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L'oxygénothérapie pour traiter des victimes d'AVC

Une Sherbrookoise victime d'un accident vasculaire cérébral croit que la solution pour atteindre une meilleure qualité de vie passe par la médecine hyperbare, un traitement non reconnu par Santé Canada. Comme Nicole Dufresne, 62 000 Canadiens sont victimes d'un AVC chaque année.

Un texte de Carl Marchand

« La marche avec mes chiens, la cuisine, le jardinage, le tricot. Ce sont toutes des choses que je ne pouvais plus faire », explique la femme de 74 ans qui a subi un AVC en juillet 2014.

Terminé aussi le travail de préposée aux bénéficiaires, tout comme la conduite automobile. Un apprentissage difficile, raconte celle qui se décrit comme une impatiente.

L'hyperbare cinq fois par semaine

En juin 2016, Nicole Dufresne amorce une série de traitements en caisson hyperbare à raison de cinq fois par semaine à la Clinique de kinésiologie interdisciplinaire (CKI) de Sherbrooke. Des séances qui durent environ deux heures chacune et qui se combinent à des exercices de kinésiologie. Un caisson hyperbare coûte environ 30 000 $. La clinique CKI a décidé d'en louer afin d'en évaluer les bienfaits.

Et les résultats sont notables.

« Nicole partait de loin. Ça faisait quand même deux ans qu'elle avait subi son AVC quand on a commencé les traitements, indique sa kinésiologue, Geneviève Brodeur. Au début, sa cheville et sa jambe ne bougeaient pas du tout. Grâce à l'hyperbare et aux exercices, elle peut marcher. »

Nicole Dufresne s'est en effet libérée de l'orthèse qui encastrait sa jambe gauche jusqu'au genou et elle utilise maintenant une orthèse qui se limite au pied et à la cheville. Le fauteuil roulant a été remplacé par la canne, sauf pour les longs déplacements.

Comble de bonheur, elle arrive même à marcher pieds nus, un geste tout simple qui lui était auparavant impensable. Puis, elle note aussi une amélioration dans son bras gauche.

C'est bête à dire, mais c'est plus facile maintenant pour moi de faire certaines choses que les gens font tous les jours. C'est de prendre un bain toute seule. Je ne pouvais plus le faire. Ce qui me prenait une heure et demie à faire me prend 20 minutes maintenant.

Nicole Dufresne

« J'aurais aimé avoir accès à ça tout de suite après mon accident », témoigne Nicole Dufresne.

Les études scientifiques sont rares

Il y a peu d'études sur le sujet au pays. La Fondation des maladies du coeur et de l'AVC n'en possède aucune. Seules quelques pages traitent du sujet dans un rapport de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux du Québec, publié en 2008.

C'est en Israël que les recherches les plus poussées ont été menées. Il y a neuf ans, le Dr Shai Efrati, directeur du Sagol Center for Hyperbaric Medecine and Research de Tel-Aviv, lançait des travaux avec l'hypothèse que les dommages à des neurones du cerveau ne pourraient être renversés grâce à la médecine hyperbare.

« Finalement, j’ai eu le résultat inverse. Ça m’a forcé à évaluer ce qui se passait vraiment et quels patients ça pourrait aider », confie-t-il dans une entrevue téléphonique.

L'effet est bien simple, explique le chercheur. Pour une victime d'AVC, si on soigne une partie du cerveau endommagée, la partie du corps associée obtiendra des gains. Il ne s'agit pas d'une différence entre la vie et la mort pour les patients, indique le docteur, mais c'est un pas vers l'autonomie et une meilleure qualité de vie.

Si vous êtes un patient, ça n’a pas d’importance le nombre de personnes qui ont eu des effets bénéfiques. Ce qui vous importe, c'est de savoir si vous allez bénéficier du traitement et quels seront les gains sur votre santé.

Shai Efrati, directeur du Sagol Center for Hyperbaric Medecine and Research, Tel-Aviv

S'il y a si peu de recherches scientifiques sur le sujet, c'est pour une raison très simple, estime le Dr Shai Efrati : l'industrie pharmaceutique n'en retirerait aucun gain financier.

C’est le principal problème. Parce que c’est une thérapie relativement vieille, il n’y a pas de propriété intellectuelle qui y est reliée. Personne ne peut obtenir de gains financiers à faire de la recherche, parce qu’il n’y a pas de brevets à la clé. Il n’y a aucun intérêt pour les pharmaceutiques ou les fournisseurs d’équipements médicaux à investir.

Shai Efrati, directeur du Sagol Center for Hyperbaric Medecine and Research, Tel-Aviv

La médecine hyperbare n'est pas pour toutes les victimes d'AVC, prévient cependant le Dr Efrati. Une imagerie médicale du cerveau s'impose au préalable.

« Un centre privé qui accepte tout le monde et qui ne fait aucune évaluation, ce n’est pas professionnel. Je ne recommanderais pas d’aller dans un centre où il n’y a pas de médecin », conclut-il.

Une autre étude en cours au Canada

Intéressé par les découvertes du docteur Efrati, le docteur David Harrisson de l'hôpital général de Vancouver a lancé une étude clinique sur la question. Ses recherches, auxquelles participeront 140 patients, devraient se terminer en 2019.

« Si la médecine hyperbare n'est pas efficace pour le traitement des AVC, il serait bénéfique de le démonter pour que les personnes qui dépensent beaucoup d'argent et de temps et potentiellement avoir des effets secondaires arrêtent le traitement », explique M. Harrisson.

« Si, d'un autre côté, nous démontrons que c'est efficace pour les victimes d'AVC, ça serait des informations très importantes », ajoute-t-il.

« Je préférerais avoir un résultat positif, avoue le médecin. Mais je souhaite simplement résoudre une question à laquelle nous n'avons pas de réponse. »

Le docteur Harrisson croit que si les résultats sont concluants, on pourrait arriver à convaincre l'Undersea and Hyperbaric Medecine Society, l'organisme auquel se réfère Santé Canada en la matière, d'autoriser le traitement. Par la suite, il pourrait rapidement être accessible au pays, selon lui.

Pas question de revenir en arrière

Avec son état qui s'est amélioré, Nicole Dufresne se donne maintenant d'autres objectifs : pouvoir remiser son orthèse pour de bon et marcher sans canne. Puis, elle souhaite regagner encore plus de mobilité et de force dans son bras droit.

Traitement reconnu ou non, pas question de retourner en arrière, rétorque-t-elle.

« Le pire qui peut arriver, c'est que je m'écrase par terre et qu'on me ramasse sur une civière. Si ça arrive, je ne m'acharnerai pas. Je ne revivrai pas un AVC une autre fois. »

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