Employée du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) depuis neuf ans, Isabelle Bourdeau a trouvé sa place depuis un peu plus d'un an et demi à l'urgence, la porte d'entrée des soins de santé. Comme travailleuse sociale, son rôle est éclectique. Elle peut par exemple, pendant toute une journée, accompagner des proches lors de l'annonce d'un décès ou d'une maladie grave. Elle peut aussi devenir l'oreille attentive d'un patient qui souhaite cesser de consommer des drogues, d'un autre qui est victime de violence ou encore s'assurer de l'autonomie d'une personne âgée.

« Ma clientèle, c'est essentiellement des gens qui ne sont pas hospitalisés, qui sont de passage à l'hôpital. Je suis là pour les aiguiller vers les bons services, m'assurer qu'ils ont accès aux services, à l'hôpital ou à l'extérieur, auxquels ils ont droit », explique celle qui doit affronter un défi de taille au quotidien : obtenir rapidement la confiance des patients.

« Si on porte un masque, les gens s'en rendent compte. C'est être capable d'être très naturel, chaleureux, de leur donner toute notre attention, notre écoute pour que le patient se sente important. À l'hôpital, ça va vite, mais j'ai le luxe de pouvoir prendre le temps. Je peux passer 1 h 45 avec un patient juste pour parler de son émotion », raconte Isabelle, qui accueille les patients sur une base volontaire.

« Souvent, c'est l'infirmière au triage ou le médecin après son examen qui vont proposer mes services. Dans les cas de décès, quand j'entends l'alerte, je prends l'initiative. Je me dirige vers la salle et j'identifie rapidement les proches et je les prends sous mon aile. Même chose quand c'est un patient plus chronique. » En fait, il y a autant de cas qu'il y a de patients rencontrés.

Dans cet univers où la vulnérabilité, la tristesse ou le mal-être sont omniprésents, il est parfois nécessaire pour Isabelle Bourdeau de s'accorder un temps d'arrêt après une intervention.

« Les décès, ça me touche toujours. Je ne suis pas insensible. Les cas de violence envers les enfants aussi. Heureusement, on n'en a pas souvent. Je suis une maman, ça me touche. C'est ma zone de fragilité, ça me demande plus de contrôle », réfléchit Isabelle.

Exigeant, donc, émotionnellement, ce travail? « Je ne trouve pas, mais je crois que c'est parce que je suis à la bonne place. Je trouve ça plus valorisant que drainant. C'est un moment privilégié. Ces gens-là, ils me laissent entrer dans leur intimité rapidement. »

Puis elle ajoute, souriante et les yeux pétillants, qu'elle a un gros faible pour les personnes âgées et les histoires qui sortent de l'ordinaire. « J'aime les histoires bizarres. Les patients qui viennent de l'étranger et pour qui il y a un contact à faire avec d'autres provinces, par exemple. J'ai l'impression de faire un travail d'enquêteur. Ça, j'aime ça », lance-t-elle.

De nature généreuse

Du plus loin qu'elle se souvienne, Isabelle a toujours été tournée vers les autres. « J'aime les gens. J'ai une grande sensibilité. Rester immobile devant la détresse, ça ne m'a jamais représentée. J'ouvre rapidement les bras. J'ai toujours été sensible aux injustices et de constater la chance que j'ai dans la vie et pas les autres, ça me donne ce souffle-là d'aller vers les autres », confie la dévouée Sherbrookoise qui travaille en service social depuis le début de sa vingtaine.

C'est juste ça que j'ai fait dans la vie. Je ne sais pas ce que je ferais. C'est devenu une seconde peau, ma profession.

Isabelle Bourdeau

Et quand elle le dit, on ne peut faire autrement que de la croire.

Les travailleurs sociaux au CHUS

Ils sont une soixantaine de travailleurs sociaux pour les deux sites, CHUS-Fleurimont et l'Hôtel-Dieu. Ils sont présents dans tous les services. 

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