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Des Sherbrookois se nourrissent dans les poubelles des épiceries

Fouiller les poubelles pour se nourrir peut paraître être une pratique surprenante ou répugnante pour plusieurs. Pourtant, une communauté de fouilleurs de bennes grossit de semaine en semaine à Sherbrooke.

Même si les adeptes de déchétarisme sont plus nombreux, l'offre de nourriture trouvée dans les poubelles n'est pas en baisse, au contraire. « Ce qui est très étonnant, c'est qu'on n'est pas dans le minimum. Au contraire, on est plutôt dans l'abondance et la surabondance. On en trouve souvent trop », soutient une déchétarienne de Sherbrooke, Karine Sargent.

Tous les endroits où on vend de la nourriture sont susceptibles d'offrir des aliments aux déchétariens. Ça inclut aussi les dépanneurs et les restaurants.

Selon elle, les produits trouvés, même s'ils n'ont pas une apparence parfaite, sont tout à fait consommables. « La boîte de lait est peut-être un peu poquée, la boîte d'oeufs a peut-être été échappée, mais c'est sûr que personne n'a été malade. Ça fait des mois, des années que l'on fait ça. Tout est parfaitement mangeable », assure l'étudiante de l'Université Bishop's.

Et on y trouve de tout. « La question qu'il faudrait me poser c'est "qu'est-ce qu'on ne trouve pas?" On trouve des conserves, du lait, des oeufs, de l'huile d'olive, du vin, du beurre d'arachide, de beurre d'arachide, de la viande congelée, des fruits, des légumes, des olives, des vêtements et même des coussins! Des fois, on trouve des rondelles de fromage à 15 $, des poulets entiers congelés à 20 $, des choses que je n'ai pas les moyens de m'acheter », énumère-t-elle.

Mme Sargent soutient que la date de péremption des aliments trouvés n'est pas dépassée dans la plupart des cas. « Le problème, c'est qu'on vit dans une société de surconsommation. La structure économique des marchés favorise le fait de jeter les aliments lorsque le nouvel arrivage arrive. On jette et on remplace. Si ce n'était pas rentable, les commerces ne le feraient pas. »

Pas seulement pour économiser

Si les déchétariens font leur épicerie dans les poubelles, ce n'est pas nécessairement pour épargner sur la facture. « C'est un geste environnemental, politique, économique, sociologique et même historique. Je ne pense pas que, dans l'histoire de l'humanité, il y ait déjà eu des groupes d'humains qui se retrouvent dans une situation où la matière première pour survivre est tellement abondante qu'on se la partage, qu'on se l'échange », soutient Karine Sargent.

Certains commerces n'aiment pas voir des gens vider leurs poubelles et cadenassent les endroits où on les trouve. « Je ne magasine pas dans les commerces qui ne facilitent pas l'anti-gaspillage, soit en donnant aux banques alimentaires ou qui ne permettent pas aux fouilleurs d'avoir accès à leurs poubelles. Si je trouve des trucs dans une poubelle, le lendemain je vais aller dans ce commerce acheter ce qu'il me manque. C'est du donnant-donnant », dit-elle.

Des règles non écrites régissent toutefois cette pratique rappelle Karine Sargent. « Quand ce n'est pas fait de façon non respectueuse du commerce, après il y a des conséquences. C'est important d'y aller quand les commerces sont fermés. De garder ça propre et de s'assurer que ça ne paraisse pas qu'on est passé. Il faut partager entre nous aussi. »

Les déchétariens partagent entre eux leurs trouvailles, mais aussi avec la population. « On redistribue dans les FreeGo de Sherbrooke par exemple. »

Les gens intéressés par cette pratique peuvent s'inscrire sur un groupe Facebook, Dumpsters Sherbrooke, qui compte 349 membres.

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