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Le Camping Havana de Maricourt dans la mire du ministère de l'Environnement

Le Camping Havana Resort de Maricourt devra prendre son mal en patience avant de lancer son ambitieux projet de développement. La Municipalité n'émettra aucun permis tant et aussi longtemps que ses problèmes avec le ministère du Développement durable (MDD) ne seront pas réglés.

Un texte de Christine Bureau

La propriétaire du camping, Véronique Alarie, voit grand. Elle souhaite ouvrir le site à l’année longue. « On va avoir un hôtel avec les condos quatre saisons, nos chalets où les gens vont pouvoir venir faire de la raquette et du ski de fond l'hiver et on veut développer une marina », énumère-t-elle.

Mais en ce moment, impossible pour elle d’agrandir son camping. Le MDD lui interdit tout raccordement au système d’égout.

Avis de non-conformité

D'avril 2016 à octobre 2017, le camping a été inspecté à cinq reprises par un inspecteur du ministère. Il a aussi reçu trois avis de non-conformité pour avoir contrevenu à la Loi sur la qualité de l'environnement en ayant effectué des travaux sans l'autorisation du ministère. Le 1er mars 2017, une amende de 5000 $ lui a été envoyée pour avoir prolongé son système d'égout sans autorisation et parce qu'il s'agit d'une récidive.

La propriétaire du camping, Véronique Alarie, nie cependant avoir agi de mauvaise foi. Elle dit avoir mis du temps avant de comprendre ce qu’on lui reprochait : avoir branché un lavabo. « Ça fait deux ans que je me bats pour dire que je n'ai pas rajouté d'égout et, là, c'est sorti après deux ans et en parlant à différentes personnes : un égout ça peut être un évier aussi », raconte-t-elle.

Plusieurs reproches

Le MDD lui fait aussi d’autres reproches. Dans plusieurs rapports d’inspection, il est question d’un système septique inadéquat, de rejets d’eaux usées dans l’environnement et de risques de rejets. En juin 2017, une visite de l’inspectrice aura notamment permis de constater un débordement de fosses septiques.

Véronique Alarie, elle, se défend d’avoir un système qui ne peut répondre à la demande. « Il y a eu deux débordements dus à des problèmes techniques, mécaniques », réplique-t-elle. L’installation septique de 1978 aurait notamment débordé en raison d’une pompe qui aurait cessé de fonctionner. « Ça, il ne le rajoute pas dans le rapport. C’est pas parce que la pompe n’a pas fourni, c’est parce qu’elle ne fonctionnait pas », proteste-t-elle.

Dans ses calculs, le Ministère prévoit une utilisation de 340 litres d’eau par emplacement par jour. « Dans la réalité d’un terrain de camping, c’est environ 180 litres par jour. C’est correct. Tous les ingénieurs font ce calcul pour les installations septiques, jusqu’à temps qu’on mette un compteur d’eau et que là, on puisse prouver notre consommation réelle », explique-t-elle. Or, ajoute-t-elle, « ils n’ont jamais prouvé non plus que nos installations ne fonctionnaient pas. C’est basé sur des calculs théoriques ».

Pas d’ajout de terrains

Ce n’est pas tout. Le camping Havana compte en ce moment plus de 200 sites de camping. Selon Mme Alarie, c’est le nombre de sites que contenait le camping quand elle l’a acheté en 2016. À plusieurs reprises, cependant, l’inspectrice note dans ses rapports qu’il y a eu ajouts de sites de camping sans autorisation du ministère.

« Ça fait deux ans que je me bats pour dire que je n’ai pas ajouté [de sites]. Oui, j’ai placé, oui j’ai rénové, oui, ça je n’ai pas de problème. Oui, toutes les boîtes électriques sont neuves [...] mais c’est des sites qui sont existants », soutient-elle.

Comme preuve, elle montre un rapport d'un ingénieur privé produit en 2003 et que le MDD et la Municipalité auraient aussi en leur possession. Dans ce rapport, il est écrit que « le terrain comprend environ 200 terrains de camping avec services ». Par ailleurs, la dernière visite d’un inspecteur du Ministère sur le site de l’actuel camping remonterait en 1989, selon la chronologie inscrite dans un rapport d’inspection du ministère daté du 26 avril 2016.

Le ministère du Développement durable a refusé nos demandes d’entrevue en soutenant que le dossier est sous enquête. Il mentionne cependant par courriel que « les mesures transitoires ont été reçues une semaine avant l’ouverture [NLDR : du camping, le 27 mai]. Celles-ci sont présentement analysées et une réponse sera produite sous peu [...]. Une inspection aura lieu dans les prochaines semaines et un suivi rigoureux sera fait par le ministère ».

Même son de cloche du côté de la Direction de santé publique (DSP), mêlée au dossier en 2017 à la demande du ministère. La DSP de l’Estrie souligne de son côté être « satisfaite de l’avancement des travaux » et ajoute que toutes les mesures transitoires demandées ont été exécutées.

La prochaine étape pour Véronique Alarie est de déposer une demande d’autorisation pour que le ministère approuve le nouveau système septique qu’elle souhaite installer cet été. Un nouveau système qui pourrait lui permettre d’aller de l’avant avec son projet d’envergure. Elle espère d’ailleurs qu’une demande de modification au schéma d’aménagement de la MRC pour que son terrain soit zoné récréoforestier pourra éventuellement être faite.

Or, cette demande de changement doit d’abord être discutée puis approuvée par le conseil municipal. Pour l’instant, la Municipalité se fait avare de commentaires. Le maire, Roger Ledoux, affirme suivre le dossier du près. Il rappelle qu’aucun permis pour un agrandissement ne sera délivré et qu’aucune démarche ne sera entreprise sans l’accord du ministère.

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