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La face méconnue de JEVI: aller aussi au-devant des personnes suicidaires

Les personnes en détresse sont de plus en plus nombreuses à composer le numéro d'urgence de JEVI. Le Centre de prévention du suicide de l'Estrie communique aussi directement avec des personnes qui présentent des signes alarmants selon leur entourage, un volet méconnu de l'organisme.

JEVI a 30 ans et est confronté à des choix difficiles. L'organisme qui fait face à un déficit anticipé de 100 000 $ a réduit ses services aux endeuillés pour préserver les interventions téléphoniques au coeur de sa mission. Depuis cinq ans, le nombre d'appels traités a triplé pour atteindre 11 000 interventions téléphoniques annuellement, une croissance qui s'explique en partie par une nouvelle approche.

La coordonnatrice clinique de JEVI, Tania Boilar, explique que l'organisme peut prendre le relais si un proche craint pour la sécurité d'un tiers: « On prend la situation en main, on vérifie et on apporte du soutien. »

Des yeux et des oreilles pour relayer l'information

Au fil du temps, JEVI a aussi formé des « relayeurs » dans le réseau de la santé et des « sentinelles » dans les milieux de travail qui peuvent identifier des personnes à risque. « Ils agissent un peu comme nos yeux et nos oreilles en nous relayant l'information. On peut alors entamer des démarches auprès de la personne » , explique-t-elle.

Comment réagissent ces personnes qui suscitent des inquiétudes mais qui n'ont pas demandé d'aide? Marie-Ève Bernier, formatrice et intervenante à JEVI, raconte que l'organisme relance à tous les jours des personnes qui ne s'y attendent pas, en toute simplicité.

L'intervenante nous dit comment elle s'y prend: « Salut, je m'appelle Marie-Ève. Je suis intervenante à JEVI. Il y a quelqu'un dans ton entourage qui s'inquiète pour toi. Je voulais prendre un temps avec toi aujourd'hui. Est-ce que c'est un bon moment pour te parler? ».

En quelques minutes, le contact est établi. « Il ne faut pas hésiter à demander de l'aide pour soi ou pour une personne qui nous est chère « , dit-elle.

À la limite, si la personne est fâchée, c'est temporaire. La mort, c'est permanent.

Marie-Ève Bernier, formatrice et intervenante JEVI 

Dans la majorité des cas, l'interlocuteur apprécie le geste et raconte sa souffrance. « Il sera alors possible de faire un suivi adéquat en offrant les services de JEVI ou d'autres ressources », explique Marie-Ève Bernier. Les intervenants veulent s'assurer qu'un filet de sécurité est en place et que tout danger est écarté.

Ces gens-là veulent vivre, ils ne veulent pas mourir, ils veulent arrêter de souffrir. Notre rôle consiste à susciter de l'espoir.

Marie-Ève Bernier, formatrice et intervenante JEVI

La coordonnatrice clinique de JEVI, Tania Boilar, renchérit : « On va toujours chercher à entrer en contact avec la personne suicidaire parce que nous sommes des professionnels et on veut décharger le tiers de ce fardeau-là, lui éviter de poser des questions difficiles à son conjoint, à son fils ou à sa soeur. »

Budget stagnant

Si le champ d'action de JEVI s'élargit, son budget stagne. Pour répondre aux besoins, l'organisme estime qu'il lui faudrait 160 000 $ de plus annuellement pour embaucher notamment deux intervenants supplémentaires... alors que le manque à gagner annoncé s'élève à 100 000 $.

Malgré un contexte financier difficile, l'organisme insiste : il ne faut surtout pas hésiter à demander de l'aide pour soi ou pour autrui.

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