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Il y 50 ans, les Castors de Sherbrooke affrontaient les Russes

Il y a 50 ans, les Castors de Sherbrooke de la ligue sénior du Québec connaissaient une saison qui allait rester dans les annales de l'histoire du hockey au pays. L'équipe a représenté le Canada à la Coupe Ahearne disputée en Europe à la demande du gouvernement canadien. Le résident de Windsor, Georges Guilbault, s'en souvient bien.

Un texte de Brigitte Marcoux

Quand on parle de cette tournée à Georges Guilbault, c'est comme si c'était hier. Il avait 23 ans et rêvait d'une carrière professionnelle au hockey. Les Castors de Sherbrooke venaient de remporter la Coupe Allan décernée chaque année à la meilleure formation senior du Canada. Un titre qui a donné à l'équipe sherbrookoise son laissez-passer pour la Coupe Ahearne.

« On a gagné la Coupe Bunny Ahearne  avec une fiche de 4 victoires et 2 défaites contre la Suède. C'était la première fois qu'une équipe du Québec remportait un tel honneur », se remémore Georges Guilbault avec fierté.

« Le gouvernement canadien souhaitait créer des liens avec la Russie qui avait été écartée du Tournoi en raison de la guerre froide. Au terme du tournoi européen, on nous a donc demandé d'aller jouer des matchs d'exhibition contre les Russes. Trois matchs avaient été prévus contre le Select de Moscou qui était une équipe de haut niveau », raconte Guilbault.

L'équipe ne connaissait ni l'horaire ni l'endroit où seraient disputés les matchs. Les joueurs s'attendaient à jouer dans la capitale russe. Une glaciale surprise les attendait.

« Lorsqu'on est arrivé, ils nous ont conduits sur une base militaire de l'Armée rouge. On s'est rendu là en autobus. Il devait faire -25 degrés sous zéro, s'exclame l'ex-hockeyeur. Pour sauver du mazout, le chauffeur arrêtait le moteur quand il descendait les côtes, les fenêtres étaient ouvertes, on était tous bien gelés! »

Un match extérieur

En arrivant sur le site, les joueurs réalisent que le match se déroulera sur un terrain de soccer extérieur aménagé en patinoire pour l'occasion.

« Il devait avoir 65 000 sièges et ils avaient aménagé la patinoire dans un coin. La chambre des joueurs était à 300 ou 400 pieds au nord du terrain. On devait s'y rendre en marchant, pas de casque sur la tête et légèrement habillé sous notre équipement de hockey. C'était une minuscule chambre munie d'un foyer au bois pour se réchauffer », se rappelle Guilbault.

« Il n'y avait que des hommes, des soldats de l'Armée rouge. Ils chantaient et avaient tous leur mitrailleuse kalachnikov, c'était la fête pour eux », se rappelle Guilbault.

Un match à oublier

Dépaysés, tant par le nouvel environnement que par le froid, les Castors sont rapidement déclassés.

« Le match a commencé, ça s'est mis à jouer avec rudesse. L'équipe était tellement forte qu'ils ont pris une nette avance. Frustré à la suite de nombreuses pénalités, un de nos joueurs a décidé d'aller charger le gardien de but russe. Une bagarre générale sans précédent s'en est suivie », raconte Guilbault.

Le match s'est soldé par un cuisant revers de 15-4 pour les Canadiens et les journaux de partout se sont emparés de l'histoire. L'ambassadeur du Canada en Russie n'a pas tardé à convoquer l'équipe à son bureau. « On pensait qu'on s'en allait à un vins et fromages, mais ce n'était pas le cas! »

Message compris : l'équipe canadienne a joué les deux matchs suivants avec plus de retenue. Sans arriver à gagner, la formation a réussi à sauver l'honneur en arrachant des défaites plus serrées.

50 ans plus tard, un match commémoratif

Un match commémoratif a eu lieu samedi dernier pour rappeler ce grand rendez-vous du hockey. Sur la glace de Tver, à 176 kilomètres de Moscou, des joueurs russes ont enfilé des chandails rouge et blanc pour rappeler la présence des Castors.

Le seul Canadien présent était derrière le banc. Il s'agit de Mike Keenan, ex-entraîneur de la Ligue nationale de hockey (LNH) et de la Ligue continentale de hockey (KHL).

Georges Guilbaut était là aussi, grâce à la technologie. Les organisateurs de l'événement à Moscou lui ont demandé de livrer un message d'encouragement aux deux équipes avant la partie.

« Je suis content de participer à ma façon. Ces matchs en Russie ont été un fait saillant de ma carrière de hockeyeur, explique Guilbault, qui est convaincu que la tournée de 1966 a été un prélude à la grande série du siècle de 1972.

À ce jour, Georges Guilbault demeure convaincu que l'engouement pour la rivalité Canada-Russie au hockey a permis à deux grandes puissances mondiales de créer des liens qui persistent encore aujourd'hui.

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