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Le Champ de la Voisine : des légumes frais au coin de la rue à Cowansville

Permettre à des gens de cueillir leur laitue à quelques pâtés de maison, c'est le rêve que cultive Marie-Ève Lafond lorsqu'elle fonde le Champ de la Voisine à Cowansville.

Après avoir travaillé quelques années dans les jardins communautaires de Montréal, la nouvelle horticultrice cherchait à s'éloigner des grands centres et à renouer avec la « campagne ». Elle trouve, l'an dernier, adossé au quartier Deragon, un quartier résidentiel de près de 400 portes à Cowansville, un terrain zoné vert de 1,5 hectare qui est inexploité par son promoteur.

« Pour moi, l'agriculture de proximité, c'est ce qui est le plus logique dans la façon de se nourrir. Je veux fournir aux gens de la nourriture qui provient du plus près possible de leur domicile », mentionne Mme Lafond pour expliquer sa démarche.

Le promoteur Daniel Bélanger a accepté d'emblée de lui louer l'espace nécessaire à peu de frais par le biais du service de banque de terres, lui qui y voyait une opportunité de bonifier son projet.

« Ça venait rejoindre l'ensemble de mon projet », souligne-t-il.

« Avec mon sentier pédestre, les parties protégées qu'on a faites, le lac et l'érablière à venir sur la terre de 125 acres, ça le complète bien », ajoute M. Bélanger.

Cultivés « dans le respect »

Ail, choux, carottes, légumes racines, légumes fruits, pois mange-tout, tomates, fines herbes, betteraves, laitue, lorsque les légumes sont prêts, Marie-Ève Lafond les dépose dans le réfrigérateur à l'entrée du champ. Les gens sont invités à se servir et n'ont qu'à déposer le montant dû dans une boîte pour repartir à la maison avec leurs produits récoltés manuellement le jour-même par leur voisine. Le frigo libre-service est ouvert tous les jours, de 9 h à 19 h et il y a deux périodes d'autocueillette par semaine.

« C'est une proximité et une fraîcheur inespérées. C'est mon paysage quotidien, je travaille de la maison. J'entends Marie-Ève fredonner quand elle travaille, c'est fabuleux d'être aussi près du Champ de la voisine. C'est une belle chance d'habiter ici », se réjouit Dominique Allaire.

Même si aucun engrais chimique ou pesticide n'est utilisé dans son champs, les légumes de Marie-Ève Lafond ne sont pas « bio », nuance-t-elle.

« Ce qui est produit ici est produit dans le respect de la nature et des gens. Je ne ressens pas le besoin de me certifier. Je ne peux pas dire que je suis "bio", parce que "bio", c'est un label, c'est une étiquette et je n'ai pas envie de mettre d'étiquettes sur mes légumes. »

Au-delà de permettre à son entourage de s'alimenter sainement, le jardin urbain permet aussi un rapprochement dans sa communauté, précise Marie-Ève Lafond. Les jours de grande corvée où elle ne peut assumer le travail en solo, elle lance un appel au voisinage. En échange de leur travail, Marie-Ève leur offre le repas.

« Ça répond super bien! J'ai toujours 30 à 40 personnes en plus des enfants pendant les corvées. Les gens ont vraiment besoin de cette connexion avec la terre. Il y a beaucoup de gens qui voudraient cultiver eux-mêmes les choses et ils ne savent pas toujours comment s'y prendre. Le fait de venir mettre les mains dans la terre ici, ça leur permet d'apprendre. »

« Ça fait de la compagnie, ça fait un mouvement social et ça rassemble les gens. C'est intéressant », mentionne quant à elle Michèle Goodhue.

Bientôt rentable

Si son projet ne lui permet pas encore de vivre de sa passion, Marie-Ève Lafond croit que celui-ci devrait être rentable dès l'an prochain et espère qu'il inspirera d'autres personnes à l'imiter.

« Au cours de ma troisième année, je devrais pouvoir en vivre décemment. J'aimerais vraiment que ça puisse s'exporter. J'aimerais inspirer les municipalités, les promoteurs immobiliers qui construisent des quartiers de maisons où il manque un peu d'arbres et de verdures, où on a plusieurs services à proximité, mais où il n'y a rien pour nourrir les gens. »

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