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Jane Hospes, au-delà des 50 coups de tambour

Ce soir, pour une centième fois, Jane Hospes prendra son tambourin et frappera dessus à 50 reprises. Cinquante fois pour illustrer les coups de fouet auxquels Raif Badawi est condamné chaque vendredi. Jane Hospes, c'est celle qui a eu l'idée d'organiser ces rassemblements pour dénoncer le sort réservé au blogueur saoudien.

Depuis deux ans maintenant, qu'il pleuve, qu'il fasse -30 degrés, qu'elle soit débordée de travail, qu'elle soit fatiguée, elle est là pour s'adresser aux militants présents les invitant à avoir une pensée pour Raif Badawi et pour tous les prisonniers d'opinion.

Jamais elle n'aurait pensé se retrouver là. Surtout que Jane Hospes a connu Ensaf Haidar, l'épouse de Raif Badawi, en s'obstinant. « Je l'aidais à remplir sa déclaration de revenus. J'essayais d'établir son état civil. Elle m'expliquait qu'elle était mariée et qu'elle avait des enfants. Je lui ai demandé où était son mari. En francisation? À la maison? Elle m'a alors dit qu'il était en Arabie saoudite. Je lui ai dit qu'elle était monoparentale et séparée. Elle a refusé catégoriquement! Moi, je voulais qu'elle ait ses allocations familiales! On s'est obstiné pas mal », raconte-t-elle en riant. Ensaf a gagné son point. Même si son mari se retrouvait à 9000 km dans une prison pour avoir critiqué l'islam, elle a coché « mariée » sur son rapport d'impôt. Tant pis pour les allocations familiales plus généreuses.

Jane, la Zorro de Sherbrooke

Mais à l'époque, Jane Hospes était loin de se douter qui était cette toute petite femme au caractère si fort, « quand j'ai eu vent que Raif Badawi était son mari, avec mon côté Zorro et ma volonté de combattre l'injustice, j'ai voulu faire quelque chose. »

Il y a plein de prisonniers d'opinion et c'est inacceptable, mais le fait qu'Ensaf soit si près de nous, ça devenait encore plus inacceptable si nous à Sherbrooke on faisait rien.

Jane Hospes, initiatrice des vigiles pour Raif Badawi

C'est comme ça, tout simplement, que sont nées ces vigiles du vendredi qui sont devenues une véritable tradition pour plusieurs. « Je me disais que même si j'étais toute seule, ça aurait lieu. Au début, on avait à peine assez de monde pour tenir tous les cartons sur lesquels est inscrit "libérez Raif Badawi" », se rappelle-t-elle.

Aujourd'hui, la militante n'a plus à craindre de manquer de mains pour les tenir ces fameuses lettres qui ont fait le tour du monde. « Des fois, on est 20 ou 25 personnes, mais rarement moins. Ce sont des gens de partout. Il y en a du milieu communautaire, il y a des enseignants, des travailleurs. On est devenu une grande famille. On est content de se revoir chaque vendredi. »

« Chaque fois, c'est spécial! »

Impossible pour Jane Hospes de choisir une vigile plus marquante que les autres. « Chaque fois, c'est spécial. Juste le fait de se retrouve là et qu'il y ait des gens qui continuent à venir, c'est extraordinaire! »Elle insiste. « Ce n'est pas un mouvement d'Amnistie, ce n'est pas un mouvement d'Oxfam. Ce sont des Sherbrookois qui n'ont pas de lien ensemble, mais qui ont à coeur la liberté d'opinion. Chaque fois, ça me touche. »En attendant, Jane Hospes rêve du jour où Raif Badawi sortira de sa prison. « Il faut que ce soit un vendredi qu'Ensaf aille le chercher à l'aéroport. À la place des lettres "libérez Raif", on va écrire "Raif libéré" et on va le voir descendre l'escalier et il va venir jouer du djembé avec moi! »

Ce soir, c'est avec un espoir inébranlable qu'elle martèlera son tambourin comme les 99 autres fois où elle l'a fait et comme toutes les prochaines semaines où elle le fera. Parce qu'elle y sera tant que Raif ne descendra pas l'escalier devant l'hôtel de ville.

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