Alex Boisvert-Lacroix touchera, à Pyeongchang, au rêve qui lui semblait si lointain en 2014 après des sélections olympiques ratées. Pour se donner une « dernière chance » d'aller aux Jeux, le Québécois a complètement repensé sa vie de patineur longue piste.

Un texte de Guillaume Boucher avec la collaboration d’Olivier Pellerin

Début 2014, Alex Boisvert-Lacroix est bien établi dans l’équipe canadienne de longue piste, après être arrivé du courte piste trois ans plus tôt. Il a l’habitude des Coupes du monde et s’attend à se qualifier pour ses premiers Jeux, à Sotchi.

Le Shebrookois rate toutefois sa qualification, parce qu’il n’est « pas assez entraîné », analyse-t-il en rétrospective. Le choc est brutal.

« Je me suis réveillé le lendemain et je ne savais pas si je voulais continuer à patiner », se souvient-il.

Le spécialiste du 500 m décide finalement de continuer à patiner. Mais à 26 ans, il sent qu’il a besoin de changement. Il reprend ses études à temps plein à l’Université du Québec à Montréal, « parce qu’il faut que la vie continue ».

Montréal cadre bien avec la façon dont il veut s’entraîner, de façon hybride, en partageant son temps entre le centre national de courte piste à l’aréna Maurice-Richard et le centre national de longue piste à Québec.

Alex Boisvert-Lacroix se plaît dans sa nouvelle vie. Et ses résultats s’améliorent. La saison 2015-2016 donne un avant-goût de son immense potentiel.

Il y a d’abord cette première médaille en Coupe du monde, le bronze au 500 m à Calgary, puis cette médaille de bronze au 500 m des Championnats du monde, au cumulatif de deux courses, qui reste à ce jour le plus grand moment de sa carrière.

« Après le premier 500 m, j’étais 10e, se souvient-il. Dans ma tête, un podium était impossible. Je voulais faire une bonne deuxième course pour revenir dans le top 8. J’ai fait une course incroyable avec le 2e temps. Les courses continuaient et je restais dans le top 3. J’ai gagné le bronze et c’était un moment historique! »

Quels gains un patineur longue piste peut-il faire en s’entraînant sur courte piste? Pour répondre, Alex Boisvert-Lacroix nous ramène aux moments forts de sa saison 2017-2018, ses médailles d’or au 500 m aux Coupes du monde de Calgary et de Salt Lake City.

« Sur des glaces rapides comme à Calgary et à Salt Lake City, c’est une autre histoire d’entrer dans un virage à 60 km/h. Moi, je n’ai aucune hésitation. Je peux attaquer ce virage férocement, dit-il. C’est ce qui m’a fait gagner quelques centièmes au final et monter sur le podium. »

« Ça m’a ouvert les yeux »

Alex Boisvert-Lacroix patinait dans le groupe B à la première Coupe du monde cet automne, à Heerenveen, où Laurent Dubreuil a décroché l’or au 500 m. C’est le succès de son coéquipier qui a un peu lancé ce qui allait devenir une saison de rêve à son arrivée dans le groupe A.

Avec un joli palmarès en Coupe du monde (trois médailles et deux 5es places), qui lui a permis de court-circuiter le processus de qualifications olympiques, Alex Boisvert-Lacroix arrivera à Pyeongchang avec des ambitions.

« Je ne me dirige pas aux Jeux seulement pour vivre l’expérience et dire : "Super, je m’en vais aux Jeux." Je m’en vais aux Jeux pour essayer de monter sur le podium », dit l’athlète de 30 ans.

Mais il se garde bien de promettre un résultat, parce que le 500 m, sa seule épreuve à Pyeongchang, se joue sur si peu de choses. Quand il a gagné à Calgary, par exemple, il a devancé le Sud-Coréen Cha Min-kyu par un millième de seconde. Et quand il a fini 5e à son deuxième 500 m à Salt Lake City, il a raté le podium par trois centièmes.

« C’est certain que je vise le podium, mais je peux connaître une course du tonnerre et arriver 5e. Je ne pourrais pas être déçu de ça », dit-il.

Alex Boisvert-Lacroix veut faire les choses simplement à ses premiers Jeux. Il n’aura qu’un mot d’ordre, celui qui lui a amené tant de succès cette saison: foncer.

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