Retour

La médecine et le droit à la portée d'étudiants autochtones

Grâce à une initiative de quatre universités du Québec, une trentaine d'Autochtones grossiront les rangs de la profession médicale au cours des prochaines années. Ces nouveaux médecins ont pu bénéficier d'un accès privilégié au doctorat en médecine grâce au Programme de formation de médecins des Premières Nations et des Inuits du Québec.

Un texte de Geneviève Proulx

Chaque année, et ce depuis dix ans, un total de quatre places sont réservées aux étudiants des Premières Nations et aux Inuits dans les facultés de médecine du Québec. Ces étudiants n'ont donc pas à passer au travers le processus de sélection habituel, ce qu'on appelle le contingent régulier.

Ce programme n'est toutefois pas un laissez-passer pour tous les Autochtones qui ont, un jour, rêvé de porter un stéthoscope au cou. « Les prérequis, les cours qu'ils doivent avoir faits au cégep sont essentiellement les mêmes que pour ceux qui appliquent de façon régulière. Le processus d'admission est aussi semblable. Par contre, il y a une entrevue supplémentaire avec un comité où siègent des autochtones et ils doivent faire une note autobiographique. C'est pour valider le lien avec sa communauté et voir son intention de faire un retour de service », explique la doyenne associée au Campus de Saguenay de l'Université de Sherbrooke, Dre Sharon Hatcher.

À l'Université de Sherbrooke, on retrouve actuellement 10 étudiants issus des communautés autochtones qui ont bénéficié de ce programme. Les premiers médecins autochtones qui y ont été formés commenceront officiellement à travailler à l'été 2018. Ces derniers, qui ont choisi la médecine familiale, ont le désir de soigner les membres de leur communauté.

Au nombre de ces futurs médecins autochtones, il y a Annick Bérard-Giasson, une Autochtone de la communauté de Kahnawake - qui a toutefois grandi à Montréal-, qui vient tout juste de commencer sa résidence en anesthésie. « Ce que j'aime dans le programme d'anesthésie, c'est la partie douleur chronique. Il y en a beaucoup et partout. J'ai fait des stages dans le Nord et j'ai aimé comment on y travaillait, tout ça avec moins de ressources. Aussi, il n'y a pas beaucoup de spécialistes qui vont dans le Nord. Mon but, c'est vraiment d'aller pratiquer dans le Nord », dit-elle.

Objectif : créer un leadership

Le programme n'a pas nécessairement été mis en place pour que les étudiants des Premières Nations retournent obligatoirement dans leur communauté une fois le diplôme en poche. « Ce qu'on veut, c'est créer un leadership. L'exemple bien connu de Stanley Vollant, qui est un mentor pour plusieurs, vit et pratique à Montréal, mais il s'est dévoué de toutes sortes de façon à être un modèle, à visiter les communautés. Ses projets, qui ne sont pas nécessairement purement des soins, ont inspiré toute une génération de jeunes », rappelle-t-elle.

Chaque année, les facultés de médecine de la province accueillent 800 nouveaux étudiants dans ses classes. Les quatre places réservées aux Autochtones peuvent paraître bien minces en comparaison. « Ces étudiants représentent 0,5 % de l'ensemble. Nous avons 1 % de la population qui est autochtone au Québec; on n'est quand même pas loin. Nous voudrions bien doubler nos places, mais nous n'avons pas encore le financement pour ça. »

Des préjugés? Pas pour longtemps!

Oui, les préjugés envers les autochtones se sont frayé un chemin jusque dans les facultés de médecine, mais ils tombent rapidement assure Dre Hatcher. « Les étudiants s'intègrent bien. Ils se disent bien accueillis. C'est souvent de l'ignorance. Ce sont les mêmes préjugés qui ressortent, qu'ils sont des privilégiés du gouvernement du Canada, qu'ils ont eu un ticket spécial pour entrer en médecine et qu'ils ont pris la place de quelqu'un d'autre. Je le répète : ils ont les prérequis et ils ont leur place en médecine. »

Au final, les étudiants autochtones apportent beaucoup à leurs compatriotes de classe, mais aussi au personnel du milieu de la santé. « Ils servent souvent de moteur d'éducation. Il y a des situations où ils ont dû se lever en classe pour corriger ce qu'un professeur dit. Ils peuvent aider, en stage, à corriger des stéréotypes chez le personnel soignant. À Chicoutimi, par exemple, il y a plusieurs patients autochtones qui sont hospitalisés. Le personnel était allé vers une étudiante autochtone pour lui demander des conseils sur comment approcher les patients », raconte-t-elle.

Du côté de la Faculté de droit

Depuis cette année, la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke a suivi le pas aux facultés de médecine et offre une nouvelle catégorie d'accès facilitant l'admission d'étudiants autochtones. « On a fait le constat que peu d'étudiants en droit sont autochtones. C'est difficile pour eux d'arriver au niveau universitaire. Ils font face à des défis significatifs dans le système éducatif. On a décidé que ce serait dans notre mission de donner l'opportunité de donner à des personnes désavantagées dans la société d'avoir accès aux études en droit. Pour les Autochtones, le fait d'avoir des juristes dans leur communauté est un outil nécessaire pour continuer leur processus d'autonomisation, où ils peuvent prendre eux-mêmes les décisions pour leur communauté », explique le doyen de la Faculté de droit à l'Université de Sherbrooke, Sébastien Lebel-Grenier.

La candidature des étudiants n'est pas évaluée en fonction des résultats académiques. « On évalue le dossier sur son ensemble. On évalue la motivation et la possibilité de réussite. Ils doivent avoir complété le cégep. [...] Une fois admis, ils auront droit à toute une série de mesures d'accompagnement pour qu'ils réussissent leurs études. On est très à l'écoute de ces réalités. On a été voir les meilleures pratiques dans d'autres universités canadiennes qui travaillent avec des étudiants autochtones. »

Pour cette année, aucun Autochtone n'a réussi à franchir le processus de sélection. « C'est nouveau. Ce n'est pas connu encore. Cette année, nous voulons publiciser ce programme pour avoir plus de candidats et nous aimerions avoir une dizaine d'étudiants. »

L'ex-député d'Abitibi-Est pour le Parti québécois, Alexis Wawanoloath, entame sa deuxième année en droit à l'Université de Sherbrooke. Même s'il n'est pas passé par cette nouvelle catégorie d'accès, il est d'avis que l'avancement des sociétés autochtones passe par la formation de juriste. « C'est une bonne chose! Beaucoup des avancées des droits, de la cause des Premières nations passent par le droit. Avoir un bac en droit, c'est toujours utile pour défendre la cause, les causes territoriales entre autres. »

Selon M. Wawanoloath, ces programmes de discrimination positive permettent de donner une chance aux Autochtones dans leur parcours scolaire. « On a tellement de prises contre nous dans les communautés par rapport à la langue, par rapport à un milieu éducatif qui n'est pas tout le temps adéquat. [...] On dit que les enfants autochtones reçoivent 70 % de ce que les enfants non autochtones reçoivent en éducation. [...] Pour permettre à des jeunes d'aller au-delà de ça, c'est important ce programme.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un rottweiler goûte à du citron pour la première fois





Rabais de la semaine