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La retraite silencieuse pour des élèves du secondaire

Près de 80 élèves du Séminaire Salésien de Sherbrooke se mettent à l'épreuve cette année, lors d'une retraite silencieuse à l'Abbaye de Saint-Benoit-du-Lac. Un temps d'arrêt pour apprendre à se débrancher de la technologie.

Un texte de Carl Marchand

L'aventure a commencé il y a quelques années avec une poignée d'élèves sous l'impulsion de Ghislain Rocque, enseignant d'éthique et culture religieuse. Maintenant, la moitié de l'école y participe. Pas besoin de tirer l'oreille de personne, assure-t-il.

« Au début, on avait six participants. Maintenant, on a le problème inverse de logistique pour que tout le monde puisse venir, mais c’est un heureux problème », raconte-t-il.

Les élèves du Salésien se rendent à leur lieu de retraite par groupe de 20 avec 3 enseignants accompagnateurs.

Sans surprise, le téléphone intelligent est omniprésent dans leur vie. Le cellulaire n'est jamais très loin - il dort souvent sur la table de chevet - et il s'immisce dans la routine quotidienne dès le réveil.

« Tu te lèves, tu arrêtes le réveille-matin et là tu vois les notifications! » explique Mathilde Renaud, avant d'amorcer sa pause de 24 heures. La jeune femme n'était pas trop inquiète par le sevrage à venir.

« Veut, veut pas, ça fait partie de notre quotidien. J'ai mon téléphone pas mal tous les jours avec moi », a renchéri sa collègue Laura Pen-Tremblay, qui aborde l'expérience avec enthousiasme.

Mais laisser le mobile réveille parfois la crainte de manquer quelque chose. « Je dirais que quand je ne l’ai pas dans mes poches, ça m’enlève une certaine sécurité », a avoué Maxime Thibault.

Pas de chance à prendre : avant d'aller à leur chambre, les élèves ont remis leur appareil à une enseignante.

Le silence des uns, la vie mouvementée des autres

Vivre dans le silence n'a plus rien de déstabilisant pour le moine Dom Dominique Minier, responsable de l'hôtellerie à l'Abbaye.

« Mais je suis impressionné la difficulté de la vie des jeunes, de leur horaire », analyse-t-il.

Au programme : du silence bien sûr. Mais il y a aussi à l'horaire du temps pour assister aux séances de prières des moines et à leurs chants grégoriens. Le tout complété avec des périodes de réflexions individuelles dans leur chambre.

24 heures plus tard

Une fois la retraite terminée, les élèves ne se sont pas fait prier pour reprendre leur téléphone cellulaire. Si le sevrage a été de courte durée, il n'en a pas moins été efficace.

« Ici, c'est propice. Tu ne ressens pas le besoin de tout le temps regarder ton téléphone », témoigne Maxime Thibault, évoquant l'architecture de l'abbaye comme source de recueillement.

Si elle abordait l'exercice avec confiance, Mathilde Renaud concède que le silence l'a beaucoup fait réfléchir.

« Mes temps libres, je les ai passés à faire autre chose. Je pensais à moi-même, je prenais du recul sur ma vie, je pensais à mon futur. D’habitude, je me couche tard, mais à 22 heures, j’étais dans mon lit et je dormais! »

La jeune femme pense maintenant à laisser son mobile dans une autre pièce la nuit, histoire de prendre ses distances. Sa collègue Laura Pen-Tremblay, elle, redoutait le moment de remettre son appareil en marche.

« La minute que tu l’ouvres, il y a toutes les notifications qui arrivent. Je ne sais pas si ça me tente de rembarquer là-dedans, parce qu’on était bien dans le silence », indique-t-elle.

« Je crois que ça été plus difficile pour moi que pour les élèves, avoue l'enseignante Azra Hasanefendic qui en était à sa première expérience. J’ai triché, j’ai pris mon téléphone en raison de mes enfants. »

« On a défriché un petit sentier pendant 24 heures, maintenant, c’est aux élèves de continuer à défricher ça. L’idée, c’est de transposer ça dans la vie de tous les jours. »

Le silence, renchérit Dom Dominique Minier, il faut savoir se l'accorder. Et pour le trouver, pas besoin d'être moine bénédictin et de prononcer des voeux.

« Je dis aux gens d’avoir une petite chapelle à la maison. Ça veut dire de garder un petit espace dans sa maison, une chaise où tu t’asseois juste quand tu garde le silence ou pour faire des lectures et des réflexions. »

« L’idée c’est d’être capable de prendre un moment de silence chaque jour. Quand on s’habitue à ça, on n’est plus capable de s’en passer. C’est une drogue! »

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