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Des fraises québécoises offertes sur le marché en janvier

La Frissonnante peut se targuer d'être la première entreprise du Québec à récolter des fraises destinées à la commercialisation en plein mois de janvier. Devant l'engouement pour ses produits, elle vient d'emménager dans des serres cinq fois plus grandes, à Danville, en Estrie.

Un texte d'Olivier Bachand

Joël Lalancette s'est lancé dans la production de fraises en serre il y a six ans, une aventure risquée, puisque ce type de culture est marginal au Québec.

L'entreprise La Frissonnante, dont il est le copropriétaire et directeur de la production, connaît aujourd'hui une ascension fulgurante.

Trop à l'étroit dans ses serres de Drummondville, elle a emménagé à la fin de l'année dernière dans les anciennes installations de Savoura. Sa superficie de production a pratiquement quintuplé, pour atteindre 28 000 mètres carrés.

« Notre superficie de production ici, c'est supérieur à tout ce qui se fait en Amérique réuni ensemble », affirme-t-il.

Pour la première fois depuis sa fondation en 2010, La Frissonnante récolte des fraises pendant les mois les plus froids de l'hiver... mais elles ont néanmoins un petit goût d'été, selon lui.

« C'est une fraise qui est tonique, qui est rouge foncé, qui a une très bonne conservation, qui est quand même très très sucrée, dit-il fièrement. Elle est encore plus goûteuse parce qu'elle pousse en serre. On contrôle tout, le climat, l'eau. »

Comme des petits pains chauds

Les fraises de La Frissonnante se vendent comme des petits pains chauds, malgré leur prix relativement élevé.

Ses petits emballages de 541 ml, qui contiennent une quinzaine de fraises, sont vendus 4,99 $ ou 5,99 $, ce qui est environ deux fois plus cher que des fraises du Mexique ou de la Californie pour la même quantité.

« Par contre, c'est un produit de qualité. Je me plais un peu à comparer nos fraises à des bières de microbrasseries », illustre M. Lalancette.

C'est un petit luxe qu'un nombre grandissant de consommateurs semble prêt à s'offrir.

Surtout à Montréal

Les fraises de La Frissonnante sont distribuées dans une centaine de supermarchés Metro, principalement dans le Grand Montréal.

La chaîne d'alimentation est souvent en rupture de stocks entre deux commandes et souhaiterait en recevoir davantage. « Ça part très vite. Il y a une réelle demande, confirme la porte-parole de Metro, Geneviève Grégoire. C'est un produit vraiment différent, faut dire. Il faut y avoir goûté pour comprendre. Elle est juteuse. »

Vu l'engouement pour son produit, La Frissonnante ne parvient pas à répondre à la demande.

Ses clients, dont certains grands restaurants montréalais, vont s'arracher les 300 tonnes de fraises qu'elle compte produire cette année.

« On ne produit pas assez présentement pour honorer toutes les commandes qu'on a, donc on coupe un peu chaque client pour en donner au plus de gens possible », explique Joël Lalancette.

Coûts énergétiques élevés

Même si c'est un créneau prometteur, moins de 10 producteurs cultivent des fraises de serre au Québec et seule La Frissonnante est en activité pendant les mois les plus froids.

La facture énergétique élevée, qui fait grimper les coûts de production, n'est pas étrangère à la situation.

Contrairement à la majorité des producteurs en serre, Joël Lalancette bénéficie d'un tarif préférentiel d'Hydro-Québec pour l'éclairage de ses installations. Il peut ainsi réduire de moitié sa facture d'électricité.

« On parle d'un coût d'éclairage de 50 000 $ à 60 000 $ par mois. Si on n'avait pas de tarif préférentiel, on devrait payer de 100 000 $ à 120 000 $ par mois, ce qui fait une énorme différence sur les revenus nets à la fin de l'année », explique-t-il.

Ce tarif n'est toutefois offert qu'aux plus grands producteurs, qui ont une puissance à facturer d'au moins 400 kilowatts.

Seule une dizaine d'entreprises sur un total de 700 sont en mesure d'en profiter, selon le Syndicat des producteurs de serre.

Un tarif privilégié pour les petits producteurs aussi

À l'heure où le Québec nage dans les surplus d'hydroélectricité, l'organisation estime que le seuil devrait être abaissé à 100 kW de puissance à facturer pour permettre aux plus petits producteurs en serre d'en bénéficier.

« Ce qu'on veut, c'est travailler avec Hydro-Québec pour mettre en place un tarif qui permettrait vraiment de rejoindre les besoins de nos producteurs pour prendre de la place sur le marché. À l'heure actuelle, on pourrait facilement doubler la production de serre au Québec dans le légume », croit le président du Syndicat, André Mousseau.

Pour l'instant, le gouvernement du Québec n'a pas l'intention d'abaisser les tarifs d'électricité pour les producteurs en serre, qu'il estime comparables à ceux offerts en Ontario et en Colombie-Britannique.

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