meilleurs délais, résume le SPS.

Des autocollants « antixénophobie » en réponse

Des citoyens se sont rapidement élevés contre le message que propage Rémi Tremblay et son groupe. L'Association générale étudiante de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke (AGEFLSH) a immédiatement réagi en proposant à ses membres des collants « antixénophobie ».

« On n'a pas de tolérance envers les propos xénophobes. On est une association qui a des mandats d'égalité, de représentation des minorités aussi. Donc le respect, c'est vraiment important et quand on a vu des propos racistes et xénophobes de véhiculés par des autocollants au centre-ville de Sherbrooke, on a décidé d'agir », souligne la responsable des communications de l'AGEFLSH, Aude-Sophie Bombardier.

Candidat aux élections municipales dans le district du Lac-des-Nations et lui-même immigrant, Rais Kibonge s'est dit étonné à la vue des autocollants de la Fédération des Québécois de souche.

« C'est le genre de situation qu'on voit à l'extérieur de Sherbrooke ou plus loin et je ne pensais pas que le climat s'était aussi détérioré que ça. C'est une surprise, mais ça a renforcé ma détermination à me présenter », a-t-il mentionné.

« Ça montre une très grande incompréhension. Il y a beaucoup de généralisations et un amalgame énorme est fait là-dedans. C'est vraiment dommage, parce que ça prouve qu'avec plus de dialogue, on pourrait arriver à échanger et passer par dessus les malentendus. Malheureusement, on dirait que le dialogue ne veut pas se faire d'un côté. »

La directrice générale du Service d'aide aux néo-Canadiens de Sherbrooke, Mercedes Orellana, affirme toutefois qu'il importe de relativiser la prise de position d'un groupe de 7000 personnes dans une population de 8 millions d'habitants au Québec et de plus de 30 millions au Canada.

« Je pense que l'intégration des personnes immigrantes dépend aussi de l'effort de tous les citoyens pour préserver une ville, une province, un pays qui soit pacifique où on règle les conflits de manière pacifique », a spécifié Mme Orellana.

« On est dans un pays libre où les gens peuvent aussi exprimer leurs points de vue, qu'ils soient divergents les uns des autres, a-t-elle ajouté. En ce qui concerne l'immigration, l'Estrie se démarque toujours pour être une région d'ouverture et d'accueil et nous sommes renommés face à d'autres villes du Québec et du Canada. Sauf que ce n'est pas un message accueillant pour les familles qui peuvent lire cette information. »

Avec les renseignements de Marie-Hélène Rousseau.

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