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Gestion difficile au CIUSSS de l'Estrie-CHUS depuis la fusion

Un plus grand recours à de la main-d'œuvre externe, des heures supplémentaires en hausse, une augmentation des congés de maladie pour motif psychologique... voilà quelques-uns des constats faits par la direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie-CHUS depuis la fusion.

Un reportage de Marie Eve Lacas

Des données obtenues par Radio-Canada grâce à la Loi d'accès à l'information illustrent l'immense défi que représente la gestion depuis la fusion des établissements en 2015 pour former le CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

« Rien ne va plus », martèlent des dizaines d'employés de la région.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, conscient des enjeux, a mis en place un plan d’action pour éviter de creuser davantage le déficit anticipé cette année. Dans ce plan, l’organisation cherche comment « diminuer les pressions sur les gestionnaires et le personnel ».

Des gestionnaires en quête de repères

La fusion a entraîné le départ de nombreux gestionnaires. Pour ceux qui sont restés, la moitié a vécu des changements de fonction.

Il s'agit d'un enjeu majeur recensé par le CIUSSS de l’Estrie CHUS dans son plan d’action avec : « des coûts indirects en termes de stresseurs pour nos gestionnaires et le personnel, et impact sur le climat de travail ».

« Orchestrer ces grands changements devient un véritable tour de force », affirme Nadia Girard, ancienne gestionnaire du milieu de la santé, qui a fait le choix de partir au moment des fusions.

Nadia Girard fait actuellement un doctorat en administration, précisément sur la question des transformations organisationnelles.

Une surcharge prévisible

« Ça paraît bien auprès de l’électorat de dire qu’on coupe dans l’administration. Les gens ont cette perception que puisque nous ne sommes pas directement avec le client, notre valeur n’est pas grande », explique Nadia Girard.

Elle rappelle que des mises en garde ont été faites avant même les fusions.

Privilégier la formation

Des gestionnaires qui ont cumulé plus de 30 ans d'expérience ont quitté avec très peu de préavis, ce qui a nui au transfert de leurs connaissances.

Pour Nadia Girard, un constat s’impose : « il ne reste plus beaucoup de postes d'encadrement où on a un défi réaliste quand on commence. C'est une grosse marche. Il n'y a plus de petites marches ».

Le directeur des ressources humaines du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Gilles Michaud, convient que le défi est de taille.

« Tout est fait pour appuyer nos employés », explique-t-il, en réaffirmant le rôle majeur joué par les gestionnaires. « La façon dont on gère les horaires, tout ce qui concerne le climat de travail, l’organisation du travail. Tous les jours, nos gestionnaires peuvent faire la différence », croit-il.

Depuis quelques mois, de grands efforts sont faits pour retrouver l'équilibre. De nombreuses formations ont été mises sur pied, renchérit Gilles Michaud.

« On a aussi des partenaires en ressources humaines qui accompagnent nos gestionnaires dans les difficultés particulières et bientôt on aura de la formation sur le climat de travail, la civilité au travail. »

Être à l'écoute

Nadia Girard rappelle que peu de gestionnaires voudront témoigner de leurs difficultés et encore moins dans le contexte actuel.

Pour aplanir les difficultés, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a renforcé les liens internes. Les directions font le point tous les mois.

Gilles Michaud mise sur les embauches.

« Par rapport à l'an passé, c'est 32 % plus d'embauches. Quand on regarde les chiffres des postes les plus vulnérables : infirmières, infirmières auxiliaires, préposées aux bénéficiaires, c'est plus du double. Mais ce n'est pas suffisant. Il y a encore beaucoup de pression sur les équipes. »

Une pression que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS veut rapidement éliminer, puisqu'une hausse de seulement 1 % de l'assurance-salaire versée aux employés en congé de maladie représente 4 millions de dollars de coûts supplémentaires.

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