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Élevage d'insectes pour farine nouveau genre à Sherbrooke

Troquer le bœuf haché pour les grillons? L'idée en rebute encore plusieurs. Et pourtant, la Sherbrookoise Sonia Plante a fait le pari que le Québec est prêt à digérer leur venue dans leur assiette. La clé du succès? Ne pas les voir, tout simplement.

Un texte de Christine Bureau

L'entrepreneure prévoit lancer à la fin de l'été sa ferme d'élevage d'insectes, Virebebittes, à Ascot Corner. Au menu? Grillons et ténébrions qui, une fois à maturité, seront réduits en poudre d'insectes pour être intégrés, par exemple, à des barres granolas ou à des muffins.

« Ça fait depuis l'automne que je travaille là-dessus. J'en parle, je me promène, je rencontre des gens qui en font, qui en mangent, qui sont prêts à en manger », assure-t-elle.

En moyenne, elle compte produire 700 000 grillons et autant de ténébrions, ou vers de farine, chaque mois. C'est l'équivalent de 100 kg de poudre d'insectes chaque mois durant sa première année d'opération. Déjà la moitié de sa production a trouvé preneur.

Le magasin Le Silo, à Sherbrooke, distribuera notamment ses farines, et Tarzan Nutrition utilisera ses poudres d'insectes pour ses barres d'énergie. L'entreprise sherbrookoise doit présentement s'approvisionner auprès d'une entreprise ontarienne, Entomofoams, pour sa production. Elle a écoulé au cours des trois derniers mois 10 kg de poudre d'insectes. 

Écolo et nourrissant

Malgré la réflexion qu'implique se partir en affaires, c'est souvent des rires que Sonia Plante provoque quand elle parle de Virebebittes. La plupart lui demande : « T'es sérieuse là? »

En guise de réponse, Sonia Plante leur vante la qualité protéinique des insectes - une portion contient environ 50 % plus de protéines qu'une portion de bœuf - et leur faible coût environnemental.

Il faut, par exemple, 1 kg de nourriture pour nourrir 1 kg de grillons. C'est dix fois moins que pour le bœuf. « Quand je parle de ça autour de moi, les gens trouvent ça intéressant », soutient-elle.

C'est également la conclusion à laquelle est arrivée Judith Beaudoin. La conseillère en environnement, installée à Sherbrooke, a récemment lancé un sondage afin de savoir quel accueil était réservé aux insectes.

La réponse a été suffisamment positive pour la convaincre de lancer un deuxième élevage de grillons cet été. Le but, à long terme, est d'élargir l'éventail de produits qui contiennent des insectes, et peut-être même de passer des grillons aux fourmis. Elle a déjà trouvé le nom de son entreprise : Krikk.

Et puis il y a pour Judith Beaudoin une volonté de « démocratiser l'alimentation alternative », que ce soit en vendant à prix raisonnable des produits faits à partir d'insectes, ou en tenant par exemple des ateliers dans les écoles.

Cette idée de prendre part « au changement » est également présente chez Sonia Plante. Je ne veux pas continuer à détruire la planète, je veux participer à sa reconstruction », résume-t-elle. Une reconstruction qu'elle entend bien, cette fois, rendre visible.

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